VUES DE DECAEN SUR L'I\1)E
Pondichcry était donc l'ortifié et approvisionné, mais toujours inlrurtiieusenient, excepté quand il fut défendu par Dupleix.
I/ile de France présentait des avantaj]es inappréciables par ses ports, «a position et son voisinage de Madagascar. Mais, avec des avantages aussi marqués et aussi essentiels, on n'avait l'habitude de ne voir que Pondichéry et on ne voulait pas s'en départir.
Le gouvernement, en décidant que les fortifications de Pondichéry ne doivent plus être relevées, ne considère cet établissement et ceu\ de Karikal, Mahé et Chandernagor que comme des comptoirs et postes d'observation, ne voulant y établir de troupes que pour paraître tenir <\ la possession et protéger le commerce, reporte toutes ses vues sur l'île de France. Mais cette détermination doit-elle obliger à former deux divisions de commandement pour les possessions au delà du cap de Bonne-Espérance? Pour parvenir à la résolution de cette question, je vais faire les observations suivantes.
Dans les circonstances actuelles, un capitaine général dans l'Inde sera plus fort par les titres et par la confiance qui lui seront accordés par ■son gouvernement que par les soldats qu'il pourra avoir à sa disposition.
Les Anglais, qui sont toujours disposés à faire de mauvaises chicanes, mettraient sans doute bien moins de ménagements s'ils s'apercevaient que le capitaine général qui résiderait à Pondichéry n'aurait de rapports qu'avec son gouvernement en Europe, et que, par son isolement, il serait obligé d'attendre d'Europe ses instructions pour la conduite qu'il aurait à tenir, tandis que l'ile de France serait toujours un porte-respect dès qu'on saurait se servir des moyens qui pourraient y être disponibles. D'un autre ■côté, si les intentions du gouvernement sont telles qu'il veuille que le •capitaine général qu'il envoie dans l'Inde puisse lui servir pour des vues ultérieures, ne convient-il pas que ce capitaine général ait des rapports continuels avec le point principal, avec la place d'armes, s'il y a à préparer, s'il y a à surveiller?
Le gouvernement a peut-être quelques motifs qui le mettent dans le cas "de former cette division. Sans vouloir les pénétrer, j'observe que, si ces motifs sont relatifs aux habitants des îles de France et Bourbon, il me «emble qu'il y a possibilité de faire cette division, pour ce qui a rapport à l'administration civile, mais qu'il est essentiel de laisser ensemble tout ce qui a rapport au militaire. Je me suis borné à le présenter succinctement, parce qu'il est de principe que celui qui commande la place doit commander la citadelle; cette comparaison peut être énoncée pour l'ile de France et nos possessions dans l'Inde.
Je vous demande donc, mon général, de vouloir bien prendre en considération mes observations, et de vouloir bien m'accorder un instant d'entretien pour cet objet. J'ai l'honneur, etc.. »
Le Premier Consul, que j'eus l'houneur de voir quelques jours après lui avoir adressé cette lettre, me dit : « Il convient, quant à
présent, que la division du commandement qui a été déterminée soit maintenue. Vous aurez assez à faire à Pondicliéry. D'ailleurs, vous seriez trop éloigné de l'île de France, où il importe de changer au plus tôt le mode d'administration qui s'y est introduit depuis plusieurs années. Et comme il importe de faire rentrer incessamment cette colonie et ses dépendances sous la main du gouvernement, il est indispensable qu'un chef soit sur les lieux spécialement chargé de procéder à l'organisation qu'elles doivent recevoir, ainsi que pour surveiller ponctuellement l'exécution des nouvelles [dispositions qui seront prescrites pour leur administration. «
Le ministre de la Marine m'adressa, avec une lettre en date du 3 messidor an X, un extrait des registres des délibérations des- Consuls de la République, en date du 29 prairial, énonçant :
i Le général de division Decaen est nommé capitaine général des établissements français dans l'Inde, etc.. »
Il avait d'abord été décidé que quatre vaisseaux de ligne, plusieurs frégates et quelques navires de transport seraient employés pour l'expédition; que 2 400 hommes de troupes de différentes armes passeraient dans l'Inde, ainsi qu'un nombre d'officiers pour servir dans des bataillons de Cipayes qui devaient être levés.
Mais, pour ne pas donner d'ombrage aux Anglais, ces dispositions furent modifiées. Le Premier Consul, eu m'annonçant le changement, me dit de m'occuper de mon expédition en ce qui concernait les troupes, les officiers et les fonctionnaires civils; et, laissant le tout à mon choix, il me recommanda de la bien composer, qu'elle était peu nombreuse et que, dans le pays où je devais aller, il fallait donner une bonne opinion de notre nation; qu'il ne fallait pas, comme autrefois, envoyer loin de la France des^ hommes tarés; qu'il convenait beaucoup mieux de les y garder, parce qu'il était plus facile de les y surveiller.
L'expédition devant partir au commencement de l'automne, j& m'occupai activement de ce que j'avais à faire.
Je présentai au Premier Consul l'exposé ci-après :
;; J'ai riionneur de vous présenter, mon général, d'après votre ordre, le projet pour l'expédition qui doit se rendre aux Indes Orientales, en vous-