DERNIERS EFFORTS DE DECAEN
sait plus les fonctions que pour ce qui «'■tait le moins imporlant.
Je pensais que, si le Premier Consul eût nommé Laliorie général de division et employé aux affaires étrangères, surtout à une ambassade, objet de ses secrètes pensées, il l'aurait alors détaché du général Moreau.
On me dit, dans le temps, que Laliorie, ayant accompagné ce général dans un de ses voyages à Paris, avait déplu à Bonaparte parce (|u'il avait voulu, auprès de lui, trop faire l'important, relativement aux opérations de l'armée; et surtout parce qu'ayant été secrétaire du général Beauharnais, au commencement de la guerre de la Révolution, il avait commis quelques indiscrétions à l'égard de la veuve, Joséphine, mariée à Bonaparte.
J'étais lié d'amilié avec Lahoric depuis plusieurs années. Lorsqu'il fut question du Consulat à vie, il me demanda si j'avais signé pour : t Oui i , fut ma réponse. — a Eh bien! moi, j'ai signé non. — Tu aurais beaucoup mieux fait de ne rien signer, car ton opposition affectée ne servira qu'à t'attirer encore plus la haine de Bonaparte, i
L'adjudant commandant Normand se serait aussi détaché du général Moreau si on l'eût promu au grade de général de brigade. Il était bien loin de pouvoir être comparé à Lahorie pour l'esprit et les talents. Il se prévalait singulièrement d'avoir été membre du Conseil des Cinq-Cents et de ce qu'il avait une figure et une tournure à plaire aux dames. Aussi voulait-il passer pour homme à bonnes fortunes. Selon lui, il était vain(|ueur de toutes celles (|u'il entreprenait de convoiter. Ce qu'il y a de plus réel, c'est (|u'il était très propre à l'intrigue. Dans les premiers temps de mon retour de l'armée, il me proposa plusieurs fois des parties de campagne (jue je refusai parce que je ne voulais pas m'engager dans les coteries.
Lorsque j'eus une conversalion aussi longue et aussi extraordinaire avec le Premier Consul, j'avais déjà pris congé du général Moreau; mais quand j'aurais encore eu à lui faire ma visite d'adieu, je n'aurais pas pu me permettre de lui dire un seul mot de cette conversalion confidentielle, puisque Bonaparte ne m'avait point fait entendre qu'il m'y autorisait. D'ailleurs, si j'avais eu cette autorisation précise ou simplement implicite, l'esprit du général Moreau avait alors été élevé et était entretenu à un si haut degré
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do liaino contre le Premier Consul (|iril aurait indubitablement fort ma! accueilli mon message; et s'il en eût fait part à ses trop intimes conseillers, ils n'auraient pas manqué de lui répéter que c'était une nouvelle preuve qu'on le redoutait, car ils étaient parvenus à le persuader qu'on n'oserait jamais rien entreprendre contre lui.
Cependant mon attacliement pour le général Moreau, me portant à désirer de pouvoir, avant de traverser la mer, lui transmettre un avis que l'orage le menaçait, j'allai voir le général Donzelot (1), alors adjoint du ministre de la Guerre et sur la prudence et la discrétion duquel je pouvais me reposer. Néanmoins, sans lui faire une entière confidence de ma conversation avec le Premier Consul, je lui en dis suffisamment pour qu'il fût pénétré de l'importance qu'il y avait que le général Aloreau, auquel il était, comme moi, très attaclié, fût prévenu de mettre plus de circonspection dans sa conduite. Je dis en outre au général Donzelot : it Comme, par votre position, vous pouvez savoir bien des choses, le général Moreau ne trouvera probablement pas extraordinaire (]ue vous lui donniez cet avis; et, venant de vous, il ne fera sans doute pas mépris de ce que vous lui direz, v Donzelot me promit de faire la démarche et de bien s'acquitter du sujet.
Pour ne plus y revenir, je dirai (|u'à mon arrivée à Brest, j'y trouvai le beau-frère du général Aloreau, le lieutenant de vaisseau Hulot, commandant la corvette le Bélier qui devait faire partie de l'expédition de l'Inde. H me demanda comment j'avais laissé sa famille et le général, à mon départ de Paris. Je lui répondis :
» Tous jouissent d'une bonne santé. Mais je vous conseille d'écrire sur-le-champ à votre mère qu'elle use incessamment, ainsi que votre sœur, de toute l'influence qu'elles peuvent avoir sur l'esprit du général Moreau pour (ju'il se rapproche au plus tôt du Premier Consul, autrement il se plongera dans des embarras et, peut-être,
des malheurs que, trop tard, il ne lui seraitplus possible d'éviter, v
(1) Doiuelot ( Franrois-Xaïier), né le 6 janvier 1764, à Mamirolle (Doiibs) ; soldat au Royal-Marine Iiil'anlerie, le 28 octobre nS3 ; sous-lieutenant an '21' réjjiraent de cavalerie, le '2-2 septembre 1792; lieutetiant, le 24 mars 1793; adjudant géni'r.l chef de bataillon, le Ij mai 1793; chef de brigade, le Iti prairial an II; nommé «jénéral de bri'fadc par le jjénéral en chef de l'armée d Orient, le ô messidor an VII, gênerai de division, le (J <lécembre ISO"; fjonverneur des îles lonierineî', en avril 1810, ijouverneur de la Marliniqne, le 13 août 1817: retraité, le l" mai 1832; mort à Ville-Evrard, le 11 juin 1843 (A. A. G.I.