‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 76 sur 132 · PREMIERS DÉMÊLÉS AVEC LIX'OIS · texte numérisé non relu

PREMIERS DÉMÊLÉS AVEC LIX'OIS

(|ue, par conséquent, ces l)àtnnents contiendraient trop de monde pour y être au moins passablement pour un aussi long voyage. Mais il fallait partir et s'arranger alors pour le mieux, sauf les inconvénients qui pourraient résulter de l'encombrement.

Je n'avais pas, non plus, été satisfait de la part de logement que le contre-amiral Linois m'indiqua pour moi et ma famille, à bord du Marengo : l'on n'y avait fait aucune disposition particulière, ainsi que cela avait eu lieu à bord des vaisseaux sur lesquels les autres capitaines généraux s'étaient embarqués, parce que ces arran'jements, principalement pour le général Leclerc, avaient été trouvés trop dispendieux. C'était une singulière parcimonie du ministre de la Marine, et surtout d'avoir prescrit cette lésinerie pour la dernière expédition : de sorte que je fus obligé de faire l'acquisition, à Brest, des lits, meubles, linge, couverts et ustensiles qui m'étaient nécessaires, quoique le ministre m'eût assuré, avant mon départ, que je trouverais, à bord du vaisseau, tout ce qu'il me faudrait, et que l'amiral Linois était cliargé de pourvoir à tout ce qui convenait pour le logement et la table.

De retour de cette visite peu satisfaisante, on se réunit chez le préfet maritime pour procéder à la répartition des passagers sur chacun des bâtiments. Quoique j'eusse pris la résolution d'éviter toute altercation avec le commandant de la marine employée à cette expédition, voulant faire exception avec les commandants de terre et de mer des autres expéditions (|ui avaient eu entre eux de vives contestations, la manière dont le contre-amiral Linois m'avait indiqué mon logement et la part peu convenable qu'il en avait faite me forcèrent d'oublier ce que je m'étais promis : je débutai par dire que je m'embarquerais à bord du transport la Côte-d'Or, avec les passagers que pourrait contenir ce bâtiment. Cette déclaration causa une vive surprise. Le préfet Cafarelli m'en ayant demandé la raison et ajouté que cela ne pouvait être ainsi, attendu que le Marengo avait été destiné pour mon passage, je lui répliquai : a Comme vous avez vu la part du logement qu'on m'a faite, et la manière dont on m'en a donné l'indication, en commençant par me faire voir, non sans affectation, la chambre du contre-amiral, celle du capitaine de vaisseau, et ensuite, ce qui m'était réservé, je suis persuadé que je serai beaucoup mieux à bord du navire du commerce que je viens de citer, mais surtout que son capitaine

aura pour moi des égards. « Alors, le contre-amiral Linois, sur qui les coups avaient porté, prit la parole pour dire que je n'avais fait nulle observation à son bord. — « Non! Je n'en ai point fait, parce que ce n'était pas le moment; et d'ailleurs, je ne voulais pas y élever de discussion sur ce sujet. Mais vous voyez, à présent qu'il s'agit de s'en occuper, que, depuis ce matin, je n'ai rien oui)lié. '■■> Le contre-amiral aurait peut-être pu mieux sortir d'embarras, mais il s'y enfonça davantage en me disant : " Nos règlements portent que lorsque les vice-amiraux ou contre-amiraux monteront un vaisseau, les capitaines céderont leur chambre, la première de tribord, et ils passeront dans la première de bâbord. — Je n'entends point contester vos règlements, et vous le voyez par le parti que j'ai pris et que je viens d'annoncer. Cependant, je dois vous dire que, pouvant avoir la prétention fondée d'avoir la première place à bord du vaisseau, on ne pourrait pas du moins me contester l<i seconde. Mais il ne s'agit plus de cela, puisque je suis décidé à m'cmbarquer sur la Cote-d'Or et à vous laisser jouir de toute la plénitude de vos règlements, et de votre vaisseau. 5 Alors le préfet, qui n'avait pas vu avec plaisir les dispositions de Linois et qui était contrarié de ne pas avoir été autorisé à faire pour moi ce qu'il avait précédemment ordonné pour les autres capitaines généraux, représenta qu'il était impossible que je tienne à ma résolution, parce qu'il serait singulier et môme ridicule qu'un capitaine général fût embarqué sur un navire de commerce, tandis qu'il y avait un vaisseau et des frégates, et qu'il ne pouvait pas y condescendre, qu'il en recevrait des reproches du ministre, n Mais ne m'a-t-on pas obligé à prendre ce parti? Au reste, comme je serais fâché qu'il vous fût adressé le moindre reproche, je vais envoyer sur-le-champ un de mes aides de camp à Paris porter une lettre au Premier Consul, dans laquelle je le prierai de vouloir bien donner une décision qui règle comment le contre-amiral Linois doit loger ma famille et moi sur le vaisseau qui a été destiné pour me transporter dans l'Inde, à moins que, pour ne pas retarder le départ de l'expédition, vous ne preniez sur vous de donner une décision. D'ailleurs, il y a des antécédents; et je ne prétends pas exiger pour moi plus qu'il n'a été fait pour les autres capitaines généraux. Enfin, il ne s'agit que de chambres sans le moindre ameublement. «

Page 1