‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 75 sur 132 · LETTRE AU MARQUIS DE WELLESLEY · texte numérisé non relu

LETTRE AU MARQUIS DE WELLESLEY

tout ce que je n'aurai pas prévu, dans la présente, sur la mission dont je vous charge.

Je vais de suite transcrire les lettres annoncées dans cette instruction.

L'une, au marquis de Wellesley, gouverneur général des possessions anglaises dans l'Inde, datée de Brest, le 13 ventôse an XI :

MlLORD,

J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Excellence qu'en m'honorant du commandement général des établissements français aux Indes Orientales, le Premier Consul de la République m'a donné ses ordres pour suivre l'exécution du traité d'Amiens et des conventions respectives entre nos deux nations.

C'est dans ces dispositions, Milord, que la frégate de la République la Belle-Poule se présentera à la côte de Coromandel.

Le citoyen Léger, préfet colonial, et le colonel Binot, adjudant commandant, qui me précèdent, sont directement autorisés pour recevoir la restitution de Pondichéry et de ses dépendances, ainsi que de faire préparer tout ce qui est nécessaire pour la réception des troupes que le gouvernement français envoie dans cette partie du monde.

Je charge le colonel Binot de vous faire parvenir la présente, à laquelle je joins un paquet qui a été envoyé par ordre de Sa Majesté Britannique.

J'ai aussi l'honneur de prévenir Votre Excellence que, successivement, j'enverrai, dans chacun des établissements qui doivent être rendus à la France des personnes autorisées pour reprendre possession. Je me persuade facilement que vos ordres préviendront toutes difficultés à cet égard.

Je suis infiniment flatté que le Premier Consul m'ait mis dans le cas d'avoir des rapports avec vous. Je vous prie d'être persuadé que je m'occuperai sans cesse des moyens qui peuvent contribuer à entretenir la plus parfaite harmonie et à rendre durable l'amitié qui doit exister entre nos (^eux nations.

Recevez, Milord, l'assurance de ma haute considération.

L'autre lettre était adressée :

Au gouverneur du fort Saint-Georges y à Madras, et Président en Conseil, etc..

Brest, 13 ventôse an XI.

Monsieur le Gouverneur,

Le Premier Consul, en m'honorant du commandement des établissements français aux Indes Orientales, m'a donné ses ordres pour suivre

l'exécution du traité d'Amiens et des conventions respectives entre nos deuv nations.

C'est d'après ces dispositions que j'ai l'Iionneur de vous annoncer que la frégate de la République la Belle-Poule se présentera à la côte de Coromandel...

Le surplus du contenu de cette lettre était dans les mêmes termes que dans la précédente.

Enfin je partis de Paris le 27 pluviôse, avec mon épouse accompagnée d'une de ses sœurs. Croyant la paix assurée pour longtemps, il y avait dix-huit mois que je m'étais marié.

J'arrivai à Brest le 3 ventôse. La marine s'occupait des derniers préparatifs pour que l'expédition mette sous voile dès que les vents seraient favorables.

Je passai la revue des troupes. Je les trouvai bien sous tous les rapports et surtout bien disposées à entreprendre leur long voyage. Je vis aussi les chasseurs africains. Ce bataillon était superbe. C'étaient tous hommes de taille de grenadiers. Ils étaient presque tous créoles de la Guadeloupe, et presque tous mulâtres de deuxième, troisième et quatrième génération. C'était, à peu d'hommes près, plutôt une troupe blanche qu'une noire. Ils étaient parfaitement exercés, ayant été enrégimentés dans cette colonie.

Le préfet Calfarelli avait secondé le général Vandermaësen en tout ce qu'il avait désiré pour le choix des hommes, les habiller, coiffer, armer et équiper. L'uniforme que j'avais proposé leur allait à merveille. Enfin, ce bataillon pouvait être mis en parallèle avec ceux d'ancienne formation, et tous ces hommes paraissaient satisfaits et reconnaissants du changement à leur précédente et malheureuse situation, et qu'on les eût ainsi organisés. Les officiers attachés à ce bataillon de chasseurs les commandaient avec plaisir.

Comme c'était à moi qu'il appartenait de désigner les troupes qui devaient être embarquées sur chacun des bâtiments de l'expédition, selon le nombre qu'ils pouvaient en contenir, je fus en rade pour reconnaître dans chacun d'eux les emplacements destinés aux passagers. J'étais accompagné du préfet maritime, du préfet colonial et du général Vandermaësen. Je fus convaincu que les représentations que je n'avais cessé de faire au ministre de la Alarine sur l'exiguïté des moyens de transports, étaient fondées; et

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