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RAPPORT AL MINISTRE DE LA MARIXE

nouvelles de toute la division ; mais, depuis la soitie de Brest, les transports la Côle-d'Or et la Marie-Françoise sont restés ignorés.

La I régate VAlalante était aussi restée constamment séparée; mais nous l'avons trouvée au mouillage de Simon's Bay où elle était du jour précédant notre arrivée.

Le général Montigny est k bord de cette frégate; sa santé, altérée par les suites de l'accident qui lui a fait perdre un doigt, devient de jour en jour meilleure. Ce général vous a instruit lui-même de cet accident, lors de sa relâche à Sao Tliiago. Au reste, cette frégate a aussi été très heureuse dans son voyage.

Selon vos instructions, citojen ministre, la frégate la Belle-Poule, à bord de laquelle est le préfet, qui devait nous précéder tant au Cap de Bonne-I'spérance qu'à Pondichéry, reçut l'ordre de se séparer de la division le 19 germinal. X'ous nous trouvions alors par la hauteur des Canaries ; mais la lielle-Poule n'a pas encore paru ; et nous nous trouverons sans doute obligés de quitter ces parages sans en avoir de nouvelles. J'en aurais encore beaucoup plus d'inquiétude si le contre-amiral ne présumait pas que, contrariée par les vents, cette frégate aurait été empêchée de venir à l'un ou à l'autre mouillage du Cap de Bonne-Kspérance, ce qu'elle avait cependant ordre de faire puisque, entre autres choses, on devait laisser au Cap un agent provisoire en attendant le citoyen Broussonet, nommé à cette place; et que le préfet devait y faire les dispositions que vous lui avez prescrites, tant pour fournir aux besoins que la relâche pourrait nécessiter que pour ceux des bâtiments de la deuxième division qui, j'aime à le croire, ne sont pas éloignés d'arriver. Autrement ce serait encore une contrariété fort désagréable, puisque beaucoup d'objets de première nécessité pour notre établissement sont restés pour être chargés sur ces bâtiments, vu que ceux de la premii-re division n'avaient pu les contenir.

J'avais pris le parti de désigner un oflicicr supérieur pour accompagner le préfet, afin de traiter, dès son arrivée à la côte de Coromandel, de la remise de Pondichéry, et à cet effet, je lui avais remis une lettre pour le gouverneur des établissetnents anglais, avec celle à son adresse dont vous m'aviez chargé en me donnant vos derniers ordres. Kntre autres motifs qui m'avaient fait prendre ce parti, lequel je crois que vous trouverez convenable, c'était celui de ne point être retardé, pour le débarquement des troupes, aussitôt leur arrivée, par des délais que pourrait entraîner la reprise de possession. Je joins copie de la lettre écrite au gouvernement de Calcutta, et des instructions données à l'adjudant général Binot. La non apparition de la Belle-Poule au Cap de Bonne-Espérance me fait craindre qu'elle ne soit en retard pour l'evécution des premières dispositions.

Conformément à vos ordres, j'ai adressé au général Magallon le paquet que vous m'aviez envoyé pour lui. J'ai profité du départ de la goélette V Aigle, venant de Marseille, du port de 70 tonneaux, seule occasion que j'aie trouvée pour l'ile de France.

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Lorsque ce rapport vous parviendra, vous aurez sans doute été informé directement qu'un envoyé de l'iman de Mascate était venu à l'ile de France, où il était arrivé le 16 pluviôse dernier; que l'objet de sa mission était de demander l'amitié du ,q[ouvernement français et des secours en hommes, armes et munitions, parce que l'iman craignait les Anglais; que cet envoyé avait fait présent, de la part de l'iman, de plusieurs chevaux arabes, et qu'après avoir resté un mois à l'île de France, où il avait été fort bien traité, il était reparti pour Mascate, très satisfait, emportant avec lui des canons de divers calibres. Je tiens ce rapport du capitaine du navire le Mentor, de Bordeaux, en relâche actuellement à False Bay d'où il doit se rendre au Sénégal.

En adressant votre lettre au général Magallon, je l'ai invité à me faire connaître quel avait été l'objet de la démarche qu'avait fait faire l'iman de Mascate, en le prévenant que je devais envoyer un commissaire des relations commerciales auprès de lui, afin que je puisse, vu cette démarche, prescrire, plus particulièrement qu'on n'avait pu le faire en Europe, la règle de conduite qu'on doit tenir à Mascate.

Le capitaine du Mentor a aussi rapporté qu'on était très tranquille à l'île de France, mais que les affaires commerciales y étaient dans un très mauvais état ; que les marchandises de l'Inde y étaient ;'i très haut prix ; qu'il y avait des projets d'armements pour divers endroits de celte partie du monde, mais que la crainte de la guerre faisait suspendre toutes les opérations. La nouvelle de l'arrivée de la division va rassurer à cet égard. J'ai en outre annoncé au général Magallon que j'espérais arriver à la côte de Coromandel pour la fin de juillet. On nous fait même espérer que nous y serons plus tôt, parce que la mousson nous est favorable. J'ai aussi invité ce général d'en prévenir le commerce.

A ces nouvelles de l'ile de France, se réunit celle du retour du bataillon qui était à Batavia. Mais une nouvelle d'une très haute importance et dont le Premier Consul est sans doute déjà informé, puisqu'un bâtiment anglais a été expédié pour l'annoncer au cabinet de Saint-James, c'est la guerre entre les Mahrattes et les Anglais : guerre qu'on attribue, d'une part, à l'extrême ambition de lord VVellcsley; et de l'autre, à la crainte que les Français, retournant dans l'Inde, n'eussent le projet de rechercher 1 alliance des Mahrattes pour agir de concert contre la puissance anglaise.

Il est possible encore que la régence de Bombay, jalouse d'égaler en puissance et en gloire les deux autres présidences, et qui convoitait depuis longtemps le (îuzarate, dont la possession la rendrait au moins égale aux deux autres, n'ayant pu trouver le moyen d'arriver à son but, pendant 1 existence de \annah-Furnaveze, un des ministres les plus habiles qu'ait fournis l'Hindoustan, et auquel sont dus en grande partie les progrès de la nation confédérée qu'il dirigeait, que cette régenoe ait saisi l'occasion de la mort de ce ministre pour donner un nouveau développement à .sa politique.

Holkar et Scindiah étaient puissants ; ils étaient même redoutés des

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Anglais; mais on savait qne Scindiah avait l'ambition de remplacer Xannah- Furnaveze au niinistôrc de Poonah (1), et l'opposition qu'y mettait Holkar. Rien ne pouvait donc être plus favorable que de telles circonstances ou de tels prétextes pour faire accéder le marquis de Wellesley au but qu'on s'était proposé ; on a donc entretenu la mésintelligence. Enfin tout a été tellement conduit que Holkar et Scindiab en sont venus aux mains à quelques milles de Poonah, où leurs deux armées s'étaient rassemblées, pour faire valoir leurs prétentions. Scindiah a été tellement battu que Ir» Peschwah, qui est revêtu du titre de chef de la confédération et qui n'est réellement qu'un mannequin au nom duquel tous les actes d'autorité sont faits, et qui était protégé par Scindiah qui prétendait être son ministre, a été obligé de fuir de Poonah, et de se sauver à Basain (2), sous la protection des Anglais qui, dès lors, se sont déclarés ouvertement pour Scindiah, et ont fait avec lui un traité par lequel ils se sont obligés de faire régner le Pesciuvah cpi'ils ont maintenant sous leur protection; d'aider de tous leurs moyens Scindiah pour combattre Holkar, aux conditions qu'ils auront, pour leur part des fruits de cette guerre, la possession entière du Guzarate ; qu'il y aura une garnison anglaise de 10000 hommes dans Poonah ; enfin que la province de Cattak, qui sépare leurs possessions du Bengale de celle de la côte d'Orissa, leur sera remise en toute propriété.

Toutes réflexions que je me permets de faire en ce moment, c'est que le retour du pavillon français dans les mers de l'Inde, si notre traversée est courte, peut contribuer, par l'effet seul du hasard, à faire une diversion avantageuse en faveur de Holkar, parce que les Anglais, qui sont naturellement ombrageux de leur haute puissance, ne se dégarniront peut-être pas autant qu'ils l'auraient fait si nous étions encore éloignés, pour réunir plus de moyens et donner suite à leurs projets pour la fin desquels il ne leur manque plus qu'une scène à jouer, celle de détruire Holkar. Sans m'écarter de la marche qui m'est tracée, aussitôt mon arrivée à la côte Coromandel, et même plus tôt, si les circonstances me le permettent ou quelques nouvelles avantageuses m'y engagent, je me bâterai d'expédier pour Surate : c'est maintenant le point le plus intéressant pour avoir des nouvelles, puisque c'est, à n'en plus douter, dans cette partie de l'Hindoustan que la compagnie anglaise va s'élever au plus haut degré au([uel son ambition ait pu prétendre, ou préparer sa chute. De telles circonstances, citoyen ministre, me font apprécier de plus en plus combien serait utile un nombre de bâtiments légers pour être employés à se porter avec célérité sur les points intéressants; et dès ce moment, si la division avait une corvette, on n'aurait pas pu l'employer plus utilement que de la faire partir de suite pour la côte Malabar et le golfe de Cambay.

J'ai profité du séjour de la division à la baie de False pour aller visiter a ville du Cap de Bonne-Kspérance, rendue aux Hollandais, le 17 février

(1) Ou Poona.

(2) Ou Bassein.

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