L'IXCIDEXT DE LA ' COTE-D'OR
Mais quelle a été ma surprise de voir revenir au mouillage les vaisseaux qui étaient dehors, et de les voir mouiller l'un à tribord et l'autre à bâbord, le troisième derrière!
Le vaisseau qui était derrière m'a envoyé un officier me dire, de la part du général, que je pouvais aller mouiller demain devant Pondichérj , par six brasses, en face de la ville; que j'y resterais, d'après les ordres du général Linois, sous les ordres du général de mer et que le colonel Sainte- Suzanne serait, d'après les ordres du général Decaen, sous les ordres du colonel Cullen, commandant à Pondichéry ; qu'il n'y avait pas encore d'ordre pour remettre la place, et qu'il n'y avait que les malades et les femmes qui étaient à terre. A 7 heures, je me suis rendu, avec le colonel Sainte-Suzanne, à bord de l'amiral pour avoir quelques détails : mais, en nous recevant très honnêtement, on nous a dit que l'amiral se couchait de très bonne heure et qu'il reposait.
Le 25 messidor.
Le lendemain matin à 8 heures, le petit bâtiment français que j'avais rencontré, deux jours avant, a passé le long de mon bord, et m'a dit qu'on avait voulu l'arrêter à Gondelore (I), mais qu'il avait continué sa route et qu'on n'avait pas employé la force pour l'y contraindre. J'ai appareillé et mouillé, par huit brasses, vis-à-vis de Pondichéry, le pavillon au 0.-\'.-0. Il était alors 11 heures. Il est venu une schellingue de la terre qui nous a dit que le général Binot était à terre avec les troupes qu'avait apportées la Belle-Poule. Aussitôt nous avons reçu l'invitation de descendre, M. Sainte-Suzanne et moi. Nous nous sommes rendus chez le général Binot qui nous a dit que tout ce que nous avaient dit les Anglais était faux, que le général Linois, la nuit de l'arrivée du Bélier, avait appareillé : il m'a remis un ordre, pour copie conforme, du général Linois avec injonction de l'exécuter; mais la grande surveillance des chaloupes des vaisseaux qui étaient venus au même mouillage que moi, et disposés de manière qu'ils étaient depuis le X.-E. au S.-S.-O., en outre, calme, je n'ai pu l'exécuter.
Du 26 messidor.
Sur les 10 heures du soir, j'ai mis une embossure sur mon câble, et à 11 heures, je l'ai fait couper; faible brise du S.-S.-E. J'ai abattu sur bâbord, fait mettre le petit foc et la grande voile d'étai, le cap au nord, j'ai tiré le foc de derrière, après avoir dépassé le vaisseau le plus près de moi, j'ai laissé tomber la misaine. J'avais fait au plus un quart de lieue que j'ai vu des coups de fusil qu'on tirait du rivage, et des signaux à bord des vaisseaux. J'ai alors fait toutes voiles le long de la côte que je côtoyais de très près, où, de distance en distance, il y avait des embarcations d'où partaient des coups de fusil, et une qui nous suivait et tirait aussi fréquem-
(1) Cuddalore.
xnent. Vers minuit, la brise a pris faveur. Cinglé à l'E.-N.-E., tout en voiles et bonnettes; à 3 heures, j'ai distingué une frégate qui était dans mes eaux.
A 5 heures et demie, elle était dans ma hanche du vent, et m'a hélé en arborant son pavillon. J'ai mis le mien. Voici le pourparler :
Demande du capitaine anglais. — L'amiral anglais vous fait dire de virer de bord et de revenir au mouillage.
Réponse. — Je ne peux pas, je suis ma destination; je n'ai point d'ordres à recevoir de l'amiral anglais, étant en paix avec sa nation.
Demande. — Répétition de la sommation de virer de bord et de le suivre; qu'il m'y forcerait et qu'il m'en arriverait malheur.
Réponse. — Que je ne pouvais faire ce qu'il désirait.
Demande. — Répétition de la môme menace; que c'était pour la dernière fois, oui ou non.
Réponse. — Mon, non.
Aussitôt, il a tiré un coup de pistolet (nous étions à cette portée). La mousqucterie et son artillerie font feu sur moi et à dessein de me couler, puisqu'un boulet a porté à fleur d'eau, un autre dans le corps du vaisseau et les autres dans les voiles. J'ai fait amener le pavillon. La frégate a continué de tirer. J'ai fait amener mes perroquets et carguer mes basses voiles et mis en panne. Alors le feu a cessé. Deux officiers sont venus à bord et m'ont dit que le capitaine m'ordonnait de retourner à Pondichéry. J'ai demandé : « Avons-nous la guerre? " [L'un] a répondu : « Je ne crois pas. — Vous avez tiré sur moi quoique nous ne soyons pas en guerre ; mon navire ne m'appartient plus. J'en fais l'abandon ;\ votre capitaine : il peut en disposer à son gré. » Il m'a dit qu'il allait rester à bord et qu'il me priait de faire manœuvrer pour retourner à Pondichéry : craignant de nouvelles violences et voulant éviter de nouveaux malheurs, et l'usage étant que, lorsqu'un vaisseau est amené, il est sous les ordres de celui qui l'a forcé, j'ai fait voile pour Pondichéry, escorté parla frégate la Terpsichore.
Signé : Dufresxe-Laigle.
Xous, soussignés, certifions le contenu véritable. En foi de quoi nous avons signé pour servir où besoin sera.
En rade de Pondichéry, le 29 messidor an XI.
Signé : Sainte-Suzanne, chef de bataillon; Cavaigxac, résident à Mascate ; Lerch, chef de bataillon.
Pour copie conforme :
L'adjudant commandant : Signé : L. Bixot.