RAPPORT DE LEFEBVRE
de recomiuencer ma lettre et d'ajouter quelque chose à ce que je \ous mandais.
Conformément aux ordres que je reçus de vous, le 22 messidor, pour porter vos dépêches à Madras, je me suis rendu à bord de la Belle-Poule qui a mis à la voile entre 8 et 9 heures du soir. Mous avons mouillé, le lendemain 23, en rade de Madras, après douze heures de traversée. Le capitaine Bruilhac m'envoya à terre dans son canot.
Je me rendis d'abord chez le major de place, et de suite chez le lord Clive qui était à la campagne. Je lui remis la dépèche dont vous m'aviez chargé et me disposai de suite à me remettre en l'oute, par terre, pour vous rapporter la réponse que je n'avais pu avoir que le lendemain à midi.
Je ne perdis pas un instant pour me conformer à l'ordre que vous m'aviez donné de faire toute la diligence possible.
Je repartis de Madras immédiatement et j'arrivai à Pondichéry le 25, à 5 heures du soir. Je remis à l'adjudant commandant Binot la lettre de lord Clive en lui témoignant combien je regrettais de ne pas pouvoir vous la donner moi-même.
Ma première question, en apprenant le départ de la division, fut de m'informer si vous aviez eu la bonté dépenser à moi en partant, et si vous aviez laissé quelque instruction, à mon égard, au général Binot. Mais votre départ précipité n'a sûrement pas permis que je fusse excepté de vos dispositions générales; en conséquence, je ne puis m'empècherde me regarder toujours comme à mon poste auprès de celui que vous avez revêtu de tous vos pouvoirs, puisque le motif qui vous détermina à m'envoyer avec lui en avant était l'utilité qu'il pouvait tirer de quelques connaissances que j'ai du pays où nous sommes maintenant.
Permettez, mon Général, qu'en regrettant l'événement qui me sépare de vous une seconde fois, je me recommande à votre souvenir : je profiterai de la première occasion pour me rendre à votre quartier général, dès que le général Binot voudra bien m'expédier près de vous. La circonstance est trop délicate et trop critique pour que je puisse penser à l'abandonner dans ce moment; et je m'estimerai toujours très heureux de partager avec lui toutes les chances bonnes ou mauvaises qu'il pourra courir, persuadé qu'en cherchant à me rendre utile, je me conformerai à vos intentions et que c'est le seul moyen de me conserver des titres à votre bienveillance.
Depuis que je vous ai écrit par le brick V Alfred, les nouvelles politiques n'ont pas changé de caractère. Il est certain que le général Perron, qu'on croyait à Calcutta, est toujours au camp de Scindiah, et il parait que la réconciliation de ce prince avec Holkar n'est plus douteuse. Moodajee Boucelah [?J tient sur pied une armée formidable et l'on s'attend à chaque instant à une déclaration positive de sa part en faveur de la régence de Poonah, si les Anglais ne se désistent pas de leurs prétentions sur les rives du Toombudra (1). II y a apparence que Boucelah envahira le Bengale,
(1) Le Tungabhadra.
400 MEMOIRES ET JOURNAUX DU GEXERAL DEGAEN
tandis que Scindiah et Holkar réunis pourront dicter à rarmée de Poonah les lois qu'ils jugeront convenables.
FjCS Anglais, à la côte, sont loin d'être tranquilles; ils démolissent toutes leurs forteresses à 30 milles dans l'intérieur, probablement dans la craintte que les Français, en cas d'hostilité, ne fassent un débarquement sur quelque point de la côte, oà ils se maintiendraient aisément, puisque la présidence de Madras n'a pas mille Européens disponibles depuis la côte d'Orissa jusqu'au cap Comorin.
La démolition du fort de Gondelore se poursuit avee beaucoup d'ardeur et est sur le point d'être achevée.
Le général Binot vous donnera les détails de toutes nos transactions avec le gouvernement de Madras; c'est pourquoi je ne vous en entretiendrai pas.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : Stanislas Lefebvre (1).
(1) Pour le séjour de Decaen à l'île de France, voir la remarquable thèse de H. Pre.vtoi;t, l'Ile de France sous Decaen.
GOXCORDAMCE