‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 13 sur 184 · MOREAU ENVOIE DECAEN A MUNICH · texte numérisé non relu

MOREAU ENVOIE DECAEN A MUNICH

nier arriveraient à la hauteur de la position que j'occupais, je devais marcher par ma droite pour venir l'appuyer à la chaussée de Neresheim à Nôrdlingen, à une lieue et demie en arrière de cette ville.

Le général Debilly m'informa que l'ennemi avait tenu poste toute la nuit à Trochtelfingen, que les patrouilles qu'il y avait envoyées, tant la veille au soir que le matin, avaient fait le coup de fusil avec le régiment de Kinsky, et que deux déserteurs avaient dit que tout leur régiment était dans Trochtelfingen ; que la reconnaissance poussée sur Hohenberg avait vu, en arrière de cet endroit, de forts postes d'infanterie et de cavalerie; que celle qui avait été envoyée vers Aalen n'avait rien vu, mais qu'elle avait appris, de l'avant-garde du général Ney à Beuren, que l'on avait aperçu beaucoup d'équipages ennemis filer sur Ellwangen.

Le 17e de dragons rentra à la division et, lorsqu'elle eut pris sa nouvelle position, je fus voir ce qui se passait de l'autre côté de la forêt, entre les deux armées qui se fusillaient et se canonnaient, principalement à notre gauche.

Le soir, à mon retour à Neresheim où j'avais établi mon quartier général, je fus chez le général en chef qui venait de faire son retour de devant Nôrdlingen. Il m'apprit que le général Kray lui avait envoyé un parlementaire pour lui annoncer la conclusion d'un armistice entre les deux armées d'Italie, laissant cependant ignorer, dans sa dépêche, ce qui avait amené cette suspension (1 ) , et qu'il lui en avait proposé une pour les deux armées du Rhin. Le général Moreau ajouta : « J'ai refusé cette proposition, voulant attendre des dépêches du gouvernement qui m'instruiront de ce qui s'est passé d'extraordinaire en Italie, et qui ne peuvent pas tarder d'arriver. »

Ensuite, il me dit : ce Decaen, vous sentez-vous de force pour aller à Munich? » Je repartis : « Mon général, de quelle mission voulez-vous me charger? — Mais, y aller avec votre division parce que, si l'ordre m'arrive de suspendre les hostilités, il est d'un grand intérêt pour l'armée que nous ayons la Bavière pour avoir de bons cantonnements et pour les contributions. » Je répondis que j'étais flatté de cette mission et que j'étais prêt à exécuter ses

(1) La bataille de Marengo, livrée dix joura auparavant.

ordres, en faisant néanmoins l'observation que ma division était bien faible pour m'éloigner à une aussi grande distance. Alors il me dit que son intention était de l'augmenter d'une partie de la réserve de cavalerie, ce qui donnerait probablement lieu à l'ennemi, quand il connaîtrait ce mouvement, de penser que c'était la plus grande partie de l'armée qui avait passé le Lech, et que j'aurais, en outre, à ma disposition les troupes qui étaient à Friedberg, au delà d'Augsbourg.

Il me fit ensuite cette question : « Dans combien de jours comptez-vous pouvoir arriver à Munich? — Cela, dis-je, dépendra de la distance et des obstacles que je pourrai rencontrer. Et en combien de jours jugez-vous, mon général, que je doive y arriver? — Il faut, me répondit-il, que dans quatre jours, quatre jours et demi, vous soyez dans cette capitale. » J'assurai que je mettrais la plus grande célérité, et je priai le général en chef de désigner le 2e de carabiniers dans le détachement, parce que je chargerais son chef, le colonel Caulaincourt, du commandement de ma réserve de cavalerie, ce qui me fut accordé; et, sur-le-champ, le général en chef m'expédia l'ordre suivant :

Le général de division Decaen partira dans la journée pour se diriger à marches forcées sur Munich par Hochstadt et Augsbourg.

Il sera renforcé d'un escadron du 8e de cavalerie, du 2« de carabiniers et du 9e régiment de cavalerie avec trois pièces d'artillerie légère.

Le général Decaen aura à sa disposition le détachement laissé sur le Lech au-dessus d'Augsbourg, mais il sera chargé de couvrir ce point.

11 lui est particulièrement recommandé de se couvrir, sur sa gauche, contre les partis qui viendraient d'Ingolstadt et du bas Lech et de la Paar, et sur sa droite, contre les partis qui viendraient du Tyrol.

Arrivé à Munich, il y recevra des instructions ultérieures et jugera s'il lui est possible de prendre position en avant de cette ville, ou s'il ne serait pas préférable de la prendre en arrière. Il se réglera, à cet égard, sur la nature du terrain et les forces qu'il pourra avoir à combattre.

Le général en chef :

Signé : More au.

Je reçus du général Lahorie la lettre suivante :

Par la nature de votre destination et passant, avec le corps de troupes que vous commandez, sur le terrain occupé par celles du lieutenant général Lecourbe, il devient important et nécessaire, mon cher général, que

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