‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 134 sur 184 · AGISSEMENTS ANGLAIS AU CAP · texte numérisé non relu

AGISSEMENTS ANGLAIS AU CAP

vait point des ordres à cet égard. Il a ajouté qu'en agissant ainsi il ne ferait que suivre le parti qu'il avait déjà adopté envers ce M. Pringle, qui avait déjà fait plusieurs démarches pour être reconnu comme agent du gouvernement anglais; je laisse ici un mot à M. Broussonet pour lui annoncer que je vous informe delà difficulté qu'on se propose de lui élever lorsqu'il se présentera dans cette colonie. J'ai l'honneur, etc..

Supplément à cette lettre :

Le commissaire général Demist a jugé sans doute insuffisant tout ce qu'il m'a dit dans notre conversation à l'égard de M. Broussonet : il m'a remis, à mon départ, la note dont je vous adresse aussi une copie. Je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire d'y répondre, d'autant mieux qu'il m'a paru inutile d'entamer une discussion politique qu'on n'aurait pu résoudre ici ; que, d'un autre côté, je n'avais point de rapports directs avec le Gap de Bonne-Espérance, ni reçu de vous aucune instruction particulière pour cette colonie. Je me suis donc borné à faire apercevoir au commissaire général que ce AI. Pringle, qu'il ne prétend considérer que comme simple particulier chargé d'affaires de commerce, recevait, en public, de lui et de plusieurs membres formant l'autorité, des égards tellement marqués que je m'étais persuadé qu'il était un agent accrédité; que cette persuasion ne m'était pas seulement personnelle; qu'elle était partagée par beaucoup d'habitants du Cap; enfin que, lorsqu'on parlait de M. Pringle, on ne le qualifiait pas autrement que de commissaire anglais. Je n'ai pas non plus laissé ignorer à M. Demist que Pringle faisait autre chose que de recueillir des fonds pour ses commettants; qu'une de ses principales occupations était d'y répandre des nouvelles qu'on lui adressait d'Europe; que, pendant mon séjour au Cap, il avait osé donner pour nouvelle certaine que la guerre allait être bientôt déclarée entre la France et l'Angleterre; qu'un bâtiment parti de Londres le 4 mars lui avait annoncé que, décidément, Malte devait rester aux Anglais, etc. J'ai observé à M. le commissaire général que ces nouvelles ne tendaient qu'à alarmer les colons et empêcher les relations commerciales, enfin à tenir dans l'inquiétude ces mêmes colons auxquels il faut des idées plus riantes sur l'avenir, et qui les éloignent du désagrément qu'ils ont éprouvé pendant la guerre.

Je n'avais pas dû croire à la véracité de cette nouvelle d'une prochaine déclaration de guerre, et elle devait me paraître supposée, parce que le navire par lequel on citait qu'elle avait été apportée était parti de Londres le 4 mars, cl que nous avions mis à la voile le 5; et que je devais penser que si, alors, il eût exislé entre la France et l'Angleterre des contestations telles qu'on eût dû prévoir une guerre imminente, le départ de notre expédition aurait élé prudemment suspendu .

Ce qui avait contribué encore plus à ne pas me faire croire à

cette nouvelle, et môme à ne pas me causer la moindre incertitude dans mon opinion, c'était ce qu'on avait dit au sujet de Malte, attendu que j'avais appris du Premier Consul que les Anglais, ayant élevé quelques difficultés pour rendre cette île ainsi que le Cap de Bonne-Espérance, s'étaient enfin décidés à exécuter l'article du traité d'Amiens concernant leur remise, et qu'ils ne garderaient ni Malte, ni le Cap de Bonne-Espérance; ainsi, en voyant qu'ils avaient rendu cette colonie aux Hollandais, depuis que la difficulté élevée avait été aplanie, je pouvais bien me persuader que File de Malte devait aussi être rendue à la Russie qui, selon le traité de paix, devait l'occuper.

Il n'y avait donc que des nouvelles d'Europe postérieures au 4 mars et transmises autrement que celle qu'on avait répandue qui pouvaient m'apprendre si la guerre devait recommencer et, dans ce cas, m 'engager à prendre un parti : soit de rester au Cap de Bonne-Espérance, soit d'aller à l'île de France, et d'attendre à l'un ou à l'autre endroit de nouveaux ordres, si j'avais aperçu que l'expédition pouvait être compromise en continuant notre voyage pour arriver à Pondichéry.

Notes sur la colonie du Cap de Bonne-Espérance adressées au Ministre.

N'ayant point eu le temps suffisant pour acquérir tout ce que Ion pouvait désirer sur la totalité de la colonie, et que, d'ailleurs, on m'a assuré qu'il y avait eu, jusqu'à présent, fort peu de changement pour l'intérieur du pays depuis les derniers renseignements qu'on doit trouver dans nos archives, et particulièrement dans le voyage de John Barrow, traduit de l'anglais par Grandpré, ces notes contiennent plus particulièrement ce qui est relatif à la presqu'île, à l'état militaire et politique actuel de la colonie.

J'ajouterai ce que j'ai appris sur ce qui s'est passé lorsqu'elle est tombée au pouvoir des Anglais, ainsi que pendant le temps qu'ils l'ont eue en leur possession; enfin les causes pour lesquelles elle n'a pas été restituée aux Hollandais aussitôt qu'ils s'y sont présentés.

La presqu'île, dont la pointe la plus Sud est le cap de Bonne-Espérance, est formée par la baie de Table et la baie de False qui ne laissent entre elles qu'un isthme assez étroit qui ne présente qu'une grève très basse et presque de niveau, et qui permettrait de croire que la mer la couvrit autrefois. Le reste de la péninsule est traversé, dans sa plus grande Ion-

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