‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 135 sur 184 · LES ANGLAIS RESTITUENT LE GAP · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS RESTITUENT LE GAP

passage,, si fort par lui-même. Ils arrivèrent devant la ville du Cap et, après plusieurs pourparlers, ils prirent possession du fort et de toute la ville, le 21 de septembre.

Ils doivent une conquête si aisée à la lâcheté et à la trahison de quelques individus corrompus par un certain M. Pringle, alors agent de la Compagnie anglaise. Le commandant hollandais, le colonel Gordon, Ecossais de nation, se brûla la cervelle à cette occasion. Le gouverneur fut conduit en Angleterre d'où il passa en Hollande, sans avoir jamais essuyé le moindre désagrément.

Les Anglais ne furent pas sitôt maîtres de la ville que l'amiral hollandais Lucas arriva avec 6 ou 7 bâtiments dans la baie de Saldagne où il se laissa prendre par l'ennemi en lui abandonnant toute sa flotte. C'est dans cette occasion que M. Glaris, alors commandant en second et maintenant capitaine de port, a si puissamment secondé les Anglais.

Bientôt après, lord Macartney arriva pour établir une nouvelle organisation dans cette colonie. C'est à lui que les colons doivent la prospérité dont ils ont joui depuis; car, dans l'intention de garder cette colonie, il avait donné de la force aux lois et accordé de la protection aux propriétés. L'importation des marchandises anglaises était libre de tout impôt : on n'exigeait que 8 pour 100 de toutes les autres. Les traites sur l'Angleterre ne perdaient que G à 8 pour 100, tandis qu'aujourd'hui, on paie, pour toutes les marchandises, 10 pour 100, et les traites sur l'Angleterre perdent 25 à 30 pour 100.

Reprise de possession.

L'escadre hollandaise, chargée des troupes qui devaient reprendre possession du Cap de Bonne-Espérance, arriva le 24 septembre. Le général anglais, qui avait reçu ses ordres, déclara aussitôt qu'il était disposé à évacuer la citadelle et les forts, ce qu'il exécuta même en ne laissant que quelques hommes dans la citadelle. Mais l'autorité chargée par le gouvernement batave de reprendre cette possession crut qu'il était important, pour donner plus de solennité, de remettre au 1er janvier 1803. Sur ces entrefaites, le contre-ordre arriva. Ce fut la veille même du jour fixé pour la reddition. Cet ordre avait été expédié en triplicata. Ce fut le dernier qui arriva le premier Le général Dundas fit débarquer ses troupes, dans la nuit même, et fit reprendre les postes qu'il avait abandonnés, sans aucune opposition. Les Hollandais se trouvèrent réduits à camper. Ils formèrent leur camp à Wynberg, à gauche de la route qui conduit du Cap à Simon's Bay, presque en face de Constance, où ils restèrent jusqu'à ce qu'on eût reçu d'Europe de nouveaux ordres. Enfin, ces ordres étant arrivés, les Anglais évacuèrent tout le territoire de la colonie, le 21 février dernier, rendant les fortifications, les magasins, les bAtiments, les jardins, etc., dans le plus mauvais état.

A ces cadeaux, ils ont joint celui d'un rassemblement de Hottentots, II. 22

qu'ils avaient fait plutôt pour un but politique que militaire, quoiqu'il eût l'apparence d'un corps, puisqu'ils y avaient attaché des officiers européens et qu'ils avaient armé une partie de ce rassemblement, dont le nombre, d'environ 900, était composé d'un tiers de femmes et d'enfants. On prétend qu'ils comptaient, en cas d'attaque, lâcher ce rassemblement pour engager les Hottentots de l'intérieur à se soulever contre les paysans hollandais, afin que ceux qui auraient agi au nom du gouvernement balave n'eussent pu en tirer aucun service.

Il y avait cinq ans que les Anglais entretenaient ce rassemblement, qui leur a fait une excessive dépense, puisque chaque Hottentot était payé à 16 s. (1) de France par jour, une livre et demie de viande, une livre de pain, et autres avantages; aussi, ils se les étaient fortement attachés.

Les Hollandais n'ont pu se dispenser de continuer, dans le premier moment, à traiter les Hottentots comme l'avaient établi les Anglais; mais la dépense étant excessive, et ne pouvant tirer aucun service de cette troupe dont l'esprit ne vaut absolument rien, ne pouvant pas cependant les licencier, dans la crainte que, réunis en bandes, ils ne commissent des désordres, le gouvernement a pris le parti de les entretenir sur le même pied, jusqu'à ce qu'il ait pu parvenir à les faire prendre comme domestiques par les colons, ce qui s'exécute journellement, car déjà plus de 300 sont renvoyés.

J'ai vu le reste de ce rassemblement. Il ne s'y trouve plus que quelques vrais Hottentots, et peu d'hommes capables de porter les armes. Les officiers qui les commandent leur reconnaissent deux qualités bien contraires à ce qui constitue l'homme de guerre : ils sont ivrognes et paresseux. On assure cependant que quelques-uns d'eux sont bons chasseurs, cl qu'ils sont surtout excellents pour être guides dans l'intérieur du pays. Les Hollandais, précédemment, en entretenaient pour cela un certain nombre, ce qu'ils comptent faire encore, mais sur un pied moins dispendieux que celui établi par les Anglais. On m'a assuré que les Anglais, pendant qu'ils ont possédé le Gap de Bonne-Espérance, ont fait une dépense qui se monte à plus de 10 millions de livres sterling.

L'esprit de parti, la méfiance dans la plupart des chefs, le manque d'union même entre les Hollandais venus d'Europe et ceux qui sont nés dans le pays, les intérêts divisés des colons composés d'hommes de différentes nations, surtout l'influence que les Anglais paraissent avoir sur cette colonie,... toutes ces causes doivent faire adopter au gouvernement batave un système propre à diriger cet établissement et à le conserver. On est loin de penser que le commissaire chargé maintenant de l'organisation de cette colonie puisse remplir cet objet.

Enfin, on croit avoir le droit de dire que les Anglais ont une grande influence en Europe sur plusieurs membres du gouvernement actuel de la République batave (gouvernement dans lequel on ne paraît pas avoir

(1) Le manuscrit porte : « 168 de France. » Peut-être faut-il lire : Sols.

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