ORDRE DE RALLIER L'ILE DE FRANGE
dune date éloignée, je puis vous assurer qu'aucune des dispositions qu'elle contient n'a éprouvé de changement et que nos deux gouvernements ont de plus en plus resserré les liens de paix et d'amitié qu'ils s'étaient promis par le traité d'Amiens et que je m'empresserai d'entretenir dans cette partie du monde. Agréez, etc. . .
Mais, sur ces entrefaites, le brick le Bélier fut signalé, le Bélier que je ne devais voir arriver qu'avec les Africains, etc. !...
Aussitôt qu'il eut mouillé, son commandant vint à bord et remit vos ordres. En voici la transcription :
Paris, le 20 ventôse an XI de la République française, à 11 heures du soir.
Le Ministre de la Marine et des Colonies au général Decaen.
Le gouvernement, Général, apprend que l'Angleterre fait un armement extraordinaire. Ce n'est pas une rupture, mais cela jette un nuage sur ses intentions. Dans cet état de choses, l'expédition ne doit pas aller à Pondichéry s'exposer inconsidérément aux chances des événements : le contre-amiral Linois reçoit l'ordre de la conduire à l'ile de France. Vous y débarquerez et attendrez les ordres que je vous adresserai incessamment d'après les circonstances.
Mais, dans le cas d'hostilités, il serait possible que les bâtiments porteurs de mes dépêches fussent interceptés : dans ce cas, dès que la rupture entre la France et l'Angleterre vous serait connue d'une manière authentique, quoique par voie indirecte, vous remettrez au général Magallon la lettre ci-jointe, à cachet volant, et vous vous ferez reconnaître pour capitaine général des îles de France et de la Réunion, et le citoyen Léger, pour préfet colonial.
Je joins ici deux exemplaires de l'organisation de ces deux îles, arrêtée par le gouvernement le 13 pluviôse dernier.
Le général Magallon servira sous vos ordres à l'île de France comme votre lieutenant général ; mais vous observerez que ces dispositions doivent rester secrètes jusqu'à leur exécution, et que cette exécution ne doit avoir lieu qu'autant que vous aurez, connaissance certaine d'une rupture entre la France et l'Angleterre.
Le contre-amiral Linois vous donnera connaissance des instructions que je lui donne sur la direction des forces confiées à son commandement.
Je désire que le brick le Bélier, qui vous remettra ces dépêches, vous rallie assez tôt pour pouvoir m'êlre renvoyé; dans le cas contraire, il restera à vos ordres.
Je vous transmettrai le plus tôt possible des avis sur l'état des choses, et ils seront accompagnés des ordres du gouvernement sur
l'époque à laquelle vous devrez quitter l'ile de France, s'il y a lieu, pour suivre votre destination primitive.
Signé : Decrès.
Dans un tel état de choses, citoyen ministre, il fallait prendre un parti relatif à notre situation dont un exposé succinct est nécessaire pour justifier la célérité du départ de la division et les autres mesures qui ont précédé ce mouvement.
D'abord, vos ordres; en second lieu, l'escadre anglaise, forte de cinq vaisseaux de ligne, trois frégates et deux corvettes, se tenant, depuis notre arrivée, à trois quarts de lieue au vent à nous, ayant continuellement plusieurs de ses bâtiments sous voile, en un mot, étant dans un état absolu de surveillance et paraissant attendre la première occasion pour agir offensivement ; enfin, qu'il n'était pas prudent, d'après de telles dispositions de l'amiral anglais, vu aussi le retard mis à la restitution de Pondichéry, ainsi que le renvoi d'un jour à l'autre pour avoir la réponse du marquis de iVellesley, laquelle devait déjà être arrivée (car le colonel Gullen, qui avait été désigné comme commissaire pour la restitution des établissements à la côte Goromandel et qui était venu, le matin, me rendre visite, m'avait flatté de me remettre cette réponse avant même de retourner à terre, en annonçant qu'il espérait qu'on allait la lui apporter), qu'il n'était pas prudent, dis-je, d'attendre, sur la rade de Pondichéry, le dénouement de nos incertitudes sur la paix ou sur la guerre; convaincu, surtout, que, par le moyen de la caravane, les Anglais seraient les premiers informés, je pensai donc qu'il fallait au plus tôt se diriger sur l'île de France.
Le préfet colonial se trouvant à bord au moment de la réception de vos dépêches, réuni au contre-amiral Linois, je leur présentai ce parti comme le plus convenable, surtout si son exécution était prompte et secrète.
11 fallait de la promptitude, parce que si les Anglais recevaient, d'un moment à l'autre, l'annonce d'une rupture, notre embarras devenait de plus en plus extrême.
Il fallait du secret pour ne point être empêché dans l'appareillage. Vous savez, citoyen ministre, que les Anglais ne sont point scrupuleux, et surtout dans l'Inde, pour commettre des hostilités lors même que la guerre n'est point déclarée; et je regarde bien comme une insulte le mouillage du vaisseau et de la frégate de cette nation à tribord et à bâbord de la Belle- Poule.
Il fallait du secret afin de n'être pas observés dans notre marche et laisser l'amiral anglais dans l'incertitude de notre direction.
Le contre-amiral Linois aura l'honneur de vous donner de plus amples détails sur l'attitude, les démarches et les actions de l'escadre anglaise. Mais la surveillance exercée par cette escadre jusqu'à faire traverser, pendant la nuit, notre mouillage par des canots à la voile, la rencontre faite par la division de deux avisos sous le vent de Pondichéry, dont un signala