‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 157 sur 184 · L. Binot, adjudant commandant, à Monsieur l'amiral Rainier · texte numérisé non relu

L. Binot, adjudant commandant, à Monsieur l'amiral Rainier

D'après le compte que vient de me rendre le chef de brigade Sainte- Suzanne, commandant l'infanterie française de l'expédition de l'Inde, sur la conduite hostile qu'a tenue, envers le transport la Côte-d'Or, une des frégates à vos ordres, je n'ai plus lieu de douter que la guerre ne soit déclarée entre nos deux nations.

Je vous préviens donc qu'en conséquence de ce malheureux événement, je considère les troupes françaises à bord de la Côte-d'Or comme prisonnières, et que tant que vous vous opposerez à leur départ, je cesserai de m'occuper de leurs besoins en tout genre.

Il me reste, Monsieur l'Amiral, a vous prier de vouloir|bien adoucir la captivité des troupes françaises en donnant vos ordres pour qu'il leur soit fourni les rafraîchissements dont elles ont grand besoin. Je vous en aurai une obligation toute particulière.

Pour copie conforme :

Signé : L. Binot.

A Pondichéry, le 29 messidor an XI.

L'adjudant commandant Binot, chef de l'état-major de l'expédition de l'Inde, à Monsieur le Gouverneur du fort Saint-Georges , président du conseil de Madras.

J'ai l'honneur de témoigner à Votre Excellence mon étonnement sur l'acte d'hostilité qui a été exercé envers le vaisseau de la République française la Côte-d'Or, chargé de trois cents hommes de ses troupes.

Ce bâtiment, ayant appareillé dans la nuit du 25 au 26 du courant, de la rade de Pondichéry, pour se rendre à une destination que m'avait chargé de lui donner le capitaine général Decaen, a été arrêté dans sa marche, à environ 40 milles de Pondichéry, par une frégate envoyée à sa poursuite par Monsieur l'amiral Rainier.

Le capitaine de la frégate, après l'avoir atteint, l'a sommé de revenir à Pondichéry. Sur le refus fait par le capitaine du vaisseau de se rendre à cette sommation, et après avoir répondu qu'il n'avait point d'ordres à recevoir de M. l'amiral anglais, et qu'il suivrait sa destination, la som-

mation répétée une deuxième et troisième fois, même refus de la part du capitaine du vaisseau de s'y rendre, il a été fait sur lui, à portée de pistolet, une décharge de mousqueterie et d'artillerie dirigée de manière qu'un boulet est entré à fleur d'eau dans le corps du bâtiment, le reste de la bordée, dans les voiles.

Le capitaine ayant fait amener son pavillon, le feu n'a pas moins continué, et ce n'est qu'après que le bâtiment a été mis en panne que la frégate a cessé son feu : deux officiers anglais arrivés à bord, le capitaine leur a remis son vaisseau qu'ils ont dirigé sur Pondichéry.

Le chef de brigade Sainte-Suzanne s'est constitué prisonnier ainsi que la troupe sous ses ordres.

D'après un acte aussi hostile, je ne doute nullement que la guerre ne soit déclarée entre nos deux nations.

Monsieur l'amiral Rainier n'a rien respecté. J'ai eu l'honneur de le prévenir, par ma lettre du 25 courant, qu'aussitôt que ce bâtiment aurait pris des vivres, il partirait pour une nouvelle destination. Qui a donc pu porter Monsieur l'amiral à agir aussi hostilement envers la nation française, arrivant ici sur la foi des traités? Je viens en conséquence de le prévenir que je considérais le vaisseau comme prise faite par la nation anglaise et la troupe, prisonnière; que je cessais, dès ce moment, de m'occuper de ses besoins.

J'ose me flatter qu'il aura pour elle tous les égards qu'elle mérite.

Ce malheureux événement me met dans le cas de demander à Votre Excellence une explication sur ma position ici.

Je suis venu, d'après les ordres du capitaine général, pour recevoir la restitution des établissements français à la côte de Coromandel. Je suis débarqué avec un détachement de 200 hommes, sur l'invitation du colonel Demeuron, commandant alors à Pondichéry, et sur la promesse que m'a donnée Monsieur le lieutenant-colonel Cullen, commissaire de Sa Majesté Britannique, de me remettre sous peu nos établissements. Depuis plus d'un mois, j'attends votre réponse et l'exécution de la promesse : j'ai tout lieu de croire qu'elle ne sera pas satisfaisante, et avec d'autant plus de raison que des hostilités ont été commises envers un vaisseau chargé de troupes de la République française.

Le général Decaen, capitaine général, avant son départ, m'ayant remis ses instructions pour attendre la restitution des établissements français, je prie Son Excellence de vouloir bien me dire si elle aura lieu, et si la conduite de l'amiral Rainier envers les représentants de la République française dans l'Inde a été commandée et approuvée par vous, Monsieur le Gouverneur.

J'ai l'honneur, etc..

Pour copie conforme :

Signé : L. Binot.

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