ARRIVÉE DES FRANÇAIS A MUNICH
pour Munich; que la grande fatigue des troupes m'empêchait d'y arriver plus tôt.
La position de Dachau permettant, au jour, de découvrir fort loin dans la plaine de Munich, l'ennemi n'y étant pas aperçu, la division ayant à sa suite du pain, de l'eau-de-vie et de l'avoine, on en fit des distributions pour deux jours, et toutes les troupes reçurent l'ordre de se mettre en marche à 8 heures, excepté un bataillon et 50 chevaux que je laissai à Dachau pour me couvrir de ce côté.
Le général Debilly, qui s'était porté en avant avec le 6e régiment de chasseurs, m'envoya prévenir, par un officier qui me rencontra à une lieue de Dachau, que son avant-garde avait trouvé au village de Moosach un piquet de l'ennemi laissé en observation et que, d'après une conférence avec le commandant de ce piquet, il avait été convenu qu'il allait se retirer de suite au delà de l'Isar, ce qui s'était exécuté sur-le-champ. Le général Debilly me mandait qu'il avait fait suivre l'ennemi par un escadron de chasseurs commandé par le chef Montaulon. Je ne tardai pas à rejoindre ce général.
Peu de temps après mon arrivée à la tête de la colonne, se présenta un député envoyé par les magistrats chargés provisoirement du gouvernement pour demander, au nom de l'Electeur, protection pour la ville de Munich. (C'était M. de Cetto (1), ex-ambassadeur de Bavière auprès du Directoire). Je lui dis que je prendrais toutes les dispositions convenables pour assurer la tranquillité de cette capitale; que ses habitants, qui n'étaient pas coupables de ce que leur souverain s'était mis à la solde de l'Angleterre, pouvaient se reposer sur la générosité de la nation française et de son gouvernement, sur l'ordre et la discipline de l'armée, ainsi que sur la bienveillance du général en chef, et que je comptais, de mon côté, sur la loyauté des Bavarois qui avaient beaucoup plus d'intérêt à être nos amis que nos ennemis.
Lorsque nous approchâmes de Munich, je fus agréablement surpris de rencontrer sur la route trois à quatre mille personnes des deux sexes; beaucoup s'étaient avancées à plus d'une demi-
(1) Cttto, conseiller du duc de Deux-Ponts, puis son chargé d'affaires, reçut en 1800 le titre d'envoyé de l'électeur Palatin à Paris {Inventaire sommaire des Archives du déparlement des Affaires étrangères, Correspondance politique, II p. 73).
lieue au-devant de nous. La plus grande confiance, je pourrais même dire la joie se peignait sur toutes les figures. Arrivant dans une ville française, nous n'aurions certainement pas vu plus de curieux venir ainsi à notre rencontre.
A un quart de lieue de Munich, je fis faire une halte. J'ordonnai que la brigade Debilly traverserait la ville pour aller prendre position, une partie sur la rive droite de l'Isar, et l'autre, sur la gauche, afin de défendre le pont; que le général Durutte établirait le bataillon de grenadiers dans la ville avec un bataillon de la 4e de ligne, et que le reste de sa brigade serait placé en avant de Munich, la droite vers l'Isar et de manière à couvrir les routes de Freising, d'Ingolstadt et de Ratisbonne; que deux pièces d'artillerie légère seraient envoyées à chaque brigade qui avaient chacune deux pièces de 4.
Le chef de brigade Caulaincourt (1), commandant la réserve eut l'ordre de se placer en arrière de Munich, de manière à pouvoir se porter au soutien des deux brigades, si cela devenait nécessaire.
J'entrai ensuite en ville, suivi d'un escadron de cavalerie. La garde bourgeoise qui était à la porte ayant présenté les armes et les ayant ensuite déposées, je les fis reprendre en leur faisant dire que je ne voulais pas qu'ils fussent désarmés, qu'ils feraient leur service conjointement avec les troupes françaises pour maintenir le bon ordre et assurer la tranquillité de leurs concitoyens. Ils reprirent leurs armes en me faisant leurs remerciements et en me témoignant la plus vive satisfaction. Je fus au pont de l'Isar que je voulais reconnaître, et, à la porte par laquelle je devais sortir, il se passa la même chose qu'à celle par laquelle j'étais entré.
Après avoir passé le pont de l'Isar, traversé le faubourg sur la rive droite et reconnu le terrain au delà, je rentrai dans Munich au moment où la brigade Debilly se trouvait déjà au milieu de la ville.
(1) Caulaincourt (Armand-Auguslin-Louis de), né à Caulaincourt (Aisne), le 9 décembre 1772, cavalier au 7e régiment, le 8 décembre 1788; sous-lieutenant, le 7 juillet 1789: aide de camp du général Caulaincourt, le 23 décembre 1791 ; volontaire au 17e bataillon de Pari», le 24 août 1793; passé au 10e cbasseurs ; maréchal des logis, le 16 floréal an II: capitaine et aide de camp d'Aubert-Dubayet, le 8 germinal an III ; chef d'escadrons, le 5 nhôse an IV; chef de brigade, le 11 thermidor an VIII; aide de camp du Premier Consul, le 12 thermidor an X; général de brigade, le 11 fructidor an XI; géuéral de division, le 12 pluviôse an XIII; grand écuyer cavalcadour de l'Empereur, duc de Vicence ; retraité, le 1er août 1815, mort en 1827 (A. A. G.).