‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 16 sur 184 · LE CORPS DE MERVELDT REFOULE · texte numérisé non relu

LE CORPS DE MERVELDT REFOULE

plus tôt les ordres que le général en chef pourrait m'envoyer, ainsi que les lettres ou avis que les généraux Lecourbe, Boyé et Nansouty pourraient m'adresser.

Entre 11 heures et minuit, un officier envoyé par le général Debilly m'annonça que ce général avait forcé l'ennemi à lui céder le village de Rinenthal, qu'il aurait pu pousser encore plus loin, mais que, d'un côté, la fatigue extrême des troupes et, de l'autre, la nature du terrain l'avaient déterminé à tenir ses troupes au bivouac en arrière de Rinenthal, en faisant occuper ce village par quelques compagnies d'infanterie et en le couvrant de postes de cavalerie; et qu'il attendait mes ordres dans cette position.

Je reçus aussi un rapport du général Durutte. Il m'informait que la division avait passé la Paar, ainsi que je l'avais désiré, et avait placé ses troupes entre Rinenthal, que le général Debilly avait fait occuper, et le village de Hùgelshart ; que l'ennemi avait un peu tiraillé dans un bois au delà de Rinenthal, mais qu'il lui avait paru qu'il n'y avait que peu de monde.

Il me fut aussi apporté une lettre du général Boyé, écrite à 10 heures du soir. Il me mandait qu'à l'instant il recevait un courrier du lieutenant général Lecourbe qui lui annonçait que son quartier serait, le lendemain, à Rain, que sa droite serait portée vers Pottmes et Schrobenhausen, et qu'il l'avait chargé de prévenir le général Nansouty de mon mouvement et de l'engager à faire quelque tentative sur l'Animer See.

Le général Boyé m'annonçait, en outre, qu'il tâcherait de se rendre maître d'Aichach, le lendemain, où il établirait son avantgarde, en gardant toujours les points de Friedberg et de Lechhausen; enfin que le général Lecourbe l'avait prévenu de mon mouvement; et il me demanda de lui laisser, pour quelques jours, les deux escadrons du 17e de dragons (1).

8 messidor. — J'expédiai l'ordre au général Debilly de se mettre en marche à 3 heures du matin et de continuer à s'avancer sur Dachau. Je lui recommandai d'attaquer vivement

(1) « Vers minuit, 200 hussards de Ferdinand voulurent surprendre Rehrosbach, croyant ne rencontrer qu'un faible parti : ils furent reçus par le 3e bataillon de la 50e qui leur tua 5 hommes et 5 chevaux. Ils se retirèrent en désordre et laissèrent un prisonnier... » (Decaen à Lahorie, marche sur Munich, 1 messidor, A. H. G.).

l'ennemi et de le pousser vigoureusement; que le reste de la division le suivrait; et il fut prévenu que je n'allais pas tarder à monter à cheval pour aller le rejoindre.

En marchant pour me rendre à la tête de la colonne, je reçus une lettre du général Debilly dans laquelle il répétait ce qu'il m'avait fait dire, le soir, par l'officier qu'il m'avait envoyé; et il ajoutait que ses reconnaissances lui faisaient dire qu'elles rencontraient l'ennemi, qu'il paraissait en force à Rossbach, qu'il montrait du monde et qu'on ne savait ce qui pouvait se trouver en arrière du bois; que, d'après le rapport des prisonniers, il y avait un fort détachement de cavalerie aux ordres d'un général ; qu'il y avait des hussards de Meszaros, de Blankenstein et de Grenz, ainsi que des hulans.

Lorsque j'eus rejoint le général Debilly, je fis serrer sur l'ennemi en faisant soutenir le piquet d'avant-garde et les éclaireurs par le 6e de chasseurs, deux escadrons du 17e de dragons, trois pièces d'artillerie légère et le 13e de cavalerie, marchant en échelons, à l'appui les uns des autres, avec ordre à toute la colonne de suivre ce mouvement.

Lorsque nous approchâmes de Rossbach (1), l'ennemi, qui était posté sur la hauteur en arrière, sur un plateau découvert mais environné de bois, prétendit arrêter notre marche en nous tirant quelques coups de canon. Alors, trois pièces d'artillerie légère furent mises en batterie pour lui répondre et deux bataillons d'infanterie furent envoyés pour s'emparer des bois sur sa droite et sur sa gauche. Mais, dès que l'ennemi aperçut l'infanterie, il se décida à la retraite et il se jeta dans le défilé qu'il avait derrière lui. Il fut poursuivi vivement par le 6e de chasseurs pendant une demi-lieue. Je fis ensuite prendre position à toute la division sur le terrain d'où on venait de chasser l'ennemi.

Le général Merveldt, qui commandait ce détachement, était

(1) Rossbach se trouve à un peu plus de 2 kilomètres au nord-ouest d'Orthofen. Decaen écrit d'aulre part : « La division, réunie à Rehrosbach, se mit en mouvemeut à 4 heures du malin, sou avant-garde chassant devant elle 400 chevaux du 2e régiment de hulans et de Ferdinand-hussards, en arrière d'Odelzhausen. M. de Merveldt, qui y était établi, voulut disputer la position avec 800 chevaux et quatre pièces de cauon. Il s'engagea, pendant une demi-heure, une canonnade assez vive; mais l'arrivée de l'infanterie et les dispositions prises le déterminèrent à une retraite précipitée jusqu'au delà du village d'Orthofen, où la division fit halte en arrière de cet endroit... » (Decaen à Lahorie, marche sur Munich, 8 messidor, A. H. G.).

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sorti si précipitamment de son logis qu'il avait laissé, entre autres choses, une bonne carte de la Bavière qui me fut ensuite très utile.

Une brasserie qui était à Rossbach, bien approvisionnée, donna le moyen de faire faire une distribution de bière à toute la division et, après quelques heures de repos, nous reprimes notre marche et la poursuite de l'ennemi.

Il s'était établi à Ober-Roth, croyant sans doute que nous n'avancerions pas sur lui aussi promptement; mais il fut bientôt forcé de déguerpir et nous le suivîmes sur la roule de Dachau.

Nous ne pûmes arriver en vue de cette ville que vers la fin du jour, car une forte pluie qui tombait depuis midi avait ralenti la marche de la division.

L'ennemi fut de nouveau rencontré devant Dachau, paraissant disposé à nous empêcher d'y entrer, et on me rapporta qu'il avait quelques postes d'infanterie. Les chasseurs à cheval, en éclaireurs, soutenus de quelques pelotons, s'approchèrent le plus près possible de l'ennemi et tiraillèrent avec lui pour facililer de reconnaitre si je pouvais me rendre maître de celte ville sans attendre au lendemain. Après cette reconnaissance, je me déterminai à faire faire cette attaque, parce que je ne voulais pas laisser à l'ennemi le temps de recevoir des renforts qui pouvaient lui venir de Munich pendant la nuit, ni de couper le pont sur l'Amper, sur lequel je devais passer le lendemain. Je m'y déterminai encore parce qu'il aurait fallu faire rétrograder la division de plus d'une lieue pour être à la proximité d'un village pour avoir de l'eau. Alors j'ordonnai au général Debilly d'attaquer Dachau avec la 100e demi-brigade et de l'enlever de vive force.

L'ennemi fit une faible résistance. Il fit sa retraite sur la route de Munich, n'ayant pas eu le temps d'endommager le pont; notre avant-garde passa aussitôt de l'autre côté de la rivière et y établit ses postes. On ne fit que quelques prisonniers. J'entrai dans la ville à 11 heures du soir, et toute la division prit position derrière Dachau.

9 messidor. — Le lendemain, vers 4 heures du matin, un courrier m'apporta une lettre du général Moreau. Il me mandait :

Je suis à Augsbourg, mon cher général, et j'attends avec impatience de vos nouvelles. Il parait qu'on n'aura pas pu vous opposer une grande résistance; alors je m'attends qu'on aura voulu entrer en négociation, et je viens pour

cet objet. D'après votre rapport, je m'acheminerai demain vers Munich; peut-être même ne l'attendrai-je pas. Le général Lecourbe doit se porter aujourd'hui sur Schrobenhausen ; le général Nansouty aura poussé sur l'Animer See. Cela vous couvre autant que possible. Il est inutile de vous dire combien il importe que vos troupes se conduisent bien. Si, en attendant lissue des négociations, on vous demandait avec grande instance à ne pas occuper la ville avec beaucoup de troupes, il ne faut pas insister làdessus, mais seulement vous assurer une porte et le pont de l'Isar. Le reste sera l'objet d'une négociation. Vous avez fait bonne diligence et il parait que vous n'avez pas de traînards.

Salut et attachement.

Augsbourg, le 8 messidor an VIII, aux Trois Maures.

Signé : Moreal,

Je remis au courrier un accusé de réception de la lettre du général en chef auquel j'annonçai que je me conformerais à ce qu'il me prescrivait. Je joignis à ma lettre un duplicata du rapport déjà envoyé au général Lahorie par mon chef d'état-major qui lui avait écrit que j'avais mandé au général en chef que j'espérais être arrivé à Dachau à 2 heures après midi et que je n'avais pu y arriver qu'à 11 heures du soir (1), empêché par le mauvais temps et occupé à chasser à peu près 900 chevaux et trois pièces de canon avec lesquels le général Merveldt avait essayé de me disputer le terrain, depuis la Paar jusqu'à Dachau; que, l'ennemi, qui avait cédé partout, paraissant vouloir défendre Dachau, le général Debilly, avec la 100e demi-brigade, l'avait emporté de vive force; que les habitants assuraient qu'il n'y avait pas d'Autrichiens à Munich; que j'espérais me mettre en marche à 8 heures du matin

(1) «... (L'avant-garde) arriva devant Dachau entre 7 et<8 heures du soir. Tout devait faire présumer que l'ennemi passerait l'Amper saus résistance; mais les approchas difficiles de Dachau, à cause d'un terrain très marécageux devenu encore plus impraticable par une pluie extrêmement abondante qui durait depuis les 2 heures après midi, engagèrent sans doute l'ennemi à s'opposer ou au moins à retarder l'entrée dans Dachau : il mit cinq pièces de canon en batterie. On se cinouua assez vivement de part et d'autre. Mais, ayant reconnu de l'infanterie à l'ennemi, il fallut attendre, et dès que les premiers bataillons de la division eurent débouché, les dispositions d'altaque furent faites : on marcha sur Dachau qui ne fut emporté que \ers les 11 heures du soir. Il fallut enfoncer les portes à coups de hache. On n'y fit qu'une vingtaine de prisonniers de l'infanterie bavaroise et des hulans. L'ennemi avait profité de l'obscurité pour faire sa retraite, mais l'attaque faite par le général Debilly fut tellement brusque que ce qui restait d'ennemis ne put achever de couper le pout de l'Amper... - (Marche de la division Decaen sur Munich, A. H, G.).

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