‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 22 sur 184 · DECAEN RETIRE UNE CONTRIBUTION · texte numérisé non relu

DECAEN RETIRE UNE CONTRIBUTION

pièces de canon et des affûts de rechange. Veuillez me marquer, mon général, si vous voulez, et sur quel point, que j'ordonne l'évacuation.

J'ai laissé les gardes armées. Ce sont des Suisses et la bourgeoisie.

On est maintenant à prendre connaissance de l'hôpital. Je vous préviens que j'ai fait une réquisition de 4000 paires de souliers, 2 000 paires de bottes, 1 200 aunes de drap tant bleu que vert et blanc (1) .

Je me propose de vous demander votre agrément pour les distributions en gratification aux officiers de la division.

Il me parvint un rapport du chef de bataillon Link que j'avais laissé à Dachau. Il rendait compte qu'on l'avait informé que l'ennemi se rassemblait à Fùrstenfeld et à Bruck, sur l'Amper, et qu'il y avait envoyé une découverte d'infanterie et de cavalerie pour en être assuré; que les ponts sur la route de Munich, qui avaient été rompus, seraient, le lendemain, parfaitement rétablis; et que le parc, qui était resté à Dachau, en était parti pour arriver sur Munich. Il annonçait qu'il avait dix-neuf prisonniers de guerre, dont deux blessés, et qu'il demandait des ordres à leur égard.

Je reçus, dans l'après-midi, du général Moreau, une lettre datée d'Augsbourg, le 10 messidor.

Il m'écrivait :

Il est très probable que je vous verrai ce soir à Nymphenburg. L'ennemi s'est retiré de Neuburg. Le général Grenier l'occupe, les généraux Leclerc et Grandjean sont à Pôttmes et Sclirobenhausen.

J'attends vos rapports sur la retraite de l'ennemi et les forces qui restent encore à l'Electeur.

Je ne vous avait donné aucune instruction sur les contributions, car je ne voulais pas qu'on en lève sur Munich. C'est sur la Bavière qu'il faut les avoir et non sur une ville qui ne peut me donner que fort peu de chose. Ainsi arrangez-vous pour retirer votre demande car, si on adoptait ce système, il nous ferait perdre 8 à 10 millions.

Vous pouvez dire aux magistrats que je vous ai chargé de retirer votre demande parce que je veux traiter directement avec les agents de l'Electeur. Vous vous bornerez à faire fournir à vos troupes les subsistances. Salut et attachement.

Signé : Moreau.

P.- S. — Mon courrier était de retour ici à 3 heures avec l'officier que vous m'avez envoyé.

(1) Le gouvernement provisoire de Munich décida, comme il n'y avait pas de magasins de bottf s et de souliers à Munich, de faire travailler à leur confection tous les cordonniers delà ville (Le gouvernement intérimistique à Decacn, 4 juillet 1800, Papiers Dec^en in-f° 77, 39, p. 3). Decaen avait aussi demandé 3 000 chapeaux (Relevé des réquisitions, Papiers Decaen in-f° "il, 39, p. 9).

Cet officier était celui envoyé pour porter ma dépêche annonçant mon entrée à Munich.

Je répondis sur-le-champ :

Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire hier, mon général, en vous annonçant la contribution que j'avais imposée, c'est que, n'ayant point d'instructions à cet égard, l'annonce que vous me faisiez de la marche de l'ennemi en Bavière pouvant me priver de vous voir ici, et supposant le cas d'une marche rétrograde, alors j'avais cru devoir rapporter quelque chose pour les besoins de l'armée. Cette contribution ne fut imposée qu'après l'arrivée de votre courrier. Je n'ai encore rien reçu ; je ne recevrai rien. Je vais retirer toutes les demandes que j'ai faites.

Je vous ai dépêché un officier pour vous faire mes rapports ; mais, comme vous ne paraissiez pas décidé à vous rendre ici encore aujourd'hui, je joins à la présente une note que j'ai fait tirer d'une correspondance que je vous ai envoyée.

Je donnai, dans cette lettre, une analyse de la dernière que j'avais écrite; et j'y ajoutai que M. de Merveldt s'était retiré sur la route de Schleissheim, qu'environ 250 chevaux avaient pris la route du Tyrol, que d'autres avaient passé sur la droite de l'Isar pour aller vers Freising.

Le même courrier m'apporta une lettre du général Lahorie dans laquelle il me faisait son compliment de mon entrée à Munich. a Nous voilà» , disait-il, « assurés d'un charmant quartier général de plus, pendant les loisirs d'un armistice, quand il aura lieu. »

Il me demandait de lui faire part de la position de mes troupes, et il m'informait que le général Grandjean avait pris la sienne, dans la journée, à Schrobenhausen, et qu'il enverrait des partis sur Pfaffenhofen et sur la route de Geisenfeld; que le général Gudin était placé en arrière de lui sur la route de Munich ; que la droite du général Lecourbe dépassait la route d'Augsbourg; que le général Leclerc était placé sur Pôttmes et qu'on tenait Neuburg.

Il me recommandait d'envoyer des partis sur Pfaffenhofen et de tâcher d'avoir des renseignements positifs sur les mouvements de l'ennemi et sa marche.

Le même courrier m'apporta aussi une lettre d'un des aides de camp du général en chef pour m'annoncer son départ d'Augsbourg, le lendemain, de grand matin, et que le général en chef me priait de faire établir des escortes sur la route jusqu'à Eurasburg.

MOREAU A NYMPHENBURG 53

Les reconnaissances envoyées pendant la journée ne trouvèrent de postes ennemis que sur la route de Landshut.

Je donnai Tordre au chef de brigade Caulaincourt de se rendre, avec le 2e régiment de carabiniers et une compagnie d'infanterie, à Unter-Sendling. Il fut chargé de garder et d'éclairer les débouchés du Tyrol.

11 messidor. — Le général en chef arriva à iVymphenburg dans la matinée. Il me témoigna sa satisfaction de la célérité avec laquelle j'avais marché sur Munich. Il ne me donna point d'ordre concernant la division.

12 messidor. — Ayant présumé que le général Lahorie accompagnerait le général Moreau, je n'avais pas répondu à sa dernière lettre pour l'informer de ma position qu'il m'avait mandé de lui indiquer. Je lui fis part de ce que j'avais rapporté verbalement au général en chef, que la brigade Debilly était chargée de la défense du pont de l'Isar, occupant en avant-poste le faubourg ou village de Haidhausen, ayant ses avant-postes au delà du village pour éclairer les différents débouchés, et notamment celui de Landshut; que l'ennemi avait encore, dans la journée du II, sur cette route, à quelque distance, des postes fournis par trois divisions de hussards de Meszaros, de Grenz et du 2e de hulans (I) ; que la brigade Durutte gardait la route de Freising et de Pfaffenhofen sur laquelle on n'avait pas trouvé d'ennemis; que mon aide de camp était allé, le 10, jusqu'au delà de Bruck et que, partout, il avait appris que les ennemis étaient très éloignés; que ma réserve, établie en arrière de Munich, dont l'infanterie qui était en ville faisait partie, formait ma ligne, la droite vers l'Isar à Settingen (2), le centre à Neuhausen, la gauche vers Moosach qui était occupé, ainsi que Dachau où j'avais toujours un bataillon et un escadron.

Je lui mandai que j'avais fait garder et éclairer les débouchés du Tyrol; qu'on n'y avait pas non plus rencontré l'ennemi, mais qu'il était arrivé trois déserteurs du corps de Salis à la solde de l'Angleterre, désertés de leur dépôt établi à Wolfralshausen, et

(1) Il ajoutait qu'un déserteur du 2e hulans avait dit avoir déserté à sept lieues de iVymphenburg (Decaen à Lahorie, Nymphenburg, 12 messidor, A. H. G.).

(2) Peut-être Sendling.

qui eu étaient partis dans la nuit de notre entrée à Munich pour se diriger sur le Tyrol.

Je lui dis qu'ayant écrit au général Nansouty, dès mon arrivée à Munich, il m'avait répondu, la veille, de Landsberg, qu'il avait fait rétablir les ponts sur l'Amper, et qu'il avait envoyé un poste sur Diessen, à l'extrémité supérieure du lac; que l'ennemi avait abandonné cette partie et qu'il croyait qu'il avait pris poste à Weilheim.

Je l'informai qu'un envoyé de Hesse-Darmstadt, qui avait passé par Munich dans la journée du 11, avait assuré avoir vu l'armée autrichienne dans la plus grande confusion vers Ingolstadt, et qu'elle faisait route pour Braunau (1).

13 messidor. — Le général en chef repartit pour Augsbourg. Pendant son court séjour, il avait reçu une députation du gouvernement provisoire de Bavière.

Il avait vu avec plaisir tout ce qu'il y a de curieux dans les beaux jardins de Nymphenburg, et, dans la matinée du 12, nous avions, pendant quelques heures, chassé le cerf et le sanglier.

Je l'avais informé que le chef de brigade Caulaincourt m'avait confirmé son premier rapport, que l'ennemi qui était devant le général Nansouty avait repassé l'Isar. Le général en chef, avant son départ, me donna l'ordre de faire occuper Baierbrun et de garder le pont de Schâftlarn sur l'Isar, et, en outre, de communiquer fréquemment avec les troupes du général Nansouty, établi à Landsberg qui gardait cette partie. Il me recommanda aussi de faire faire une forte reconnaissance à la droite de l'Isar, et principalement sur la route de Munich à Vienne. Il m'avait prévenu que le général Lecourbe ferait occuper Freising.

En conséquence, toute ma réserve de cavalerie reçut l'ordre d'occuper les villages de Laim, Pasing, Fùrstenried (2), Unter-

(1) Decaeu ajoutait : « Voilà tout ce que je puis te dire pour satisfaire à ta demande. Fais en sorle.de venir bieulôt me voir dans le beau château dont je suis commandant. J'ai fait établir une correspondance à Ober-Roth. Si on établissait un poste à Eurasburg, alors nous pourrions communiquer bien plus facilement » (Decaen à Lahorie, Nymphenburg, 12 messidor, A. H. G.).

(2) Fùrstenried se trouve à 1 300 mètres au nord-ouest de Forstenried indiqué sur le 1/100 0008 allemand.

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