‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 26 sur 184 · LA DIVISION DKCAEN PASSE L'ISAR · texte numérisé non relu

LA DIVISION DKCAEN PASSE L'ISAR

du général Leclerc viendrait, le lendemain, prendre position sur I Freising, éclairant en même temps le cours de l'Isar jusqu'à Gar- I ching; que la division Grandjean partirait de Freising à 2 heures du matin au plus tard et viendrait se placer sur la rive gauche de Tlsar sur Unter-Sendling et Ober-Sendling, avec une réserve sur la Wùrm, vers Steinkirchen ; que cette division serait en réserve de la mienne et qu'elle arriverait en position vers les 9 heures du matin; que, d'après ces dispositions, la rive gauche de l'Isar étant gardée, je ferais passer cette rivière à toutes mes troupes, à l'exception de la réserve de cavalerie qui resterait jusqu'à nouvel ordre en deçà de l'Isar, et que je ferais exécuter mon mouvement à 9 heures du matin au plus tard (1).

20 messidor (9 juillet). — En conséquence de cet ordre, la | brigade Durutte passa l'Isar à 7 heures du matin et prit position à I la tête du village de Haidhausen, la droite à la route de Bogenhausen, et la gauche vers l'Isar, s'éclairant devant elle.

La brigade Debilly prit position, sa gauche dans la direction I de la droite de la position du général Durutte, et sa droite vers | l'Isar, se gardant et s'éclairaut également devant son front.

Le chef de brigade Caulaincourt, auquel on avait déjà mandé

de faire rapprocher de lui le bataillon et l'escadron de dragons

[établis à Baierbrun et à Schâftlarn, eut l'ordre de les diriger, avec

la compagnie de la 100e qu'il avait aussi à sa disposition, pour

(venir passer l'Isar au pont de Munich pour rejoindre leur brigade.

(1) Decaen écrivait à Moreau, le 10 messidor :

« Croyant avoir le plaisir de vous voir hier soir, mon général, je ne vous avais point (fait part des renseignements que m'avaient procurés trois déserteurs bavarois qui avaient quitté leur corps dans la marche d'Erding sur Wasserburg. La colonne dont ils faisaient i partie n'était composée que d'infanterie bavaroise avec de la cavalerie autrichienne et de il'infanterie (ils n'ont pu me désigner les corps).

t « Ils ont dit qu'en partant de Landshut, on avait répandu le bruit qu'on marchait sur jMunich, mais que, depuis Erding, on a annoncé que c'était sur Braunau. ' « Quatre autres déserteurs, canonniers bavarois, désertés de Hohenlinden, route de Wasserburg, ont fait le même rapport. Ils ont ajouté que la désertion était très grande parmi Iles Bavarois, qui ne sont pas contents d'aller vers l'Autriche.

« Comme la division de Montrichard marche vers le haut Isar, je présume, mon général, que je serai dans le cas de rappeler les troupes que j'ai établies vers Schâftlarn. Cependant, mon «énéral, je ne donnerai l'ordre de rentrer que d'après votre approbation. > Ne pourrai-je pas aussi faire rentrer ce que j'ai à Dachau? * Je vous salue respectueusement. »

(Decaen à Moreau, Nymphenburg, 19 messidor au VIII, A. H. G.).

62 MEMOIRES ET JOURMAUX DU GEXERAL DECAEX

Il fut prévenu que, jusqu'à nouvel ordre, la réserve de cavalerie resterait dans les villages qu'elle occupait.

L'ordre fut aussi donné au bataillon établi à Dachau d'en partir pour venir passer l'Isar. L'artillerie légère, l'ambulance et tout ce qui apparlenait à la division, excepté le parc de réserve qui resta à Neuhausen, passèrent aussi cette rivière et furent placés au village de Haidhausen, à la tête du pont.

21 messidor (10 juillet). — Je rendis compte au général en chef que la division avait été placée de manière à couvrir et éclairer toutes les avenues sur Munich à la droite de l'Isar; que le général Durutte m'avait fait le rapport que tout annonçait la retraite de l'armée autricbienne; que trois déserteurs avaient assuré que, la veille, elle avait marché sur la route de Braunau, ne laissant que de la cavalerie devant nous; que c'était une partie des dragons légers de Kinsky et des hussards de Kaiser; enfin que le générai Durutte avait reconnu les avant-postes ennemis à Kirchtrudering (I), à Riem et dans les bois devant Eglfing, mais qu'ils n'avaient aucun poste près de l'Isar; que le général Debilly annonçait, dans son rapport, qu'il avait eu avis que le corps d'émigrés, fort de 3 000 hommes environ, avait passé l'Inn à Rosenheim, il y avait deux jours, et s'étendait maintenant d'Ail bling jusqu'à la foret d'Anzing, couvrant les routes d'Innsbruck; qu'en avant d'Anzing, il y avait un camp de 5 000 à 6 000 hommes, en grande partie Bavarois; que c'était une arrière-garde; que les principales forces de l'ennemi étaient sur l'Inn ; que le mouvement fait par la division avait amené de l'infanterie sur tous les villages en avant du bois qu'occupait le bataillon de la 50e.

Le général en chef me donna l'ordre de mettre en marche ma division à 5 heures du soir pour la porter en avant, et de lui faire prendre position, la droite en arrière de Haar sur la chaussée de Wasserburg, d'occuper Feldkirchen, route de Braunau, et de couvrir la route d'Erding et de faire passer l'Isar à ma réserve de cavalerie. Je fus prévenu que la division Grandjean passerait l'Isar pour aller se placer entre cette rivière et la chaussée de Wasserburg et qu'elle devait occuper Perlach.

(1) A enriron 2 kilomètres au sud-ouest de Riem.

DECAEX S'ÉTABLIT A KIRCHTRUDERING 63

Le général en chef me remit une lettre adressée au général Kray, pour être remise aux avant-postes.

J'ordonnai au général Debilly de rassembler sa brigade en avant de Strasstrudering, ne laissant à la position qu'il tenait que des postes de cavalerie en observation jusqu'à l'arrivée des troupes du général Grandjean, et de se mettre en marche à 5 heures précises pour aller prendre position en arrière du village de Haar, chaussée de Wasserburg, gardant cette route et tous les débouchés sur le front de sa ligne passant par Gronsdorf et Salmdorf, et ayant sa gauche vers la ferme d'Oberndorf. Il lui fut recommandé de pousser ses avant-postes le plus loin possible sur la route de Zorneding selon les localités et les ennemis qu'il rencontrerait, et d'éclairer sa droite qu'il pourrait lier avec les postes du général Grandjean qui occuperait Perlach, et par sa gauche, avec ceux du général Durutte, dont une partie de la brigade prendrait position à Feldkirchen, et qui pousserait ses avant-postes vers Parsdorf.

Il fut ordonné au général Durutte de rassembler sa brigade sur la route de Braunau entre Riem et Zamdorf pour 5 heures du soir et, aussitôt après, de se mettre en marche, en suivant cependant le mouvement du général Debilly qui serait à sa droite, et d'aller prendre posiliou en éclairant sa gauche, la droite vers la ferme d'Oberndorf et sa gauche à la tête du village de Feldkirchen, poussant ses avant-postes jusqu'à Parsdorf, s'il était possible, et, vers sa gauche, jusqu'à Kirchheim, et de se lier avec les troupes à sa droite.

Il fut prévenu que les grenadiers réunis resteraient à Riem et que la réserve de cavalerie serait en arrière, chargée d'éclairer jusqu'à Aschheim sur la route d'Erding.

Je partis de Nymphenburg pour suivre le mouvement de mes troupes devant lesquelles les ennemis se replièrent dès qu'ils les aperçurent en marche. J'établis mon quarlier général à Kirchtrudering.

Je rendis compte que la division avait pris la position qui m'avait été prescrite et que les avant-postes avaient été poussés le plus loin possible. J'annonçai que la lettre du général en chef pour M. de Kray serait portée à ses avant-postes le lendemain de grand matin.

22 messidor (11 juillet). — Je reçus, pendant la nuit, une dépêche du général en chef. Elle contenait une autre lettre pour M. de Kray, et le général Moreau m'écrivait :

Je vous envoie ci-joint, mon cher général, un billet doux pour M. de Kray, le mets sous cachet volant pour que vous le lisiez. Vous le cacheterez ensuite et le ferez passer demain matin de très bonne heure à vos avantpostes : cela sera à l'appui de l'autre.

Le général Moreau se plaignait amèrement, dans ce billet doux, des mauvais traitements et des actes de barbarie exercés sur nos prisonniers (plusieurs officiers avaient été sabrés cruellement; il y en avait même eu de tués après avoir rendu leurs armes) ; et il demandait énergiquement à M. de Kray de faire cesser de telles horreurs; autrement, que le salut de son armée l'obligerait à ordonner des représailles (c'était principalement à l'affaire de Neuburg que ces atrocités avaient été commises) .

Lorsque les officiers envoyés aux avant-postes de l'ennemi furent de retour, j'écrivis au général en chef que l'une des lettres avait été remise à Zorneding à un lieutenant-colonel de hussards de Blankenstein qui avait aussi des hulans avec lui; et que l'autre avait été portée à Parsdorf, occupé par des dragons de Ferdinand. Je l'informai que trois déserteurs, un hulan, un Manteau-Rouge et un Bavarois, avaient fait la même déclaration que l'armée autrichienne était derrière l'Inn, que seulement l'arrière-garde était de ce côté.

J'annonçai que j'allais rectifier ma position jusqu'à ce que je reçusse des instructions pour passer outre, et que le pays que j'occupais était absolument sans ressources.

J'ordonnai, dès le matin, que les grenadiers réunis et le 9e de cavalerie fussent occuper Aschheim et Kirchheim, route de Munich à Erding; que l'escadron de cuirassiers allât s'établir à Dornach.

Il fut ordonné au général Durutte de faire occuper Parsdorf.

Le général Debilly me dit, dans son rapport, que l'ennemi avait, la veille, dans le village de Haar, 100 hommes d'infanterie et 300 chevaux; qu'il avait rectifié sa position, prise assez tard, et qu'il avait maintenant un bataillon en avant de Haar et un poste de cavalerie jusqu'au delà de l'embranchement du chemin de Vaterstetten à la route de Zorneding; qu'il allait chasser l'ennemi de Weissenfeld, ainsi que ses vedettes placées sur d'autres points.

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