INSTRUCTIONS DE DECAEN A SES GÉNÉRAUX
de la récompense qu'on s'en rapportait pour avoir des nouvelles sur des choses récemment faites ou sur des projets qu'on devait exécuter.
« Par exemple», lui disais-je, « dans le moment présent que ces émissaires rapportent qu'on travaille jour et nuit sous la conduite d'ingénieurs, il faut qu'ils disent d'une manière positive que c'est là et là qu'on s'occupe de travaux, si c'est sur la rive droite ou la rive gauche de l'ïnn, si les troupes travaillent, ou seulement les paysans » ; qu'il fallait se servir de leurs déclarations pour établir des séries de faits sur lesquels on voulait être instruit.
Je lui renouvelai aussi ma recommandation d'avoir des émissaires sédentaires dans plusieurs endroits, tels que Innsbruck, Alt- Oetting et Passau car, rarement, les émissaires ambulants faisaient quelque chose essentiellement utile.
Je lui demandai aussi de m'informer quelles étaient les troupes autrichiennes placées devant la ligne de ses postes et comment elles étaient établies sur celle qu'ils devaient garder; depuis quel point jusqu'à tel autre il y avait des troupes de tel régiment et quels étaient les officiers généraux qui commandaient. Enfin, je lui mandai de recommander à ses avant-postes de l'informer lorsqu'ils apercevraient des changements de troupes sur la ligne de l'ennemi. Une note semblable fut adressée au général Durutte.
16 thermidor (4 août). — J'informai le général en chef que j'avais appris que 14 bataillons étaient arrivés des Etals héréditaires; qu'on disait qu'ils avaient servi à compléter les différents régiments de l'armée du général Kray, que l'on portait à 40 000 hommes; qu'on avait annoncé l'arrivée d'un corps de 30 000 hommes pour le Tyrol; que déjà, 7 000 avaient rejoint les troupes aux ordres du prince de Reuss dont le quartier général était à Lesins (1), ce qui lui donnait une force active de 1 5 000 hommes; qu'on ajoutait que l'Electeur de Bavière réunissait ses troupes dans le Haut-Palatinat et que ce corps serait de 30 000 hommes, tout entier à la solde de l'Angleterre; enfin qu'il y aurait, en oulre de ces forces, un corps de réserve vers Enns; que les émigrés étaient toujours au delà de Rosenheim; que
(1) Peut-être Lienz, aux confias du Tyrol et de la Carinthie.
d'autres rapports d'Innsbruck m'annonçaient que des forces autrichiennes se concentraient vers Schwaz et Braunegken (1); que tous les officiers pensionnés mais encore en état de servir et une partie des officiers des gardes du corps allemands et hongrois avaient reçu Tordre de se rendre à l'armée; que le parc d'artillerie et l'équipage de ponts étaient en arrière de Braunau; qu'on approvisionnait cette place; qu'on travaillait avec beaucoup d'activité à rétablir et construire des ponls sur l'Inn, depuis les montagnes jusqu'au Danube; et que beaucoup d'habitants étaient employés à ces travaux; que, quoiqu'on dit dans l'armée autrichienne (d'après tous les travaux, les renforts reçus et à recevoir, l'arrivée de quelques remontes de cavalerie) que, si la guerre recommençait, l'Inn devait être le tombeau des Français, il continuait cependant de régner, dans cette armée, un très grand mécontentement et la désertion y était toujours considérable; que les Autrichiens, n'ayant point de confiance dans la levée en masse du Tyrol, l'avaient congédiée à l'exception des corps de chasseurs; qu'on prétendait que la cause de ce renvoi venait de ce que cette masse avait exercé des vengeances contre des pillards de l'armée impériale, et parce que ce qu'on appelait Tyroliens allemands et Tyroliens bavarois paraissaient unis pour ne faire, autant que possible, que leurs volontés; qu'on répandait dans le paysd'Innsbruck que si les généraux Mêlas et Kray avaient mis de la sincérité à traiter, il n'en était pas de même du ministre Thugut qui, très mécontent, mettait tout en œuvre pour servir et faire servir le parti anglais.
17 thermidor (5 août) . — Les membres du gouvernement électoral m'ayant fait la demande de faciliter le commerce, afin de contribuer à l'approvisionnement de Munich, en permettant le libre passage de notre ligne d'avant-postes, j'avais soumis cette réclamation au général en chef qui, dans sa réponse, m'autorisa à délivrer tous les passeports que je jugerais nécessaires pour cet objet, mais de n'en accorder aucun aux émigrés (2).
Les magistrats bavarois furent de suite informés que leur demande avait été octroyée.
(1) Peut-être s'agit-il de Bruneck, au sud de Rattenberg, el à 70 kilomètres environ au sud-est dlnnsbruck, dans le Pusler Thaï.
(2) La lettre de Moreau est du 18 thermidor. (Voir la note 2 p. 75).