‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 38 sur 184 · LA MISSION DU COMMISSAIRE NEVEU · texte numérisé non relu

LA MISSION DU COMMISSAIRE NEVEU

Vous voudrez donc bien donner des ordres pour que les objets qu'il demandera lui soient remis sans délai; il en sera fait un état double qui sera de lui signé et par une personne que vous désignerez à cet effet.

Il sera aussi nécessaire que vous fassiez procurer au citoyen Neveu tout ce qui pourra lui être utile et dont ce commissaire pourra faire la demande.

Faites, Messieurs, que la galerie Electorale, par laquelle doit commencer ce commissaire, soit à sa disposition sans retard, et qu'il n'éprouve aucun empêchement dans l'exécution prompte de la mission dont il est chargé, car vous en seriez personnellement responsables.

Cette communication donna encore plus d'humeur à ces messieurs. Voici leur note :

Le gouvernemeut électoral a reçu la lettre par laquelle le général Decaen lui fait part de la commission spéciale dont le citoyen Neveu est chargé par le gouvernement français relativement aux objets d'art et science dans les demeures de l'Électeur et dans les établissements publics de la ville de Munich.

La nature de cette commission est d'autant plus inattendue que les objets en question entrent incontestablement dans la catégorie des propriétés dont l'article 8 de la convention concernant un armistice entre les armées respectives garantit le maintien, en les mettant sous la sauvegarde de la loyauté française.

Le gouvernement électoral a pensé en outre que, moyennant la contribution de six millions imposée sur la Bavière, ce pays avait acquis une sûreté de plus pour le respect des propriétés publiques et particulières.

L'on ne se permet pas de douter que ces considérations, si elles avaient été connues du gouvernement français à l'époque de la mission du citoyen Neveu, ne lui eussent paru suffisantes pour ne point l'ordonner et l'on ne saurait se refuser à la conviction que le gouvernement français voudra bien la retirer, dès qu'il sera informé des motifs qui s'y opposent, à moins de blesser les engagements les plus sacrés et de traiter la Bavière avec une rigueur à laquelle elle ne doit pas s'attendre, après tous les efforts qu'elle vient de faire pour l'armée française.

Le gouvernement électoral se flatte que le général en chef voudra bien appuyer l'exposé ci-dessus près du gouvernement français et, à cet effet, le général Decaen est prié de le communiquer au général en chef.

Munich, 21 août.

J'envoyai sur-le-champ, en réponse à cette note, celle ci-après :

Le général de division Decaen pense que le gouvernement électoral a donné à l'article 8 de l'armistice arrêté entre le général en chef de l'armée française et celui de l'armée autrichienne une toute autre interprétation que

celle qui lui est convenable. Il observe au gouvernement électoral que c'est le général Moreau, auquel la réclamation sera adressée, qui a conclu cet armistice, que c'est lui qui, depuis, lui a donné Tordre de protéger le commissaire Neveu dans l'exécution de la mission dont il a été chargé par le gouvernement français.

Ainsi, le général Decaen ne peut se permettre le moindre retard à l'exécution de ces ordres.

Il invite les membres du gouvernement électoral de ne pas l'obliger de recourir aux voies de rigueur : elles ne lui sont point agréables.

Après avoir fait expédier cette dernière note, j'écrivis au général Dessolle :

Voyez, mon cher général, par les pièces ci-jointes une discussion qui s'établit entre le gouvernement électoral et moi. Je me dispense de vous faire aucune réflexion à cet égard, mais vous verrez, par mes réponses, à quel parti je suis décidé et certes, je suivrai la marche que j'ai promis de tenir, à moins que vous ne me disiez d'en user autrement.

6 fructidor (24 août). — Je reçus la réponse du général Dessolle, datée du 5 (1). Elle n'était relative qu'à la commission de routes, mais elle suffisait pour mettre fin aux observations présentes et futures du gouvernement électoral. Il m'écrivait :

Je reçois, mon cher général, votre lettre et la note du gouvernement électoral de Bavière relative à la création d'une commission de routes. Pour toute réponse, le général en chef vous ordonne d'avoir à faire exécuter ses dispositions sur-le-champ. Veuillez, par un reste d'intérêt, ôter de la tête de Messieurs composant le gouvernement électoral que les ordres du général en chef aient besoin de la sanction de l'Electeur de Bavière. Une pareille opinion pourrait leur être nuisible. Veuillez me rendre compte dans les vingt-quatre heures de l'exécution de cet ordre. Vous pouvez communiquer ma lettre à ces messieurs.

Salut et amitié.

1 fructidor (25 août) . — Je lui écrivis :

Les membres du gouvernement électoral n'ont point attendu, mon cher général, que je sois dans le cas de leur communiquer votre réponse pour exécuter ce qu'ils avaient comme refusé par leurs notes autant indiscrètes que maladroites. Ils se sont effectués aussitôt après avoir reçu les

(1) Le ministre de la guerre, à ce moment, avait prévenu Moreau que les hostilités recommenceraient du 4 au 9 septembre ; Moreau chargea Dessolle d'en informer le général de l'armée ennemie, et l'invita à se préparer sans bruit ^Moreau à Dessolle, Strasbourg, 6 fructidor, A. H. G.).

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