‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 39 sur 184 · ON PREVOIT LA RUPTURE DE L'ARMISTICE · texte numérisé non relu

ON PREVOIT LA RUPTURE DE L'ARMISTICE

réponses à leurs notes. Je vous l'aurais dit plus tôt si l'adjudant général d'Abancourt, qui avait à vous communiquer ses premières opérations, n'était point parti pour aller vous voir. J'aime à croire que MM. les membres du gouvernement électoral ne s'écarteront plus de la voie qu'ils doivent tenir; autrement, je vous promets qu'ils y seront bientôt ramenés (1).

10 fructidor (28 août). — Je reçus du général Dessolle une lettre datée du 9, dans laquelle il me mandait :

Le général en chef vous invite à reconnaître le plus tôt possible, entre l'Isar et l'Inn, un camp pour l'armée sur les communications de Braunau et de Wasserburg. Veuillez m'accuser la réception de cette lettre...

Et par post-scriptum :

Cette disposition vous fait connaître qu'il pourrait se faire que les hostilités recommençassent; mais le général en chef vous invite à ne pas ébruiter les causes delà reconnaissance que vous allez faire.

Aussitôt la réception de cette dépêche, je me rendis sur les lieux pour remplir la mission dont j'étais chargé. Pendant que je m'en occupais, il me parvint une autre lettre du général Dessolle, datée du 11. Il m'écrivait .

Je vous préviens que l'armée a ordre de se réunir pour prendre position du 22 au 23 en avant de Munich.

Le corps du lieutenant général Lecourbe prendra position sa gauche appuyée a l'Isar et sa droite à Reutte. En conséquence, vous replierez toutes les troupes sous vos ordres qui sont sur la rive gauche de l'Isar à proportion qu'elles seront relevées. Vous vous lierez par votre droite à la gauche du général Lecourbe et renforçant votre ligne depuis cette rivière principalement sur le débouché du Tegern See et de Rosenheim.

Vous donnerez au général Gudin tous les renseignements que vous aurez pu acquérir sur la partie de la ligne que vous lui abandonnerez. Vous mettrez vos troupes en mouvement de manière à être réuni le 20 en avant de Munich, prêt à occuper la droite du camp que le général en chef vous a chargé de reconnaître.

11 est nécessaire que vous activiez tous vos moyens d'espionnage pour connaître les mouvements de l'ennemi et les points de ses principaux rassemblements afin de faire juger quels sont les points offensifs et défensifs.

L'ordonnateur en chef va prendre des mesures pour les subsistances de

(1) A la date du 7 fructidor, Moreau annonçait à Augereau, commandant l'armée gallo-batace, la rupture de l'armistice (Moreau à Augereau, sans indication de lieu, 7 fructidor, A. H. G).

l'armée; je le préviens de s'adresser à vous pour appuyer toutes ses demandes près du gouvernement électoral.

Le général en chef vous recommande aussi de ne pas tolérer, dès ce moment, d'autres communications avec l'armée ennemie que celles établies quand les hostilités sont en pleine activité (l).

14 fructidor (1er septembre). — Rentré le 14 à mon quartier général à Nymphenburg (2), j'annonçai au général Dessolle que j'adressais au général en chef mon rapport sur la reconnaissance qui m'avait été ordonnée ; que, d'après la lettre du 11, j'avais fait cesser toute communication avec l'armée ennemie; que les ordres étaient donnés pour quitter la ligne que je tenais sur la rive gauche de l'Isar et la céder aux troupes du général Gudin.

Je lui fis l'observation que, mes troupes devant être réunies le 20 en avant de Munich, il ne m'avait pas marqué quel jour la partie de la ligne depuis Isen jusqu'à Vilsbiburg, que je tenais, serait occupée par une autre division.

Je lui adressai une note de ce qui se trouvait en magasin à Munich, ce qui pouvait nourrir, en pain, 50 000 hommes pendant dix jours et 5 000 chevaux, en avoine, pendant le même temps; mais qu'en foin, le magasin n'était pas aussi bien fourni. Je lui fis l'observation que, malgré mes demandes au commissaire, je n'en savais point le motif et que, comme il n'était pas de la division, je n'avais pas autant exigé.

Je lui mandai que je n'avais encore vu aucune personne envoyée par l'ordonnateur en chef, ainsi qu'il me l'avait annoncé ; qu'il était cependant essentiel de s'occuper de cette partie parce que le pays que devait occuper l'armée offrait peu de ressources, surtout en foin, puisque la majeure partie du terrain était couverte de bois.

Je lui dis qu'Erding pouvait être un excellent endroit de manutention intermédiaire et qu'entre Munich, Ebersberg et Helfendorf, il n'y avait pas d'endroit susceptible d'un tel établissement; qu'il

(1) Pour ce dernier paragraphe, le registre de correspondance de Moreau donne une légère variante : « Veuillez donner des ordres pour que toutes communications entre les deux armées soient tout à fait interrompues, excepté celles du général en chef Moreau et du général Kray » (Registre de correspondance de Moreau, sans indication de lieu, 1] fructidor, f<> 115, A. H. G.).

(2) Le 13 fructidor. Moreau rendait compte au Premier Consul qu'il serait en mesure d'attaquer le 24 fructidor (11 septembre) si l'empereur n'avait pas ratifié les préliminaires de paix (Moreau à Bonaparte, sans indication de lieu, 13 fructidor, A. H. G.).

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