‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 49 sur 184 · DECAEN RENTRE A MUNICH · texte numérisé non relu

DECAEN RENTRE A MUNICH

des quantités qu'il avait lieu d'espérer être rentrées à cette époque ; qu'il donnait ordre à l'ordonnateur en chef de faire partir à l'instant des agents sur tous les points pour faire rentrer, par tous les moyens, les avoines qui avaient été mises en réquisition. Enfin il me recommandait d'aider ces agents de toute mon autorité.

Comme j'avais autorisé d'ouvrir les lettres qui m'arriveraientdu quartier général pendant mon absence, ces deux lettres avaient été de suite communiquées au commissaire des guerres de la division qui avait aussitôt transmis au gouvernement bavarois ce qu'exprimait le général Dessolle sur le peu d'approvisionnement en avoine; et ce commissaire avait ajouté :

Ces deux lettres ne sont que confirmatives des plaintes que je vous ai manifestées plusieurs fois sur la lenteur des versements et notamment par ma lettre du 21 de ce mois. Il n'est donc plus temps de recourir à aucune réclamation. Le contingent auquel le gouvernement bavarois a été imposé, doit être fourni sans délai ni restriction, et c'est là où mes prétentions se bornent (1). Le général Decaen, à son retour, ne pourra que partager avec moi un sentiment de sévérité que commande l'intérêt de l'armée.

26 brumaire (17 novembre). — De retour à Munich, ayant appris que les demandes réitérées du commissaire des guerres étaient restées sans effet, j'ordonnai des exécutions militaires pour le lendemain.

Je reçus une lettre du général Dessolle. Il me mandait :

Je n'ai pas reçu d'autres nouvelles du général en chef depuis mon départ de Munich. Ainsi nous en sommes toujours à nos premières instructions. J'ai reçu réponse de l'archiduc Jean. Chouard (2) n'a pu arriver à lui que le 22 à 6 heures du matin. Ainsi c'est pour le 7 frimaire, à la même heure, qu'il faudra recommencer d'en découdre, s'il ne survient rien de nouveau. Nos magasins en grains sont assez bien approvisionnés.

(1) " Ce commissaire avait reçu une réponse haulaine, on peut même dire impertinente, à sa lettre du 21 » (Note de Decaen).

(2) Chouard (Louis), né le 15 août 1771, à Strasbourg; aspirant au corps royal d'artillerie, le 28 septembre 1789; lieutenant au 1er bataillon du Bas^Rhin en 1791; souslieutenant au 9e de cavalerie, le 25 janvier 1792; lieutenant, le 1er avril 1793; capitaine, le 29 brumaire an II; aide de camp du général Oelmas, le 15 brumaire an VII; nommé chef d'escadrons sur le champ de bataille, le 16 germinal au VII; aide de camp du général Moreau, le 22 floréal an VII; colonel du 2° cuirassiers, Je 6 nivôse an XIV; général de brigade, le 6 août 1811; commandant l'arrondissement de Htiningue, le 5 septembre 1814; retraité, le 1er août 1815; commandant le département de la Marne, le 14 janvier 1831 , commandant le département de la Meurthe et une brigade de cavalerie, le 27 juin 1833; retraité, le 1er octobre 1833 (A. A. G.).

Pressez le gouvernement électoral de verser autant d'avoine qu'il le pourra. Pour le foin, nous verrons de nous aider avec de la paille.

27 brumaire (18 novembie). — J'écrivis au général Dessolle :

J'étais allé vers les frontières du Tyrol lorsque vos lettres relatives aux approvisionnements sont arrivées. Pendant mon absence, on a renouvelé à MM. du gouvernement électoral les instances les plus vives pour qu'on accélère les rentrées des avoines et fourrages. A mon retour, n'ayant trouvé que des promesses ou des observations pour résultat, puisque nous n'avons pas pour plus de 10000 chevaux pendant trois ou quatre jours, j'ai ordonné qu'il y ait aujourd'hui des exécutions militaires chez dix des principaux de Munich et surtout chez les membres du gouvernement. Ma rigueur va sans doute me faire recevoir une de leurs lettres où, de nouveau, ils vont répéter que je suis difficile à satisfaire et surtout que leur grandeur magistrale a été froissée, s'ils n'en disent pas plus. Mais je vais en rire, et j'aurai de l'avoine. Vous allez, je crois bien, recevoir leurs plaintes. Ils vont exposer qu'ils ont déjà rempli plus de la moitié de la réquisition, ce qui est vrai. Mais comme on a mangé sur ces rentrées, puisqu'il n'y avait en magasin qu'au jour le jour, il n'en reste plus qu'un tiers, et il faut encore que les distributions soient faites jusqu'au 1er frimaire.

Dans ma tournée, qui avait pour but de reconnaître le débouché de la Loisâch et du Walchen See, j'ai reconnu que les routes étaient en bon état, ce qui n'est pas ainsi entre Augsbourg et Munich. J'ai ordonné qu'un officier d'état-major se rende aujourd'hui sur cette route et mette en réquisition tous les paysans des villages pour travailler aux réparations faites à cause de la proximité des bois. Si vous ordonniez, mon cher général, qu'il en fût fait autant du côté d'Augsbourg, cela serait plus vile terminé.

D'après le dire des habitants de la haute Bavière, l'hiver ne sera pas rigoureux. Ils m'ont assuré que les grandes communications ne sont jamais impraticables.

Ne serait-il pas possible que l'aile droite vînt relever mes avant-postes à Ettal et même dans la vallée de la Loisach? Encore ma ligne serait-elle très longue à replier lorsqu'il faudra que je me réunisse.

Les garnisaires qui avaient été placés pour forcer l'exécution des versements déterminèrent les membres du gouvernement électoral à m'adresser une note qui me fut présentée par l'un d'eux, et qu'ils appuyèrent de la réquisition qui leur avait été faite par le commissaire ordonnateur en chef, ainsi que de la correspondance réciproque à ce sujet. Ce commissaire s'étant écarté des dispositions prescrites par le général en chef, il en résultait que le gouvernement électoral n'était point en retard pour les versements qu'il

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