‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 58 sur 184 · DECAEN VA RECONNAITRE L'INN · texte numérisé non relu

DECAEN VA RECONNAITRE L'INN

J'écrivis en outre au général Lahorie :

Il était plus de 10 heures lorsque j'ai reçu ta lettre pour faire approcher Laffon de l'Inn et m'y rendre moi-même pour en faire la reconnaissance.

Malgré toute ma diligence, je n'ai pu y arriver qu'au soleil couchant, et je n'ai donc pu faire grande besogne. Demain, dès le jour, je ferai la reconnaissance que le général en chef désire, et j'en ferai le rapport au plus tôt. Ce soir, j'ai abordé l'Inn devant Rott et je l'ai remonté jusqu'à Feldkirchen. On m'a dit qu'il y a un gué dans cette partie; mais je n'ai pas encore acquis assez de détails pour m'en expliquer.

L'Inn coule dans un vallon de 600 à 700 toises de largeur. Les bords -de ce vallon sont assez escarpés. La rive droite domine, et le fleuve coule à peu près au pied de cet escarpement. La largeur du fleuve peut être de 60 à 70 toises. Je m'arrête sur ces détails parce que je n'en suis pas encore assez sur. J'ai vu les feux d'environ trois bataillons sur la rive droite devant Rosenheim.

Il n'y a que quelques postes devant moi. Ce matin, des Wurtembergeois qui étaient devant Rott sont descendus vers Wasserburg.

Les chemins de Beiharting à Rott, sans être impraticables, sont difficiles.

J'avais gardé, ce matin, le courrier, parce que j'avais cru pouvoir faire un rapport ce soir, et il l'aurait rapporté; demain, je l'en chargerai.

Plauzonne te fait connaître, par une lettre, la position donnée aujourd'hui à la division.

Dis-moi quel résultat vous avez de l'affaire d'aujourd'hui. A en juger par le feu, elle paraît bien sérieuse.

J'ai établi le quartier général de la division à Beiharting ; mais, ce soir, je couche ici. Berckheim (1) te dira la route qu'il aura tenue pour arriver à Haag; on y compte, d'ici, cinq lieues.

11 frimaire (2 novembre). — Dès le matin, je montai à cheval pour faire la reconnaissance qui m'avait été recommandée. Cependant, j'étais étonné de n'avoir pas encore reçu de lettre du général Lahorie pour ce que je devais faire pendant cette journée. D'ailleurs, je désirais d'apprendre quel avait été le résultat de l'affaire de la veille (2), dont j'avais entendu la vive canonnade, et

(1) Berckheim (Sigismond-Frédéric), né à Ribeautillé (Haut-Rhin), le 9 mai 1175; •ous-lieutenant dans le régiment de La Marck, infanterie allemande, le 12 mai 1789; lieutenant, le 8 avril 1792; adjoint à l'adjudant général Plauzonne, le 30 prairial an VIII; capitaine, le 20 messidor au VIII; chef d'escadrons, le 3 thermidor au XIII; major, le 9 mai 1806, colonel, le 1" avril 1807; général de brigade, le 12 juillet 1809; général de division, le 3 septembre 1813; inspecteur général de cavalerie en 1818; décédr à Paris, le 28 décembre 1819 (A. A. G.).

(2) Le combat d'Ampfing.

j'éprouvais do vagues inquiétudes. Mais, comme j'avais fait partir une reconnaissance pour savoir où se trouvaient les postes de la droite du général Richepance, et qu'en descendant la rive gauche de l'Inn, je me rapprochais de cette division, je comptais que je ne tarderais pas à recevoir quelques nouvelles, soit par le rapport que ferait le commandant de cette reconnaissance que je devais rencontrer à son retour, soit par ce que pourrait me dire le chef d'un parti que le général Richepance aurait envoyé pour communiquer avec mes postes, qui devaient se lier avec les siens.

Je fus donc bien surpris lorsque, vers midi, étant alors à près de deux lieues de Rott, l'officier envoyé aux nouvelles m'apprit qu'étant allé jusqu'à la vue de Wasserburg, il n'avait trouvé aucun poste de la division Richepance, et qu'on l'avait informé, dans un des villages qu'elle avait occupés, que les troupes en étaient parties à minuit.

D'après cette information et l'incertitude ou plutôt l'inquiétude qu'elle me donnait, je m'acheminai sur-le-champ pour retourner à Rott, présumant que, s'il n'y était pas arrivé d'ordre pour moi, il ne pouvait pas tarder à en parvenir. J'y trouvai effectivement une lettre qui venait d'y être apportée : mais, à sa suscription, fort mal mise, puisqu'on avait écrit Decean pour Decaen, et Zimubeg pour Zinneberg, je ne pensai pas, en l'ouvrant, qu'elle pouvait être du général Lahorie.

Sous la date de Haag, à 6 heures du soir, il me mandait :

L'ennemi ayant rassemblé une partie considérable de son armée sur la route de Mùhldorf à Haag, le général Grenier a été obligé de se replier sur Haag, mon cher Decaen. Cette disposition de l' ennemi donnant à supposer au général en chef que l'archiduc est disposé à combattre entre l'Inn et llsar, il se décide à rassembler l'armée pour lui livrer bataille.

D'après cela, il donne ordre au général Richepance d'arriver demain de bonne heure sur Ebersberg.

Tu quitteras aussi demain ta position pour venir te rassembler sur Zorneding où je te transmettrai les intentions ultérieures du général en chef.

L'armée se formera sur Anzing, suivant les apparences, pour, de làr aller combattre l'ennemi.

Le général Hardy a été blessé.

Je recevais donc, à une heure après midi, un ordre de mouvement pour ma division dont les troupes avaient à faire au moins

UN LAPSUS RETARDE UN ORDRE i35

cinq à huit heures de marche, et qui ne pouvait commencer à s'opérer qu'au moment où elle aurait dû, presque totalement, être réunie à la nouvelle position indiquée.

Heureusement encore que j'avais recommandé, la veille, en partant de Beiharting pour me rendre à Rott, de m'y adresser toutes les lettres qui pourraient arriver pour moi, et sans retard, car certainement, d'après la suscription extraordinaire de celle que je venais de recevoir, on aurait pu, sans conséquence, différer d'expédier un exprès pour me l'apporter.

Je fis sur-le-champ expédier des ordres qui furent portés par des officiers, avec la recommandation de faire la plus grande diligence pour faire marcher toutes les troupes sur Zorneding.

Il fut mandé au général Durutte de faire placer sa hrigade à la gauche de la chaussée de Munich à Ehersherg, la droite à Zorneding, occupant ce village, et de laisser, cependant, un escadron et deux compagnies d'infanterie pour garder le débouché de Beiharting jusqu'à nouvel ordre (ce détachement vint plus tard se joindre à la brigade) ; au général Debilly, de placer sa gauche à Zorneding, ayant sa droite vers Buch; au général Kniaziewicz, de faire prendre position à sa légion à Neukirchen, sur la chaussée de Munich à Ebersberg; et au chef Laffon, de quitter les bords de l'Inn et de concentrer ses troupes à Alxing et Moosach, et de prévenir, à Zorneding où le quartier général de la division serait établi, du moment où il serait rassemblé.

Aussitôt mes ordres expédiés, je remontai à cheval, afin d'arriver le plus tôt possible à Zorneding, espérant que j'y trouverais de nouvelles instructions qui m'y auraient été adressées, et pour informer, de là, où je serais plus à la proximité du quartier général de l'armée, de la cause qui avait donné lieu au retard mis à prendre la position qui m'avait été indiquée.

Entre Rott et Beiharting, je reçus une lettre du général Lahorie, encore datée de Haag le 1 1 . Il m'écrivait :

J'imagine, mon cher Decaen, que tu auras reçu l'ordre de ton mouvement sur Zorneding, avec l'avis de la retraite du général Richepance sur Ebersberg. L'armée ennemie a débouché presque entière de Miihldorf sur la division du général Grenier, sur la route de Haag et sur Tison.

Le général en chef n'a pas cru devoir laisser échiner sans objet ce corps de troupes; il Ta fait replier sur Haag et, de là, sur Hohenlinden.

11 réunit l'armée à Anzing pour combattre l'archiduc puisqu'il est disposé à se battre entre l'Inn etl'lsar. C'est le moyen d'en finir promptement.

Si tu n'avais pas reçu encore l'ordre de venir reprendre la position de Zorneding, ceci t'en servirait.

Tu vois qu'aujourd'hui tes troupes doivent être réunies sur ta gauche plutôt que sur ta droite.

Arrivé à Zorneding vers les 5 heures, je pris des informations s'il y avait une communication de cet endroit à Anzing où je présumais que le quartier général de l'armée pourrait être établi, d'après ce qui m'avait été mandé, qu'elle devait se rassembler sur ce point; ou bien que, là, je saurais le lieu où serait le général en chef.

Comme il y avait un chemin assez praticable à travers la forêt, et que le maître de la poste aux chevaux m'assura qu'un de ses postillons pourrait, avec une petite voiture, me conduire à Anzing, alors, au lieu d'écrire pour rendre compte, je préférai me rendre auprès du général en chef, attendu, d'ailleurs, que, mes troupes ne pouvant prendre que fort tard leur position et qu'il serait possible qu'on m'eût expédié des ordres pour un mouvement le lendemain, avant d'être informé de ce retard et de ce qui y avait donné lieu, et qu'en outre, dans la supposition que les troupes seraient arrivées de bonne heure à Zorneding, on pourrait me prescrire de me rendre, avec toute ma division, à une distance un peu forte de cet endroit, ainsi que d'arriver sur le point indiqué d'assez bonne heure; enfin que, lorsque je recevrais cet ordre, il ne serait peutêtre plus temps d'adresser des observations pour démontrer les difficultés de la ponctuelle exécution, je partis pour Anzing où j'arrivai vers les 7 heures du soir.

Le général Moreau y étant, je me rendis de suite auprès de lui. Me voyant entrer, il manifesta sa surprise d'une manière bien flatteuse en disant : ci Ah ! voilà Decaen ; la bataille sera gagnée demain! » et il m'embrassa. En s'exprimant ainsi, le général Moreau pensait certainement aux 10000 combattants dont je venais lui annoncer la prochaine arrivée pour participer à l'exécution de ses projets. Cependant je dis : a Qu'aurai-je donc le bonheur de faire pour contribuer à ce brillant succès? » Le général me répondit : « Votre division sera réunie demain au corps du général Grenier » qui était alors à écrire ses ordres d'après ceux

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