‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 59 sur 184 · LA VEILLÉE DE HOHENLLVDEN · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DE HOHENLLVDEN

que lui avait donnés le général en chef, avec lequel étaient aussi le général Dessolle et Grouchy, qui venait d'arriver à l'armée et qui devait prendre, le lendemain, le commandement de la première division du centre, déjà depuis longtemps sous les ordres du général de brigade Grandjean.

Je témoignai au général Grenier combien j'étais flatté de servir sous ses ordres et je lui demandai sur quel point ma division devait marcher le lendemain. 11 me répondit que c'était sur la gauche de Hohenlinden et qu'il fallait que j'y fusse arrivé au plus tard vers 11 heures du matin. J'observai que, pour cette heure, cela était impossible. Le général en chef m'en ayant demandé la cause, je lui rendis compte que, n'ayant pu diriger mes troupes que fort tard sur Zorneding, parce que je n'avais reçu l'ordre de mon mouvement qu'à une heure après midi, tandis qu'il aurait dû être alors presque totalement opéré, et que ce retard provenait sans doute de la suscription de la lettre que je lui montrai; qu'ainsi, ma division ne serait probablement rassemblée à la position de Zorneding, qu'entre 10 et 11 heures du soir, ayant, pour s'y rendre, des chemins de traverse étroits, dans un pays montueux et difficile; que les troupes seraient extrêmement fatiguées; que je ne pourrais donc pas les mettre en marche de très grand matin, comme cela devait se faire, pour être rendues à l'heure fixée sur le terrain indiqué; que, le chemin qu'elles avaient à parcourir étant fort mauvais et un défilé continuel, je prévoyais que, vers 2 heures, au plus tôt, la tête de ma colonne pourrait bien y arriver, et dans le moment où l'on serait sans doute le plus fortement aux prises; mais que ce n'était pas cela qu'il fallait; que c'était au contraire toute la division, pour pouvoir, au besoin, contribuer à porter le coup décisif.

Le général Moreau, entendant ces observations et y ayant égard, me fit cette question : « Mais vous pouvez suivre le mouvement de Richepance? — Sur quel point, mon général, le dirigez-vous? — Mais je le fais partir d'Ebersberg pour se porter par Christoph sur Maitenbeth. — Dans ce cas, je suis on ne peut mieux placé pour suivre ce mouvement : mes troupes les plus éloignées ne sont qu'à trois lieues au plus d'Ebersberg, et j'ai la chaussée pour m'y rendre, ce qui me facilitera de marcher avec plus de rapidité et avec tout l'ensemble possible. »

Après m'avoir demandé si toute ma division serait réunie, dans

la soirée et que j'eus répondu affirmativement, mais à 500 hommes près qui, ayant été placés à des avant-postes éloignés, ne rejoindraient que le lendemain, le général Moreau dit : « Eh bien! Je voulais faire tourner l'ennemi par 10 000 hommes. Il le sera alors par 20000. Mais, à quelle heure croyez-vous pouvoir arriver sur Christoph? » Je dis que je ne pouvais pas bien le préciser; cependant que je ferais mon possible pour que la plus grande partie de mes troupes y fût arrivée avant midi. Le général Moreau fut satisfait. Ensuite le général Lahorie me remit Tordre ci-après :

La disposition de l'ennemi donnant à présumer, mon cher Decaen, que son intention est d'attaquer demain, ce qui, probablement, aura lieu sur Isen et sur la route de Haag à Hohenlinden, le général en chef me charge de te prévenir que le général Richepance a ordre de quitter sa position d'Ebersberg de manière à être rendu à 8 heures du matin sur Christoph pour, de là, recevoir et combattre l'ennemi qui, de Haag, se dirigerait sur Hohenlinden. Tache, mon ami, d'envoyer sur Ebersberg, de très bonne heure, un détachement pour couvrir le débouché de Wasserburg. Avec le reste de ta division, tu suivras le mouvement du général Richepance. Le général Lecourbe a ordre d'envoyer demain, dans la journée, des troupes pour couvrir Ebersberg, ce qui te laissera toute ta division disponible pour le mouvement sur la route de Haag.

Le général Moreau, en cas d'attaque, se rendra demain de bonne heure à Hohenlinden où tu le préviendras de ta position.

Je remis au général en chef une note sur la reconnaissance que j'avais faite le matin sur la rive gauche de l'Inn, entre Rott et Wasserburg. L'Inn, dans cette partie, offre la plus grande difficulté pour un passage. Il coule dans un vallon qui se maintient dans une largeur de 1 000 à 1 200 toises, et dont les escarpements sont très rapides; son cours se soutient constamment vers la partie Est du vallon, en sorte que la rive droite domine de beaucoup la rive opposée et rendrait bien difficile tout rassemblement. Je n'ai pu m'assurer précisément s'il existait des gués; sa largeur est de 60 à 70 toises, et le courant très rapide. Le point d'Attel, où la rivière de ce nom se jette dans l'Inn, m'a paru le moins désavantageux de ceux que j'ai observés.

Je fus invité à rester à souper. En l'attendant, Ton causait et l'on faisait des conjectures : entre autres, que l'ennemi serait sans doute fort étonné en apercevant, le lendemain, notre armée en mouvement pour recevoir son attaque, ou plutôt pour l'attaquer

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