‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 63 sur 184 · RAPPORT DE DECAEN · texte numérisé non relu

RAPPORT DE DECAEN

cette troupe; que, si elle faisait feu, elle serait passée au fil de l'épée. Les ennemis mirent bas les armes.

Le général Durutte avait exécuté son mouvement, que j'avais suivi, et il allait déboucher sur la grande chaussée de Hohenlinden à Haag; mais ayant trouvé la division Grouchy s'avançant sur Haag, et jugeant, par le mouvement de cette division, que la gauche pouvait se passer de mon renfort, je pris la résolution de diriger la plus grande partie de mes troupes sur Haag, passant par Albaching, afin de couper autant que possible les communications de F ennemi avec Wasserburg.

Tandis que j'ordonnais ce mouvement, — il était alors environ 3 h. 30, — le général Kniaziewicz, que j'avais chargé de rester sur le point de Christoph pour couvrir mon flanc droit, me fit prévenir qu'il était attaqué vivement par ce corps de 3000 hommes qu'il avait eu tout le jour devant lui. L'affaire s'engageait. Le général Kniaziewicz soutenait très bien l'attaque; mais la marche que je faisais faire sur Albaching, menaçant la droite de ce corps ennemi, l'obligea bientôt à la retraite. 11 fut poursuivi; mais la nuit, qui empêcha de profiter de sa fuile, empêcha aussi aux troupes que je dirigeais, excepté à quelques tirailleurs, de déboucher dans la plaine d'Albaching. L'ennemi avait alors cinq escadrons de cavalerie et trois pièces d'artillerie qui battaient à mitraille le débouché.

Le résultat de la journée a donné à la division plus de 3 000 prisonniers, 50 officiers dont 2 colonels, et 7 pièces de canon; et elle n'a perdu que 286 hommes, tant tués que blessés, dont six officiers.

Les 2# et 3e bataillons de la 14% le 1er bataillon de la 4e d'infanterie de ligne, la légion polonaise et un escadron du 6e régiment de chasseurs se sont conduits avec la plus grande bravoure. Si les autres troupes eussent eu l'occasion de donner, on doit croire, par le zèle qu'elles ont montré, qu'elles auraient imité ceux qui ont combattu l'ennemi.

Parmi tous les officiers qui se sont distingués, mon général, je vous recommande particulièrement le chef d'escadrons Montaulon, pour que vous lui accordiez la récompense que ses belles actions lui méritent et surtout sa conduite à la bataille du 12 : ayant eu son cheval tué, à pied, il s'est mis à la tête de l'infanterie. Ce grand dévouement, avec les dispositions du chef Laffon et la conduite distinguée du général Kniaziewicz, ont fait beaucoup aux succès de cette journée.

Un chasseur du 6e, nommé Côtebœuf, et un hulan de la légion polonaise nommé Ivisen, se trouvant ensemble dans le bois au commencement de l'affaire, ayant aperçu une cinquantaine d'hommes, se sont concertés pour les charger. Le chasseur, fort avancé, leur criant de se rendre, et criant : « En avant, la 4e! » cette troupe a mis bas les armes. Mais l'ennemi, ne voyant que ces deux hommes, reprenait ses armes pour s'en servir lorsque le hulan, reconnaissant de ses compatriotes, leur a parlé dans sa langue et leur a dit de le suivre, ce qu'ils ont fait aussitôt.

L'adjudant commandant Plauzonne et les officiers de l'état-major se sont particulièrement distingués dans cette journée.

Les troupes auv ordres du général Debilly, restées sur le point d'Ebersberg, en communiquant avec Hohenlinden, ont dégagé une compagnie dela 108e enveloppée par l'ennemi, et ont fait 300 prisonniers.

J'ai, ci-devant, énoncé le motif qui m'a fait anticiper de citer mon rapport au général en chef. Il me reste donc à dire que, la nuit ayant empêché d'ajouter au succès de la journée, j'ordonnai que les troupes resteraient à leurs emplacements respectifs > d'allumer leurs feux et d'établir leurs gardes.

Je crus devoir retourner àEbersberg pour être plus à proximité de recevoir des ordres pour ce qu'il y aurait à faire le lendemain et, dès mon arrivée, entre 10 et 11 heures, je fis écrire au général Lahorie que ma division avait pris position en avant de Maitenbeth, et la droite en avant de Christoph, poussant des avant-postes à une lieue de Haag; que j'aurais voulu aller jusque-là; mais que la nuit m'avait empêché de forcer un corps de quatre bataillons qui, avec quelques pièces d'artillerie et de la cavalerie, avait attaqué vers les 3 h. 30 le général Kniaziewicz; que j'adresserais le lendemain le rapport de la journée ; que la division avait fait plus de 3000 prisonniers dont 50 officiers et 7 pièces de canon ; que le général Montrichard n'était point arrivé à la position qu'il devait prendre (1).

13 frimaire (4 décembre) . — Pendant la nuit, je reçus du général Lahorie l'ordre ci-après, daté d'Anzing :

Le général Moreau me charge de te prévenir, mon cher Decaen, de te porter demain, vers midi, sur Haag pour le couvrir sur la route de Wasserburg, ayant une brigade de disponible pour être portée au besoin sur la route de Mùhldorf où se portent les divisions Richepance et Grouchy.

Cet ordre est subordonné à l'arrivée des troupes du général Lecourbe pour couvrir le débouché d'Ebersberg.

Le général Moreau sera demain à Haag.

Le général Richepance prendra position en avant de Ramering, et le général Grouchy, sur Reichertsheim et Aschau.

L'officier envoyé au quartier général me rapporta une lettre du général Lahorie. Il me marquait :

Je reçois à l'instant le rapport de l'adjudant général Plauzonne sur ta belle affaire d'hier, mon cher Decaen. Je te fais avec grand plaisir mon compliment sur ton brillant succès.

(1) Plauzonne à Lahorie. Ebersberg, 12 frimaire, A. H. G.

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