‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 62 sur 184 · DECAEN APPUIE RICHEPANCE · texte numérisé non relu

DECAEN APPUIE RICHEPANCE

La neige qui tombait m'empêchait de voir ce qui se passait et de juger la localité; je ne pouvais me régler que d'après le feu que j'entendais et sur les renseignements qu'on pouvait me donner. Entendant aussi la fusillade à ma droite, je demandai ce que c'était. Quelqu'un ayant dit : a Oh ! c'est l'ennemi qui nous tourne » , je repartis de suite : « Eh bien ! s'il nous tourne, nous le tournerons à notre tour. » Mais, pendant ce court entretien, la tête de la légion polonaise arrivait et, en même temps, le chef de bataillon Delelée, aide de camp du général en chef, envoyé d'Hohenlinden pour avoir des nouvelles. Je le fis retourner de suite pour dire au général Moreau qu'en arrivant sur le plateau de Chrisioph, j'avais trouvé les choses un peu embrouillées, mais qu'il n'eût pas d'inquiétude; que j'espérais que, bientôt, tout irait au mieux.

Pour représenter l'ensemble des opérations de ma division durant cette brillante journée, je ne puis mieux faire que de répéter ce que j'écrivis, le lendemain, au général en chef, auprès duquel j'avais aussitôt après le dénouement de l'affaire, envoyé mon frère, alors mon aide de camp, pour l'informer de ce qui venait de se passer et lui annoncer que j'allais continuer d'agir selon les circonstances. Voici donc ce rapport :

D'après vos ordres, mon général, de suivre, le 12, le mouvement de la division Richcpance qui devait attaquer l'ennemi sur Maitenbeth, je me suis mis en mouvement de Zorneding à 5 heures du matin, suivant la chaussée de Wasserburg jusqu'au delà du village d'Oberndorf, en avant d'Ebersberg, où se trouve le chemin qui conduit à Maitenbeth passant par Abersdorf et Christoph.

L'avant-garde ayant reçu l'ordre d'éclairer particulièrement sa droite, les flanqueurs avaient trouvé quelques ennemis au delà du village de Steinhôring. La division Richepance n'ayant laissé aucune troupe pour couvrir le débouché de Wasserburg, j'ai envoyé un escadron et une compagnie d'infanterie légère pour observer sur Steinhôring, et le mouvement n'a point été retardé. Je l'ai même pressé, car on était alors fortement aux prises sur Christoph et sur Hohenlinden.

Mon avant-garde, aux ordres du chef de brigade Laffon, arrivant sur le plateau de Christoph (il pouvait être 10 h. 30) trouva la brigade aux ordres du général Drouet et la réserve du général Richepance aux ordres du général Sahuc.

L'ennemi, étonné du mouvement du général Richepance, en même temps qu'il était attaqué vers Hohenlinden, en avait fait un autre pour pointer vers Wasserburg afin de se rejoindre à un corps de plus de ir. 10

3 000 hommes qui avait sans doute marché d'Albaching vers Zell et Wall. Ce mouvement avait séparé la brigade du général Drouet du général Richepance; et, en même temps, les tirailleurs d'un autre corps ennemi débouchaient des bois sur le plateau de Christoph où la réserve de la division Richepance se trouvait sans pouvoir agir, vu la proximité des bois, n1 avant point de terrain en arrière d'elle, et la neige tombant en grande quantité. Une réserve de munitions et quelques équipages qui suivaient cette division, par leur marche rétrograde dans des chemins très difficiles, auraient pu être bien nuisibles, si le chef Laffon n'avait point franchi vigoureusement cet obstacle. 11 n'y avait pas un instant à perdre : le chef Laffon, auquel j'avais recommandé d'aborder franchement l'ennemi, mit toute la vigueur qu'exigeait une telle circonstance. 11 donna l'ordre au 3e bataillon de la 14e, commandé par le chef Massard, et à un escadron de son régiment, commandé par l'intrépide Montaulon, d'attaquer l'ennemi, ce que cette troupe fit aussitôt, et le repoussa vivement. Mais la force de Fennemi obligeait déjà les nôtres à la retraite lorsque je les fis soutenir par un bataillon de la légion polonaise, tandis que le général Kniaziewicz déboucha du défilé de Christoph pour seconder le général Drouet afin qu'il puisse se joindre au général Richepance qui avait pénétré sur Maitenbeth. Ce mouvement, également exécuté avec vigueur, procura les plus grands avantages. Le général Drouet opéra sa jonction ; le bataillon de la 14e, soutenu par le bataillon de la légion polonaise dirigé par le chef Laffon, mit Fennemi dans une telle situation que, bientôt en déroute, on amena de toutes parts des prisonniers et des canons.

Ce spectacle de succès fut d'autant plus ravissant qu'à ce beau moment la neige cessa de tomber et que le soleil se montra dans toute sa splendeur. Il semblait que cet astre divin avait voulu éclairer notre triomphe.

Le surplus de la division avait été formé en échelons, et j'avais laissé un corps de l 200 hommes d'infanterie, 600 chevaux et quelques pièces d'artillerie aux ordres du général Debilly, sur le point d'Ebersberg, chargé d'éclairer la route de Wasserburg, couvrir le mouvement que je faisais sur Christoph, et tenir la communication entre Ebersberg et Hohenlinden jusqu'à ce que des troupes de l'aile droite, qui devaient venir le remplacer sur ce point, y fussent arrivées; mais elles n'y vinrent point.

M'apercevant que l'ennemi mettait de l'opiniâtreté vers la gauche, je donnai l'ordre au général Durutte de mettre sa brigade en mouvement et de la diriger sur le point où le feu me paraissait le plus vif. Déjà le général Durutte, qui avait été informé qu'un corps ennemi d'environ 900 hommes était à sa proximité et cherchait à se faire jour, envoya deux compagnies du 2e bataillon de la 14e, dont les carabiniers, pour seconder ceux qui étaient aux prises avec une partie de ce corps ennemi. Ces compagnies étaient dirigées par l'adjudant-major Cornille qui, aussitôt qu'il aperçut l'ennemi, et le voyant disposé à se défendre, s'avança seul, et cria en allemand, à l'aide de camp du général Spannochi de se rendre avec

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