CHAPITRE VIII
La division Decaen investit la tête de pont de Wasserburg. — Emplacement des troupes de cette division. — Decaen reçoit l'ordre de se porter sur la Glonn. — Lecourbe va tenter le passage de l'Inn. — Les divisions Decaen et Grouchy sont mises à sa disposition. — Debilly observe Wasserburg. — Decaen se rend d'Ebersberg à Beibarting. — En attendant les ordres de Lecourbe, il fait rassembler sa division dès le lever du jour. — Il ne reçoit des nouvelles de Lecourbe qu'à midi. — Lecourbe lui annonce qu'il va tenter le passage de l'Inn vis-à-vis Neubeuern. — Il juge inutile que Decaen le suive vers Neubeuern. — Decaen se porte sur Aibling. — Sur l'ordre de Moreau, il va passer l'Inn à ÎVeubeuern, derrière Lecourbe. — Decaeu chargé de se placer en réserve de Lecourbe. — Debilly quitte la division Decaen. — Lacour le remplace. — Lecourbe marche sur laSalzach. — Decaeu arrive à Waging. — Moreau fait protéger les salines.
14 frimaire (5 décembre) . — Des ordres furent expédiés au chef Laffon et aux généraux Durutte et Kniaziewicz, qui leur indiquaient les positions qu'ils devaient prendre dans la journée, ainsi que les directions qu'ils devaient suivre pour aller s'y établir afin de compléter l'investissement de la tête de pont de Wasserburg.
Les détachements qui avaient passé d'une brigade à l'autre, les jours précédents, durent rentrer dans leurs corps respectifs.
On prévint que le quartier général de la division serait à Ebersberg, ainsi que le parc et les équipages, et que le pain et la viande seraient distribués pour deux jours.
Le général Kniaziewicz m'annonça que sa troisième colonne l'avait rejoint. Dans l'après-midi, je me rendis à Edling pour connaître le résultat du mouvement que j'avais ordonné et, le soir, je fus à Ebersberg.
Je fis écrire au général Lahorie que la division était placée comme suit : la légion polonaise, en arrière de l'Achenbach, couvre Haag, ayant, sur la route de Wasserburg, une forte avantgarde qui pousse ses avant-postes le plus près possible de Wasserburg; le chef Laffon, établi à la hauteur d'Edling, couvre la chaussée de Wasserburg à Ebersberg, ayant ses avant-postes jus-
DECAEN INVESTIT WASSERBURG 153
qu'à Reifmehring; le général Debilly, en arrière de l'Attel, pousse en avant de cette rivière une avant-garde dont les avant-postes gardent tous les débouchés de Wasserburg et observent l'Inn depuis l'Attel jusqu'à la Rott; le général Durutte est établi à Tulling, sur la route de Wasserburg à Ebersberg, avec trois bataillons et quatre escadrons; l'avant-garde a poussé l'ennemi jusqu'au delà de Reitmehring, chaussée de Wasserburg à Ebersberg (ce village, à une lieue de Wasserburg, en est séparé par un bois peu profond, mais dont le débouché parait avantageux à l'ennemi qui nous a fait feu, sur ce point, avec trois pièces de canon) ; que j'étais dans l'intention de ne point forcer ce point et de ne rien tenter jusqu'à ce que je connusse les intentions du générai en chef à cet égard; qu'un paysan qui disait avoir été enfermé, pour les travaux de la tête de pont de Wasserburg, pendant six semaines, avait rapporté que les ouvrages étaient défendus par 3 000 hommes et 50 bouches à feu; qu'il avait vu passer, pendant la nuit du 12 au 13, 700 blessés venant de Haag et Mehring (1) pour entrer à Wasserburg; que je priais le général Lahorie, dans le cas où il y aurait un mouvement d'ordonné à la division, de donner directement des ordres au général Kniaziewicz établi de sa personne à Haag, afin qu'il se réunisse promptement à la division.
Il lui fut aussi annoncé que les troupes du général Montrichard, arrivées en position à Ebersberg à 11 heures du matin (2), y étaient encore à 10 heures du soir, l'heure à laquelle on écrivait cette lettre.
15 frimaire (6 décembre). — La division resta dans ses positions, excepté une partie de la légion polonaise qui revint de Haag à Ebersberg.
Une lettre du général Lahorie m'annonça :
Le général Lecourbe a achevé ses reconnaissances et compte être prêt pour le 17 à faire son passage, qu'il tentera au-dessus de Rosenheim.
La nécessité, pour lui, de laisser beaucoup de troupes depuis Feldkirch jusqu'à son point de passage a déterminé le général en chef à mettre à sa disposition, pour son premier mouvement, deux divisions du centre, la tienne
(1) Rechtmehring ou Frei mehring, à environ 5 kilomètres au S.-S.-O. de Haag.
(2) A midi, d'après une lettre de l'adjudant commandant Plaiizonne à Lahorie, Ebersberg, 14 frimaire, 10 heures du soir (A. H. G.).
et celle du général Grouchy. Ce dernier est en marche aujourd'hui pour arriver demain soir en avant de Zinneberg, passant par Ebersberg.
Tu mettras, de ton côté, ta division en marche de manière à arriver aussi, demain 16, au soir, sur la Glonn à Beiharting et Tuntenhausen ; mais il est nécessaire que tu continues à masquer par un détachement la tête de pont de Wasserburg. Je suppose qu'il te faudra laisser pour cela deux bataillons, trois escadrons et deux pièces. La connaissance que tu as du pays ne me permet pas de rien fixer à cet égard.
C'est avec regret que je vois la nécessité de morceler ainsi ta division, mon ami, Mais la longueur et la rapidité des marches des autres divisions ne permet pas de faire autrement ; au reste, tu juges bien que ce détachement ne tardera pas à te rejoindre.
Donne, je te prie, ordre de suite à une compagnie d'artillerie légère de ta division de partir pour Aibling, où elle sera à la disposition du général Lecourbe qui paraît avoir besoin de nombreuses batteries pour l'établissement de son pont.
La légion polonaise ayant deux marches à faire, j'ai cru utile, ainsi que me le demandait Plauzonne, de lui donner ordre directement de se mettre en marche aujourd'hui pour Ebersberg, où elle prendra tes ordres ultérieurs.
Bonjour, mon ami! Si l'opération du passage de l'Inn réussit, j'espère que notre campagne sera bientôt finie. Le général Moreau sera probablement encore aujourd'hui h Haag.
Je fis à cette lettre la réponse suivante :
Je viens de recevoir, mon cher Lahorie, ta lettre d'aujourd'hui. Mes reconnaissances sur la route de Wasserburg ont rapporté que l'ennemi paraissait avoir un assez bon nombre d'infanterie dans le bois en avant de la tête de pont; c'est sans doute pour protéger les abatis qu'il fait faire. Il a tiré le canon sur les reconnaissances qui se sont avancées sur la route d'Ebersberg.
J'ai cru, mon cher Lahorie, que, pour ne pas donner à l'ennemi l'idée d'un mouvement de troupes, il fallait laisser à l'observation des détachements des mêmes corps, et, comme le pays est très coupé, l'enceinte de la tète du pont assez étendue, et qu'il y a deux grands débouchés à observer, que trois bataillons seraient nécessaires pour cette observation. Je laisserai le général Debilly devant Wasserburg avec un bataillon de la légion polonaise, un bataillon de la 14e et un de la 100e avec deux pièces d'artillerie légère, un escadron du 6e de chasseurs, un du 17e dragons et 150 hussards ; au besoin, on pourrait disposer du bataillon de la 100e qui est établi entre la Rott et l'Attel.
Si je donne au général Lecourbe une compagnie d'artillerie légère, il ne me restera rien; mais je lui envoie, pour arriver demain de bonne heure à Aibling, quatre pièces de 8 et deux obusiers servis par l'artillerie à pied, ce qui, pour le but qu'il a à remplir, fera encore un meilleur effet.