‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 66 sur 184 · DECAEN CHARGE DE SOUTENIR LEGOURBE · texte numérisé non relu

DECAEN CHARGE DE SOUTENIR LEGOURBE

Je fis ensuite mander au général Debilly de prendre, au reçu de Tordre, le commandement des troupes qui devaient rester pour l'observation de la tête de pont de Wasserburg. Elles lui furent désignées ainsi qu'il est dit ci-dessus, et leur emplacement lui fut indiqué. Comme, d'après ces dispositions, les troupes de sa brigade non employées devant Wasserburg devaient suivre le mouvement du surplus de la division, on lui écrivit de [leur] donner des ordres de partir le lendemain à la pointe du jour, sous le commandement du clief Saint-Dizier, pour aller cantonner dans les villages aux environs de Beibarting où serait établi le quartier général de la division.

Il lui fut dit de faire, d'après sa reconnaissance des localités, telles dispositions qu'il jugerait nécessaires, tant pour l'observation de la tète de pont que pour repousser les attaques de l'ennemi ; cependant, si l'ennemi sortait avec des forces trop considérables, de ne point s'engager, mais de faire ce que les circonstances prescriraient de plus favorable.

J'écrivis au général Lecourbe pour le prévenir que j'envoyais, pour être à sa disposition, une batterie de quatre pièces de 8 et deux obusiers servis par une compagnie d'artillerie à pied.

Le cbef LafFon et le général Durutte reçurent l'ordre de partir le lendemain, à 8 beures du matin, pour aller cantonner à Tuntenbausen et Beibarting et autres villages qui leur furent désignés.

Il fut mandé au général Kniaziewicz que, si le général Lahorie avait omis, en lui donnant l'ordre de se rendre à Ebersberg, de le prévenir de laisser ses avant-postes devant Wasserburg, il fallait de suite faire reprendre ces postes et qu'il fallait qu'un des bataillons de la légion avec 150 ublans restassent sur le point qu'il occupait et fussent établis pour tenir l'observation devant la tête de pont de Wasserburg ; que le général Debilly leur donnerait des ordres, et que ce détacbement ne tarderait pas à le rejoindre; enfin, qu'aussitôt après les distributions faites à la légion à Ebersjberg, il devait en partir pour aller cantonner dans les villages ide Weiching, Holzen et autres, sur la route et en arrière de Beiharting.

Le général Debilly me rendit compte de la position de ses troupes devant Wasserburg, et que, sur sa droite, l'ennemi avait jeté une

trentaine de chevaux et quelques hommes d'infanterie qui s'étaient avancés tout près d'Ober-Rott; qu'on avait marché sur eux et qu'on les avait poursuivis sans pouvoir les atteindre ; mais que les postes qui, maintenant, observaient l'Inn du plus près possible empêcheraient de pareils passages.

16 frimaire (7 décembre). — Je partis d'Ebersberg pour me rendre à Beiharting, m'attendant à faire un mouvement le lendemain, de bonne heure, selon l'avis que devait me transmettre le général Lecourbe. Je fis donner des ordres pour que la division fût rassemblée en avant et en arrière de Beiharting à 7 heures du matin .

17 frimaire (8 décembre). — Ce ne fut qu'à midi que je reçus de ce général la lettre suivante :

Je vous préviens, citoyen général, que, demain, à la pointe du jour, j'effectue un passage de l'Inn, vis-à-vis Meubeuern. Votre division étant destinée à seconder mon corps, je pense que vous aurez des ordres de vo-us tenir prêt à suivre mon mouvement.

Mais je ne crois pas qu'il soit nécessaire que vous le suiviez sur Xeubeuern : je pense, après avoir balayé la rive droite, faire promptement réparer le pont de Rosenheim. Tenez- vous en mesure à cet effet.

Vous feriez bien, je pense, de faire tirer quelques coups de canon sur les camps ennemis, qui se trouvent vis-à-vis de Kobel et Thannoh existent des gués.

Je fis envoyer sur-le-champ une copie de cette lettre au général Lahorie, et lui fis écrire (1) qu'ayant compté de marcher sur Aibling, mes troupes avaient été rassemblées au point du jour, et que, d'après cette lettre, j'allais m'y diriger avec la division; qu'elle y serait formée de manière à pouvoir agir sur le point convenable, d'après les ordres que j'attendais du général en chef.

La division, mise de suite en marche, fut entièrement établie aux environs d'Aibling vers 4 heures de l'après-midi. L'avantgarde fut placée en avant de cet endroit, ayant sa droite à la

(1) Daos cette lettre, se trouvait le passage suivant : « ... Le général Lecourbe dit de tirer des coups de canon vis-à-vis Kobel et Thaun, et aucune carte n'indique ces points. D'un autre côté, il sera tard quand il [Decaen] arrivera sur l'Inn, le mouvement ne pouvant être plus prompt puisque ce n'est qu'à midi que le général Lecourbe lui a écrit » (Plauzonne à Lahorie, Beiharting, 17 frimaire, A. H. G.).

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chaussée de Rosenheim, et les autres brigades échelonnées en arrière et à peu de distance de ce corps.

Avant de partir de Beiharting, j'avais donné avis de ma marche et de la position que j'allais prendre au général Grouchy à Zinneberg. J'en reçus cette réponse :

Mon cher Decaen, le général Lecourbe m'a marqué de prendre position avec ma division, demain 18 à 9 heures du matin, à la croisée du chemin de Kufstein à Rosenheim. En conséquence, je me mets en mouvement, afin d'aller bivouaquer pendant quelques heures en arrière d' Aibling et me rendre ensuite au point indiqué. J'imagine que je recevrai de lui ou du général en chef de nouveaux ordres sur ce que j'aurai à faire pendant la journée de demain. Ce soir, vers 10 heures, je serai de ma personne à Aibling. Ainsi j'espère, mon ami, que j'aurai le plaisir de vous y embrasser. Nous nous concerterons, en outre, relativement à notre manière d'agir. Je vous embrasse bien amicalement et vous remercie de m'avoir instruit de votre position.

Le général Debilly, établi à Edling, m'écrivit :

Il y a eu quelques engagements de postes, ce matin, sur la ligne, à droite; ils ont été suscités par l'ennemi; mais ils n'ont pas eu de suites. Les vedettes ont fini par rester à leur emplacement.

La brigade du général Bonet vient, ce soir, de lier ses postes avec la légion polonaise. Les vivres manquent à la troupe et on ne m'annonce aucune distribution.

11 s'est fait toute la journée beaucoup de mouvements de troupes et voitures sur la droite de l'Inn, soit pour remonter, soit pour descendre la rivière. Ln bataillon, que l'on croit bavarois, est venu camper ce soir dans les bois en face de l'abbaye d'Attel ; il a avec lui une pièce de canon.

J'ai devant moi, en avant de Wasserburg, sur la chaussée d'Ebcrsberg, de l'infanterie et de la cavalerie wurtembergcoises. Les Polonais, du côté de Gars, ont devant eux des Szekler-hussards.

Le général Lahorie m'ayant fait dire verbalement, par l'officier d'état-major qui lui avait porté la copie de la lettre du général Lecourbe, que le général Grenier donnerait des ordres aux troupes que j'avais devant Wasserburg, et que, le lendemain, de bonne heure, le général en chef serait à Aibling, j'écrivis au général Debilly :

Vous rendrez compte directement au lieutenant général Grenier, établi à Haag, de ce qui pourrait vous arriver sur le point de Wasserburg où vous êtes en observation. Vous lui ferez part de votre établissement. Le chef de l'état-major prévient le général Grenier pour qu'il donne des

ordres afin qu'il soit pourvu à la subsistance de vos troupes, pendant qu'elles vont être partagées de la division.

18 frimaire (9 décembre). — N'ayant reçu, pendant la nuit et surtout le lendemain malin, ni ordres, ni avis du général Lecourbe, je n'en fus nullement surpris; car lors du passage du Danube, il avait agi de la même manière. Il avait la manie de ne pas vouloir être secondé, afin de se réserver à lui et à son corps d'armée la gloire du succès des entreprises dont il était cliargé. Mais le général Moreau, arrivé à Aibling, ayant été informé que le général Lecourbe avait effectué son passage sans obstacles à Neubeuern, nous donna l'ordre, au général Groucby et à moi, de marcher sur ce point avec nos divisions.

Vers midi, toutes les troupes du général Lecourbe étant passées sur la rive droite de l'Inn, ma division passa sur le pont de bateaux immédiatement après.

Deux bataillons de Kaunitz, deux de Bender, plusieurs corps d'émigrés sous les ordres du prince de Condé et du duc d'Enghien, les dragons de Munster, arrêtèrent pendant quelques beures l'avantgarde du général Montricbard.

La position de l'ennemi était avantageuse; le plateau était escarpé. Mais les troupes qui avaient passé l'Inn, étant arrivées successivement, repoussèrent bientôt l'ennemi et le suivirent au delà de la hauteur de Rosenbeim.

Les troupes de ma division n'eurent aucun engagement. Celles du général Lecourbe firent... (1).

Le général en chef me donna l'ordre de m'établir parallèlement à la cbaussée de Rosenbeim à Salzburg, la gauche vers Rosenbeim, la droite vers Stepbanskircben, poussant en avant du front de la division de forts détachements sur tous les débouchés qui conduisent sur Wasserburg.

Cette position, prise à la hâte, n'était que provisoire. La difficulté des chemins, la fréquence des défilés dans un pays montueux et marécageux qui, même, eût été impraticable sans la gelée,

(1) La phrase est inachevée. Peut-être Decaen voulait-il indiquer ici le nombre de prisonniers faits par Lecourbe. Celui-ci déclare n'avoir « pas perdu un seul homme pendant le passade « et avoir fait » de 500 à 600 prisonniers « (Lecourbe à Molitor, Rosenheim, 19 frimaire an IX, A. H. G.).

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n'avaient permis aux troupes que d'arriver fort tard aux points qui leur avaient été désignés; mon quartier général fut établi à Gehering.

19 frimaire (10 décembre). — Dès le matin, je rectifiai cette position en portant la division à la hauteur de Graben, sur la route de Rosenheim à Wasserburg; l'avant-garde fut placée en avant de Zaisering, et la réserve, à Gehering. De forts partis furent envoyés sur divers points.

Mon chef d'état-major ayant envoyé au général Lahorie le rapport indiquant les mouvements de la division le jour précédent, ainsi que les positions que ses troupes avaient successivement occupées, et demandé qu'un convoi de pain qui était resté sur la gauche de l'Inn fût dirigé sur la division lorsque le pont de Rosenheim serait rétabli, vers 2 heures après midi arriva la réponse ci-après, datée de Rosenheim.

Je vous renvoie, mon cher Plauzonne, le maréchal des logis qui ma remis votre rapport; il dirigera lui-même votre convoi de pain.

Aujourd'hui la division du général Richepance se porte sur la route de Wasserburg; le général Grouehy, à la croisée du chemin de Rosenheim à Wasserburg et Salzburg. Le général Lecourbe doit suivre le mouvement de l'ennemi sur Salzburg.

Comme la journée se passera à se former, le général Decaen se placera sur la route de Salzburg, à la gauche, ou plutôt en réserve du général Lecourbe; car je -suppose les mouvements de l'ennemi sur les routes de Wasserburg et de Salzburg.

Dans la supposition où, entre ces deux communications, il y aurait une position et une route qui vienne couper la route de Wasserburg à Salzburg, vers Obing par exemple, le général Decaen y jettera son avant-garde. 11 liera sa gauche avec le général Richepance, si la nature du pays le permet. Ce dernier doit marcher sur la route de Wasserburg aussi loin qu'il le pourra sans obstacle et sans se compromettre. Son mouvement, quand même il serait un peu décousu du reste de l'armée, ne peut présenter d'inconvénient. Je vous prie de mettre cette note sous les yeux: du général Decaen .

Je fis de suite mettre en marche la division, et je lui fis prendre position en arrière de Schwabering. L'avant-garde fut dirigée sur Halfing. Pendant sa route, elle devait rallier à Mùhldorf un parti commandé par le chef d'escadrons Montaulon, détaché dès le matin pour aller éclairer le pays et avoir des nouvelles.

Le général Lecourbe eut une division à Seebruck, la droite au lac de Chiem See.

Quand je fus arrivé à Schwabering, où le quartier général de la division fut établi, j'écrivis au cbef Laffon :

Je pense que votre jonction s'est effectuée et que vous avez établi vos troupes comme nous en sommes convenus.

Le chemin qui conduit de Mùhldorf sur Obing n'est guère praticable, d'après les renseignements que je me suis procurés; mais il existe une assez bonne communication passant par Halfing, Amerang et de là, à Frabertsham, où l'on trouve la grande chaussée qui conduit de Wasserburg à Salzburg. C'est sur ce point qu'il est intéressant de pousser un parti, le plus tôt possible, afin d'intercepter cette communication à l'ennemi.

Le chef Laffon m'informa que sa jonction s'était opérée à Mùhldorf avec Montaulon, et qu'il allait envoyer des postes ainsi que je le lui avais recommandé.

Mon chef d'état-major fit connaître au général Lahorie le placement de la division, et il lui fit part de ce qui avait été recom mandé au commandant de l'avant-garde, ainsi que des renseignements obtenus sur les meilleurs chemins pour arriver sur la chaussée de Salzburg.

20 frimaire (11 décembre). — Pendant la nuit, je reçus du général Lahorie la lettre ci-après, datée de Rosenheim, à 1 1 heures du soir :

Le général Richepance est arrivé ce soir jusqu'à Holzhausen sans rencontrer l'ennemi et il a ordre de se porter demain sur Wasserburg (il avait passé l'Inn à Rosenheim). L'intention du général en chef est que tu marches avec ta division sur Frabertsham. Il parait que tu préféreras de te diriger par Halfing et Amerang qui offrent une bonne communication ; ce sera en même temps un avantage pour le général Richepance dont tu te trouveras plus rapproché.

Si le général Richepance peut rétablir la communication de Wasserburg avec la rive gauche de l'Inn, il fera partir de suite pour te rejoindre toutes tes troupes de Wasserburg moins une compagnie d'infanterie française et le bataillon polonais qui y resteront jusqu'à l'arrivée du général Grenier qui a ordre de marcher de suite sur Wasserburg aussitôt qu'il pourra y passer la rivière.

Le général en chef me charge de te recommander de ne pas te commettre avec des forces supérieures si, contre toute apparence, l'ennemi se trouvait en forces trop considérables devant toi. Le général Richepance a ordre de jeter des partis jusque sur Frabertsham pour communiquer avec toi.

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