DECAEN ARRIVE A LAUFEN
continuer leur marche pour rejoindre les troupes qui s'avançaient vers Laufen.
Eu me rendant à la tête de la division pour la diriger suivant les circonstances, on m'apporta un rapport adressé au général Durutte par le commandant de son avant-garde, annonçant qu'il était allé, le soir, placer un poste au village de Schonram où se trouve la croisière des routes de Salzburg et de Laufen; qu'il y avait trouvé le détachement qui avait élé envoyé vers Salzburg pour avoir des nouvelles, et qu'il y avait aussi, dans ce village, un officier général avec un escadron du 9e de hussards, des troupes du général Lecourhe; que cet officier général était allé jusque devant Laufen ; qu'il y avait vu l'ennemi en force, tant en cavalerie qu'en infanterie, la cavalerie composée de dragons de La Tour et de hussards. Ce rapport énonçait, en outre, que les postes ennemis sur la route de Salzburg étaient à un demi-quart de lieue de Schonram; que l'officier général devait partir avec l'escadron pour rejoindre son corps d'armée; que des reconnaissances seraient envoyées, à la pointe du jour, sur les deux routes de Laufen et de Salzburg.
Lorsque je fus arrivé au village de Schonram, je me dirigeai, à la tête de la division, sur Laufen. Il était environ midi lorsque mon avant-garde arriva devant cette ville. J'avais déjà appris par le retour des patrouilles que le pont était coupé et que l'ennemi était sur la droile de Salzach.
Je désignai alors les positions que devaient occuper les troupes. J'en fis entrer dans Laufen. Je chargeai les généraux Durutte et Kniaziewicz de faire faire et de faire eux-mêmes des reconnaissances de la Salzach pour y chercher des endroits guéables ou quelques points de passage favorables.
Je fus moi-même reconnaître dans quel état était le pont et quelle était la position que l'ennemi occupait.
La perspective de réussir à faire passer la Salzach, m'étant offerte par un concours de circonstances favorables et inattendues, me fit prendre la résolution de tenler l'entreprise, qui fut couronnée du plus grand succès.
Cependant à tous les motifs qui me déterminèrent à cette opération, dont l'heureux résultat devait être du plus grand avantage pour l'armée et très glorieux pour les troupes de la division et
pour moi, j'opposais intérieurement qu'on ne m'avait ordonné que des reconnaissances et non un passage, et que, par conséquent, je m'exposais à de très sévères reproches si celte opération ne réussissait pas et surtout, s'il arrivait qu'un nombre d'hommes y fussent sacrifiés par un revers. Mais excité par ma confiance que, si un tel événement arrivait, le général Moreau ne m'en saurait pas mauvais gré, persuadé que j'avais voulu faire pour le mieux, alors je ne pensai plus qu'à faire tout ce qui était possible pour atteindre le but que je m'étais proposé.
Lorsque je pus me flatter que les troupes qui élaient passées sur l'autre rive de la Salzach pouvaient s'y maintenir, je chargeai l'adjudant commandant Guyot, qui avait vu tout ce qui s'était passé, de se rendre auprès du général en chef pour lui en rendre compte et pour lui dire qu'en attendant ses ordres, j'allais employer tous les moyens pour faire passer de nouvelles troupes de l'autre côté de la Salzach, et que j'allais faire travailler à la réparation du pont de Laufen.
En réponse à mon message, je reçus une lettre du général Lahorie, datée de Teiscndorf. 11 me mandait :
Guyot m'a appris ton heureux passage à Laufen, mon cher Decaen; je m'en réjouis pour l'armée dont cela couronne la campagne. Tu permettras bien aussi à mon amitié de trouver un plaisir particulier à ce que cette expédition soit ton ouvrage. 11 paraît que l'ennemi a fait bien des sottises et qu'il en fallait beaucoup de sa part pour réussir. Mais il ne faut plus songer aujourd'hui qu'au résultat.
On t'envoie douze pontons pour jeter un pont. Je suppose, d'un autre côté, que celui de Laufen sera rétabli demain matin.
Le général Richepance a ordre de marcher pour se mettre en ligne avec toi, ou, du moins, aussitôt le rétablissement du pont. La division Grouchy, moins son avant-garde, arrivera aussi demain à Laufen. Elle y sera avant 9 heures du matin, s'il est possible.
L'intention du général en chef est que tu prennes position en avant de Laufen, sur les principaux débouchés, aussitôt que tu pourras passer ta division. A l'arrivée du général Richepance, tu te resserreras sur ta droite.
Demain matin, le général Moreau ira de bonne heure à Laufen.
P. S. — Les pontonniers qui te conduisent un équipage de pont n'ont pas eu de pain du tout, aujourd'hui, ni aucune espt'ce de subsistance. On ne leur a même pas laissé le temps de se reposer. Je les recommande à ta sollicitude. Je crains que l'équipage de pontons n'arrive un peu tard. Fais tout le possible pour le rétablissement du pont de Laufen avant le jour Ecris-moi dès qu'il sera rétabli.