‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 78 sur 184 · BELLE REPONSE DE MOREAU · texte numérisé non relu

BELLE REPONSE DE MOREAU

nous étions aussi rapprochés de Vienne où nous avions la perspective d'arriver sous peu de jours, puisque le reste de l'armée autrichienne ne pouvait plus être un obstacle, et qu'il serait bien glorieux pour lui et pour son armée de faire cette conquête; que, déjà deux fois, on avait ainsi interrompu le cours de nos succès.

Le général Moreau me répondit : k Mais, Decaen, la conquête de la paix vaut encore mieux, et je suis persuadé que le prince Charles ne se serait pas autant avancé qu'il le fait dans cette circonstance s'il n'avait pas la certitude que l'empereur ne désavouera pas le motif de sa proposition. D'ailleurs, dans ce moment où l'armée du Rhin est déjà très avancée, je n'ai encore aucune nouvelle des opérations de l'armée d'Italie commandée par Brune, qui peut être encore sur le Mincio. J'ignore si celle des Grisons, commandée par Macdonald, a pu pénétrer dans le Tyrol ; celle d'Augereau n'est encore qu'à Wùrzburg. Ainsi, plus nous avancerons et plus nous nous engagerons sans appui dans les Etats de l'Autriche, et plus nous nous rapprocherons des forces qu'elle peut encore réunir et concentrer pour arrêter nos succès. Or, puisqu'ils veulent enfin la paix, il vaut beaucoup mieux en traiter au plus tôt que de les réduire au désespoir et nous exposer nous-mêmes aux chances de la guerre qui peuvent aussi nous devenir contraires. »

Auparavant que le général en chef eut reçu la lettre de l'archiduc, je l'avais informé que, depuis son premier rapport, Laffon m'avait mandé que la division Richepance n'était pas entrée à Kremsmùnster ; que l'ennemi l'occupait.

Le général en chef m'avait aussi indiqué le mouvement que ma division devait faire le lendemain, et j'avais, en conséquence, fait donner l'ordre à Laffon de se diriger sur Kremsmùnster et d'y forcer l'ennemi s'il n'opposait pas trop d'obstacle, ce qui était présumante, car la division Richepance devait aussi s'y diriger. Je lui fis mander, si cette division y était arrivée avant lui, de foire de suite un à gauche et de marcher sur Neuhofen où il recevrait de nouveaux ordres ; mais que, dans le cas où la division Richepance n'aurait pas encore pris poste à Kremsmùnster, il l'y attendrait, en observation, en éclairant particulièrement la route de Steyr; et qu'aussitôt qu'il apercevrait la tète de la division Richepance, il devait exécuter son mouvement sur Neuhofen. Il lui fut

recommandé de prendre des renseignements sur les communications, surtout sur celles qui partent sur l'Enns et au delà; qu'en faisant sa marche sur Neuhofen, il devait jeter un fort parti en infanterie et cavalerie à sa droite, qui se dirigerait sur la rivière d'Enns, en passant par Wolfern, Gleimk et Slein, sans se compromettre, et prendrait poste à ce dernier endroit, s'il était possible.

Il fut prévenu que la division marcherait de Leombach sur Neuhofen, si la communication le permettait, et de prendre des informations si, du village de Sipbachzell à Neuhofen, le chemin était passable, et de faire en sorte que, le lendemain à 7 heures, son rapport fût arrivé à Leombach .

Le général Lacour, qui était dans ce village avec sa brigade, eut Tordre d'en partir à 7 heures du matin, de marcher sur Xeuhofen et de forcer l'ennemi s'il le rencontrait. Il fut informé de l'ordre de marche du chef LafTon et que le surplus de la division serait aussi dirigé sur Neuhofen ; il lui fut aussi recommandé de prendre des renseignements sur les communications et d'en laisser une note à Leombach où j'arriverais de bonne heure.

Lorsque je quittai le général Moreau, il me dit qu'ayant chargé le général Lahorie de conférer avec le général-major comte de Grùnne, qui avait apporté la lettre de l'archiduc Charles, le mouvement qui avait été décidé pour ma division ne s'exécuterait pas jusqu'à nouvel ordre. Je fis donner avis de cette suspension au chef LafFon et aux généraux; mais, le lendemain matin, le général Lahorie m'écrivit :

Exécute, de suite, mon cher Decaen, le mouvement qui avait été arrêté hier pour ta division et que les circonstances avaient fait suspendre. L'intention du général en chef est qu'il se fasse sans retard et avec vigueur.

30 frimaire (21 décembre). — Aussitôt la réception de cet ordre, des officiers furent envoyés pour faire mettre toutes les troupes en marche et pour exécuter ce qui avait été ordonné.

En partant de Wels, je fus à Leombach où, d'après les renseignements que j'y trouvai sur les communications, la légion polonaise et la brigade Durutte furent dirigées sur Kremsmùnster, pour suivre ensuite les troupes de Laffon sur le chemin de Neuhofen, la brigade Durutte devant prendre sa position à Kematen.

Lorsque j'arrivai à Kremsmùnster vers les 4 heures de l'après-

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