‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 83 sur 184 · VISITE A LA SALINE DE HALLEIN · texte numérisé non relu

VISITE A LA SALINE DE HALLEIN

autour. Ou nous dit que, dans ces chambres, dont la partie basse était soigneusement glaisée pour empêcher les infiltrations, on introduisait, au moyen de pompes et de conduits, la quantité d'eau suffisante pour les remplir; que l'eau devait y séjourner au moins durant six semaines; que, pendant ce temps (égal à celui qu'il fallait pour remplir la chambre), cette eau dissolvait le sel, qui se détachait de la partie supérieure de celte chambre où il se trouvait mélangé d'une certaine quantité de terre. On voyait cependant une grande quantité de sel pur, mais divisé en fragments de diverses formes et grosseurs, et dont les couleurs variées, qui se trouvaient alors frappées de la lumière, produisaient un assez bel effet.

On nous dit aussi que, pendant que l'eau séjournait dans ces chambres, elle s'élevait en proportion de ce qu'elle détachait ellemême [de sel] de la partie supérieure, lequel, précipité au fond, contribuait à son élévation; enfin que, quand cette eau était suffisamment saturée, elle était, par des canaux, conduite aux chaudières dans lesquelles, après avoir bouilli pendant quelques heures, le sel se cristallisait.

Nous ressortimes de l'intérieur de cette mine par une galerie longue de plus de 800 toises, ouverte pour en faciliter l'exploitation.

Il avait fallu, nous dit-on, quarante années pour la rendre praticable et utile, puisqu'il n'y avait qu'un seul homme de front qui y travaillait pour la percer. Elle traverse une masse de marbre rouge; elle n'a que six pieds d'élévation et n'en a pas quatre de large. Elle a été percée en ligne droite, ce qui fait apercevoir bientôt le jour extérieur et ce qui cause une nouvelle surprise, car il ne produit que l'effet d'une étoile. La pente de cette galerie est bien ménagée dans toute sa longueur pour faciliter les transports de ce que l'on fait sortir de l'intérieur de la mine; et on y a seulement pratiqué quelques évasements ou gares pour faciliter le passage des mineurs qui vont et viennent dans cette galerie, avec des petites voitures dans la forme de celle qui nous avait transportés sur la montagne, mais très légères, traînées par un mineur et poussées par un autre. Nous nous plaçâmes plusieurs sur une de ces voitures et nous fûmes menés avec assez de célérité jusqu'à l'extérieur de la montagne dans l'intérieur de laquelle nous

étions entrés par le sommet pour descendre à au moins 600 pieds de profondeur.

Nous reprimes, à la sortie, nos chapeaux et nos armes qu'on y avait apportés et, après avoir quitté notre uniforme de mineurs, nous fûmes visiter le local où Ton cuisait le sel ainsi que toutes les dépendances de cet établissement; ensuite nous retournâmes à Salzburg.

18 pluviôse (7 février). — Le général Lahorie m'écrivit que l'intention du général en chef était que je donnasse ordre à la légion polonaise de partir sans délai pour Strasbourg pour y tenir garnison, etc., etc. Mais, d'après quelques observations que je fis, je ne donnai que le 21 l'ordre suivant :

La légion polonaise, selon les intentions du général en chef, devant être réunie à Strasbourg pour qu'il soit plus facilement pourvu à son entière organisation ainsi qu'à l'ensemble de son administration, elle partira de ses cantonnements en deux colonnes, le 25 et le 27 pluviôse. Elle sera dirigée sur Strasbourg par Braunau, Munich, Augsbourg, Ulm, Stockach et Villingen. La première colonne sera formée de la cavalerie, de la compagnie d'artillerie légère, dont tout le matériel restera à Wels jusqu'à nouvel ordre, et d'un bataillon de la légion. La deuxième colonne sera composée du surplus de la légion.

Chaque colonne aura ses logements, ses subsistances et voitures pour transport d'équipages aux lieux marqués dans la feuille de route jointe au présent.

A son départ, chaque colonne aura ses subsistances jusqu'à Braunau.

Un officier sera envoyé quarante-huit heures d'avance pour prévenir aux lieux de passage pour les logements, les subsistances, etc..

Le général Decaen, en témoignant toute sa satisfaction à la légion polonaise, lui annonce, de tout son cœur, que, s'il fallait encore combattre les ennemis de son pays, il la reverrait avec le plus grand plaisir faire partie de ses compagnons d'armes.

Il recommande au chef de chaque colonne de maintenir pendant la marche l'ordre, la discipline et le respect aux propriétés, devoirs qui doivent toujours être familiers aux corps distingués.

Le général Moreau ayant voulu visiter aussi la mine de sel de Berchtesgaden, exploitée d'une autre manière que celle de Hallein, je l'accompagnai. Nous y allâmes par la vallée de l'Alm.

Le lendemain de notre arrivée, nous fumes voir la mine. Nous y entrâmes sans le cérémonial de travestissement de mineur. Mais en arrivant au lieu d'exploitation qu'on avait illuminé, nous

Page 1