CHAPITRE XI
Decaen va voir Moreau à Salzburg. — Visite à la saline de Hallein. — La légion polonaise dirigée sur Strasbourg.. — Moreau et Decaen visitent la mine de sel de Berchtesgaden. — Une agréable surprise. — Une chasse au cerf sur le Kônigs See. — Comment s'était conclu le mariage de Moreau. — Un on-dil tendancieux, — Remarques blessantes de Moreau sur la famille du Premier Consul. — Un propos de la belle-mère de Moreau sur les Bonaparte. — Decaen retourne à Enns. — L'armée se prépare à rentrer en France. — On attend les ordres du gouvernement à ce sujet. — La division Decaen se dirige sur Munich. — Gratifications accordées aux généraux. — Durutte demande à rester à la division Decaen. — Demande peu délicate de l'Électeur de Bavière. — Sur les instances de Decaen, elle est rejetée par Moreau. — Laffon refuse le brevet de général de brigade pour conserver son régiment. — Les troupes françaises vont repasser ie Rhin. — Decaen à Ulm. — Il se dirige sur Strasbourg par Sigmaringen, Tuttlingen, Donaueschingen, Villingen et la vallée de la Kinzig. — Il va rendre compte à Moreau, dès s«m arrivée à Strasbourg, de l'exécution des ordres qu'il avait reçus.
Mois de pluviôse. — Pendant que j'étais à Munich, je reçus une lettre du général Lahorie, du 3 pluviôse. Il m'apprenait qu'on attendait, à Salzburg, pour le lendemain ou le surlendemain, un courrier venant de Lunéville, et que toutes les chances étaient à la paix. Quelques jours plus tard, il m'envoya une copie de la convention d'armistice entre les armées française et autrichienne en Italie, signée à Trévise, le 26 nivôse, par le comte de Hohenzollern, lieutenant général, et le baron deZach, d'une part, et par le général Marmont et le colonel Sébastiani, de l'autre.
Je reçus encore à Munich, du général Lahorie, [une lettre] du II. Il me disait que, deux jours avant, il m'avait envoyé le modeste armistice de Brune et que je verrais, par celui joint à sa lettre, que nos négociateurs avaient mieux jugé que les généraux Brune et Marmont la position de l'armée autrichienne en Italie, et que cela n'élait pas flatteur pour deux militaires conseillers d'État.
N'ayant pas retrouvé dans mes papiers cet armistice de Lunéville que je crois être les préliminaires de paix, je ne puis me ressouvenir de ce qui avait donné lieu à cette critique.
Peu de jours après la réception de cette lettre, quoique le géné- ». 14
rai Lahorie m'eût engagé à rester encore à Munich, puisque nous avions un nouvel armistice, je quittai cette ville pour aller à Salzburg voir le général Moreau.
Durant mon séjour, je raccompagnai dans la visite qu'il voulut faire à la saline de Hallein. Arrivés à Hallein, nous fûmes, de là, transportés sur la sommité de la montagne qui renferme la mine, montés sur une voiture traînée par deux chevaux et construite pour porter au moins une douzaine de personnes enfourchées et placées les unes derrière les autres.
Parvenus à l'ouverture de la mine, nous entrâmes dans un local destiné à des logements de mineurs et à d'autres usages. Là, on nous fit prendre des vêtements de mineurs par-dessus nos habits, leur coiffure et leur petit tablier de cuir; ensuite, nous descendîmes par des rampes successives jusqu'à une certaine profondeur, tenant à la main une bougie allumée que l'on nous avait remise à chacun à l'instant du départ.
Mais, pour arriver plus bas, un des mineurs qui nous guidaient s'asseyait, ayant sous lui son tablier, sur deux pièces de bois placées parallèlement à peu de distance lune de l'autre et disposées presque verticalement, et l'un de nous prenait sa place derrière ce mineur et s'appuyait sur lui à le toucher, puisqu'il fallait que les jambes dépassent le corps de celui qui le précédait. On se mettait ainsi cinq à six et même plus, les uns derrière les autres; le mineur s'avançait, en raison du nombre, pour laisser derrière lui la place suffisante pour ceux dont il était chargé d' [assurer"! la conduite.
Lorsque chacun de nous avait fait sa disposition, mis sous lui son tablier et fait passer sous son bras droit un cordage qui servait de conducteur, alors, le mineur, prévenu, abandonnait son point d'appui et, dans la minute, en glissant sur le derrière, nous nous trouvions avoir atteint le but. Cette manière singulière et non dangereuse de se précipiter ainsi à une grande profondeur, plus de cent pieds, nous amusa beaucoup et d'autant plus que, pour arriver aux galeries inférieures, nous eûmes à répéter trois fois ce nouvel exercice.
Une autre surprise aussi fort agréable, ce fut d'entrer dans des chambres spacieuses de forme ronde, ayant sept à huit pieds d'élévation, et de les trouver illuminées au moyen de lampions tout