‹ Mémoires et lettres du P. Timothée de La Flèche, évêque de Béryte, sur les affaires ecclésiastiques de son temps 1703-1730Chapitre 1 sur 46 · Cf. Diogr. nat. de Belgique. X. 105 et · texte numérisé non relu

Cf. Diogr. nat. de Belgique. X. 105 et

MKMUIKES ET LETTRES. 1

déjà de plusieurs années, sans cesse augmenté et publié à nouveau en 1693 sous le titre de Réflexions morales avec l'approbation de Tévêque de Chàlons, Vialart, mort en 1680. Ce livre pi'ouve que le feu du jansénisme couvait toujours sous la cendre. L'ouvrage du P. Quesnel est un brandon de discorde, et le Pape est obligé de le condamner par la constitution Unigenitns du 8 septembre 1713 (cf. Picot, Mémoires pour seri'ir à l'hist. ecclés., Paris, 1853, 4** édit.).

C'est à ce moment que s'ouvre la seconde période du jansénisme, et que se déroulent les divers événements suscités par les Appelants et les Nouçelles ecclésiastiques : la boîte à Perrette, les fantasmagories du cimetière Saint- Médard autour de la tombe du diacre Paris, l'établissement' de l'église d'Utreclit, le refus des sacrements approuvé par Benoît Xiy en 1756, et, pour finir, le synode convoqué par Ricci, évêque de Pistoie, la condamnation de cette assemblée par Pie VI et la bulle Auctorom fidei en 1794. Cette dernière exécution donna le coup de mort au jansénisme.

Cette erreur avait donc été enfantée par Baïus, produite au grand jour par Jansénius, réveillée et rajeunie par Quesnel. Le livre de ce dernier n'était rien à sa naissance. Il ne formait qu'un tout petit volume. Il fut bien accueilli à son apparition en 1671. En 1687, Hideux et du Pin le recommandent. En 1693, il forme quatre volumes, l'abbé du Guet Fa retouché de sa plume élégante, et l'évêque de Noailles alors à Chàlons l'asperge d'eau bénite '.

1. Dom Gevheron. Hist. générale, du Jansénisme, 3 \ol. in-I-2, 1703.

— Dumas. lUst. des cinq propositions, 3 in-12, 1702. — Lafitau. Ilist. delà conslitution Unigenitns, 2 iii-8°, 1737 et 1738. — Picol. Mémoires pour servir à l'hist. ecclés. duxxiii' siècle, 4 in-8°, Paris, 1853, 4' édit.

— Bibl. nat. de Paris, la série L^ d. — D. de Golonia. Dictionnaire des livres jansénistes, édit. du P. Patouillet, Hh-2, 4 in-12. — J. Rotii. La théologie de Port-Royal. Le Jansénisme, Montauban, 1885, in-8'>.

— Henrion. Hist. de l'Église, t. X et XI. — Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2134. — Parmi les livres nouveaux, je citerai la bulle l'nigenitus et la fin du jansénisme en Champagne, par Gilardoni, 1892, in-8 , — L'Oratoire et le Jansénisme, par le P. Ingold, Paris, 1887. in-8". — Les derniers jansénistes depuis la ruine de l'ort-Royat jnsi/u à itos

L'épiscopat français fut loin de partager tout entier lopinion de M^'' de Noailles. De là nouvelles divisions dans le clergé, chez les ordres religieux.

C'est ici que se placent les Mémoires du P. Timothée de la Flèche. Ils embrassent la période de 1703 à 1730.

Leur auteur est un contemporain. Il a pris part aux événements qu'il raconte, en a souvent été l'initiateur. Comme l'exposent les éditeurs de ses Mémoires en 1752, « il n'était pas sans mérite; il avait du zèle, de la piété, de la probité, des lumières, ce qui compensait quelque défaut de vivacité et peut-être d'ambition qu'on pourra apercevoir dans la suite de sa vie ».

Jacques Pescherard ' était le fils d'un apothicaire de la Flèche en Anjou. Si l'on s'en tient aux' différentes éditions toutes posthumes de ses écrits, il serait né en 1664. On le fait en effet mourir en 1744 à l'âge de quatre-vingts ans. C'est là une erreur. Jacques Pescherard naquit le 3 novembre 1660, d'après les tables des registres de la mairie de sa ville natale malheureusement perdus pour les années 1644 à 1672.

jours (1710-1870), par Léon Séché, Pari^*, 1891-1893, 3 vol. in-8". — Mention. Dociim. relatifs aux rapports du clergé avec la royauté aux XVII» et xviil' siècle, t. II (de 1705 à 1789). Paris, Picard, in-S". Voir enfin la récente publication de l'abbé Ingokl Rome et la France : la seconde phase du jansénisme, par D. Thuillier, Paris, 1902, in-8", xi-404 p. : c'est un extrait de l'Histoire de la Constitution dont la Bibliothèque nationale possède deux copies p. iV. 17731-17737 et 17738-17743.

1. Je rétablis l'orthographe de son nom d'après un registre de l'élal civil de la Flèche sur lequel M. l'abbé Calendinia bien voulu prendre (pielques notes pour moi. Gl.-Gab. Pocquet de Livonnière l'avait déià l'ait dans ses //ommes illustres (Bibl. Angers, nis. 10(i7, [). ('■ v cl p. G31 — et ms. 1068, p. 50). La profession de foi du P. Tiniolhée, lors de son élévation à l'épiscopat, est signée, à la Propagande : Timo-

thèus Pescherard, suivant ce qu'a bicMi voulu ui'écrirc m <avant

confrère le P. Edouard d'.Vlfiiceiii.

C'est assez probable qu'il appartenait à une nombreuse famille, car les mêmes registres contiennent les mentions suivantes : Emmanuel-Magdelor Pescherard, né le 3 janvier 1662, — François Pescherard, né le 16 juillet 1664, — René-François Pescherard, né le 16 juillet 1667. — Joseph- François Pescherard, né le 29 mai 1669, — Joseph Pescherard, né le 27 septembre 1670, sans que Ton puisse toutefois affirmer d'une manière absolue que tous ces enfants étaient fi'ères. Il est à noter que la relation de l'enterrement du P. Timothée lui donne aussi à sa mort l'âge de quatrevingts ans, alors qu'il en avait en réalité quatre-vingtquatre ^ .

Où fit-il ses études? On l'ignore. Peut-être à ce collège des bons Pères Jésuites dont le P. de Rochemonteix a écrit l'histoire.

En 1690, à l'âge de trente ans, par conséquent, il entre chez les Capucins de la province de Bretagne. Peu de temps après (1693-1694), il est professeur de théologie au couvent de Vannes -, et ce fait porte à croire qu'il était déjà prêtre avant de devenir religieux. Plus tard il est gardien à Vannes, à Château-Gontier ^. Dans cette dernière maison, il éprouva des difficultés de la part d'un de ses sujets, le P. Joseph d'Angers (des Ayrault). Ce dernier sortit même de l'Ordre, composa et fit imprimer une satire contre ses anciens confrères. Mais le P. Timothée agit si finement qu'il arriva à découvrir le factum et en détruisit toute l'édition.

Durant son passage à Bazouges, il agrandit l'enclos du couvent et ajouta une grande pièce de terre au jardin.

C'est pendant qu'il était gardien à Vannes (1703) qu'il fut appelé à la charge de secrétaire français du Procureur général de l'Ordre à Rome. Il arriva dans cette ville le 19 avril 1703. Lui-même nous racontera très candidement ses prouesses auprès du Souverain Pontife, son rôle dans la

1. Bull, de la soc. arch. de Xanles. 1. X (1870). p. :52-;l."i

i. Fondé en 1615.

:5. Fondi' à Bazmiges prés Ghàlenu-donlier on 16o'J-l61l.

iNTKoriurïiox. 5

condamnation du Quesnelisme, ses ambassades officieuses auprès de Louis XIV et de Clément XI, sa nomination à Tévéché de Béryte ' et à la coadjutorerie de l'église patriarcale de Babylone - où il n'alla du reste jamais, son rôle à Bourges et ailleurs jusqu'en 1730.

Ses contemporains étaient au fait de son influence et de ses agissements. Le ms. fr. 17748 de la Bibliothèque nationale de Paris renferme la copie de plusieurs de ses lettres écrites au cardinal de Rohan, et le Mémoire du cardinal de Bissy] qui a servi pour L'envoi du P. Thimothée à Rome. Les Archives du ministère des Affaires Etrangères, dans la correspondance de Torcy avec l'ambassadeur en cette ville, contiennent aussi maint détail intéressant.

L'abbé de Grécourt dans son Philotanus raconte le voyage et les efforts du capucin pour faire accepter en France la constitution Unigenitus. Voici le passage où le diable en personne fait l'aveu de son déguisement en P. Timothée!

C'en est donc fait, et la bulle est en forme! Ne croyez pas qu'ensuite je m'endorme : Car. ayant dit humblement g-cand merci Au bon Saint Père, à mes parents aussi, Dispos et gai, VUuigenit en poche.

Devers Paris à grands pas je m'approche. De nos coureurs je prends le casaquin.

Barbe, pieds nus. en un mot capucin.

Et me guidant en légère calèche, .le me nommai Timothé de la Flèche.

Au révérend vins faire pié de veau.

Puis sui'-le-champ me roniis dans sa peau^.

1. Cf. Bayle. Dictionnaire, v. Bim->|c. (, I, p. .-..jC. (cdil. de 1730).

•2. Bulle Romamis Pontife.r. l'.i mai ITl.'). Li' Bull, capuc. 1. I. p. 1.5.5, le'mentionne par faute typographique connue étant de 171'.»; Il indique lui-même comme source le registre de 171-5.

3. Philotanus, p. 220 et 221. Cf. id., p. 280 (Bibl. Maz. 2184'i. A). La note de la page 255 dit que ces six derniers vers ne sont pas dans l'édition de 1721 et ne sortent pas apparemment de la plume de Grécourt. Cf. Hauréau, Hisl. lilt. fia Moine, éd. Dumoulin, 1875, t. IX, p. 65-68. — Rev. (Je l'Anjou, 3" !^c^e, t. I\', p. 18".i. — Des-

Arrivé à Rome le 10 avril 1703, il y séjourna jusqu'au

7 mars 1713. jour où il partit pour la France. Comme envoyé extraordinaire il fut dépêché par le roi, le 30 janvier 1714, vers le Pape; il était à Rome dès le 15 février suivant et il s'en éloigna, celte fois pour toujours, le 14 juin 1715.

La fin de la vie du P. Timothée ne fut pas précisément très gaie. Il est ballotté au gré de sa mauvaise fortune. Il est d'abord à Vannes puis à Bourges en qualité de coadjuteur. Vers 1733, le curé de Saint-Hilaire note son séjour chez les Jésuites de Tours'. En novembre 1734, le 24, Clément XII lui accorde l'indulgence plénière et la bénédiction apostolique pour l'article de la mort'-. En 1742, de Versailles, le comte de Saint-Florentin par ordre du roi écrit à ^I. de Pontcarré de Viarme, le 12 juin, d'enjoindre à l'évêque de se retirer aux Capucins de Nantes. La réponse est du 19 juin 1742. Le 24 juin. Tordre est exécuté. Malgré son grand âge et ses infirmités, le Prélat a accompli le voyage. Dès le 17 octobre, il écrit au cardinal de Fleury et se plaint de son nouveau séjour -^ Moins de deux ans après, il était mort, comme en témoigne le billet suivant de ^I. du Rocher à M. de Viarme :

Nantes, l'i juin ITi^.

« Monseigneur, j'ai 1 honneur de vous informer que ^I. l'évêque de Béritte cy devant capucin sous le nom de P. Timothée de la -Flèche, ri'sidant par ordre du roy, du

portes. Bibliogr. du Maine, p. 429. — Monizey. Hist. de la Flèche et, de ses seigneurs. Paris, 1878, in-8", t. II, pp. 339 et 340. —Le ms. 710, loi. 91 de l'Université de Paris, donne de ce passage une explication absolument fantaisiste.

1. A. Buisard. Le jansénisme en Touraine [Bull, de (a soc. aicli. de Touraine, t. XIV, p. 37i).

■2. Bull., cap. v, 112. Fraternilali iuae.

3. Arch. dTlle-et-Vilalne. G. 232. Les indications tirées de ces archives m'ont été fournies par mon sympathique et savant confrère le R. P. René de Nantes.-

11 juin 1742, au couvent des Capucins [de la Fosse] de Nantes, y est mort jeudi dernier, 11" de ce mois, entre les 8 et 9 heures du soir. Je m'y transportai le lendemain à dessein d'aposer le scellé sur ses effets et d'en rapporter procès verbal pour vous l'envoier, attendu qu'il avoit une pension du Roy ; mais n'ayant trouvé dans sa chambre que la couchette où il est mort, un mauvais fauteuil, une table, une petite armoire où il n'y avoit rien, quelques livres de prédicateurs, partie en italien, partie en français, sept portraits dont un représente le Pape Clément XI, et les autres quelques cardinaux, je ne crus pas qiie la chose méritât la peine d'y aposer le scellé d'autant que le P. Gardien me déclara qu'il n'avoit laissé ny or ny argent que sa croix pectorale et son anneau et qu'il avait envoyé ses papiers, ses meilleurs livres et même jusqu'à son linge à Tours où il s'était toujours flatté de retourner...

[Signé] « DU Rocher' ».

On procéda à l'autopsie du défunt, et le cœur fut extrait pour être envoyé aux religieuses de Notre-Dame de la Cha rite de Tours, suivant le testament du Prélat. L'enterrement eut lieu le 13. Le corps fut d'abord porté à Saint-Nicolas dont M. Berlet de la Brivellerie était recteur; on revint ensuite au couvent célébrer le service''.

On connaît deux portraits du P. Timothée de la Flèche. Le plus récent et le moins bon est inséré dans les Cenni hiografici e ritratti di padri illnstri dell'Ordine Capuc, tom. I, Rome, 1850, m-^" (p. G4-67), par le P. Michel-Ange de Rossiglione. On lit au bas : Fr. Timotheus Flescien. Provin. Brit. a Clémente XI. P. M. Ecclesix Berit. in (j allia prœfectus et Ecclesiiv Patriar. Babilon. Adjutor electus ibique morte occubnit. Alex. Mochetti inv. Le Prè-

Page 1