Evêque de Saint-Malo
mauvais esprits pour décrier ceux qui savent s'opposer à à leurs pernicieuses maximes.,.
Mém. dit P. Tim., éd. 1774, p. 163-166.
LE P. TIMOTHEE A CLEMENT XI
Paris, 9 janvier 1714.
...Le cardinal de Noailles continue à faire de Tobstruction. Lui seul est cause que l'on ne commença pas le 8 janvier le rapport de la commission, comme il avait été arrêté. Il a gardé l'instruction pastorale et bien qu'il confesse qu'elle est bonne, il ne laisse pas de la retenir. Le cardinal de Rohan et l'évêque de Meaux en sont piqués au vif. Ils en ont fait des remontrances à l'archevêque de Paris. Le roi, à leur prière, a accordé un dernier délai de huit jours au cardinal de Noailles pour se prononcer. « Ce nouveau délai sera absolument le dernier. MM. de Rohan et de Meaux m'en ont assuré. C'est ce qu'ils m'ont chargé d'écrire aujourd'hui. C'est un simple récit de ce que j'ai appris d'eux que je vous fais de leur part. Votre Sainteté voit que je ne lui cache rien. Il est aussi de la dernière conséquence que rien ne lui échappe et qu'elle soit pleinement informée de tant de délais, et qu'elle sache que ce nouveau retardement ne vient ni de la part du Roi ni de celle des Prélats assemblés, puisque de près de cinquante qu'ils sont aujourd'hui, excepté le cardinal de Noailles et quatre ou cinq autres qui lui sont dévoués, tous sont disposés à souscrire avec une acceptation pure et simple de vos sacrées décisions. Ces quatre ou cinq, surtout M. le cardinal de Noailles, voudraient une clause à l'acceptation ou une explication de votre censure portée contre le livre de Quesnel, ou au moins un extrait du rapport des commissaires qui fît voir ce qui les a enfin obligés de se rendre. Ils ont fait de nouvelles instan-
DE L'EVKQUE DE HÉHYTE. 107
ces pour qu'on leur accordât une de ces choses, mais c'est à quoi on ne donnera jamais les mains... »
(Le cardinal de Rohan a fait toucher du doigt au cardinal de Noailles que des propositions condamnées dans le livres des Réflexions, il n'y en a pas une qui ne mérite d'être condamnée. Mais quïl revienne ou non la semaine prochaine, on mettra fin à tout.)
Résumé ici d'oprès les Mcm. du P. Tim., éd. 1774, p. 166-169. La date donnée est : le 29 de l'an ill'i. Lo vrai texte doit être : 9 janvier 1714.
LE P. TJMOTHEE A CLEMENT XI
Pai-is, ce IG janvier 1714.
Ce fut hier enfin que tous nos évêques s'assemblèrent chez M. le cardinal de Noailles dans la grande salle de son archevêché vers les deux heures et demie. M. le cardinal de Rohan y commença le rapport de la commission. Les séances de cette célèbre assemblée doivent continuer tous les jours. Quand le rapport sera fini, on commencera à opiner. Si M. le cardinal de Noailles qui préside à cette assemblée se détermine à se rendre aux fortes raisons qui lui ont été et lui doivent être encore apportées de l'obligation où l'on est de faire une acceptation pure et simple de votre bulle, il n'y aura qu'une opinion sur cela, tous nos illustres Prélats n'auront qu'un même sentiment, et cette grande affaire finira comme Votre Sainteté et notre pieux Monarque le peuvent désirer, avec toutes les marques de la plus parfaite soumission aux décisions du Saint-Siège. Mais quoique le Roi se soit fait entendre tant de fois pour qu'on fasse paraître dans l'Kgliso de France cette humble déférence aux oracles du Vicaire de Jésus-Christ, jusqu'à ce moment il n'a pas été possible de vaincre l'opiniâtreté
de ce Seigneur. 11 paraît toujours le même, cest-à-dire mal disposé à se rendre à son devoir. 11 continue de mettre tout en usage pour empêcher quon ne finisse si tôt, et pour obtenir de nouveaux délais. Rien ne le peut engager à se désister de ses premières demandes... 11 se fait un point d'honneur de traverser les bonnes et justes dispositions où sont presque tous les autres membres de l'assemblée de donner une preuve authentique de leur respectueux attachement à la chaire de Saint Pierre. S'il n'était dans ses dispositions, il n'y a nul doute que tout se terminât avec la plus grande unanimité; mais comme il peut y influer plus que tout autre en qualité de président de l'assemblée comme cardinal et archevêque de la première métropole du royaume, il est fort à craindre qu'il occasionne, par son entêtement à empêcher une acceptation pure et simple, une diversité d'avis lorsqu'il faudra opiner, et par conséquent beaucoup de troubles.
Quelques Prélats qui épousent à l'aveugle ses sentiments, sont très instruits qu'il n'est pas déterminé à plier, et pour lui faire leur cour font déjà assez entendre que sa conduite sera la règle de la leur. 11 a représenté à ces Prélats qu'ils doivent bien prendre garde de mollir, que leur jugement doit êlre uni à celui du Pape pour faire loi dans l'Eglise; et que si cette fois on ne tient bon sur cet article, c'en sera fait du pouvoir des évêques ; leur autorité tombera tout à fait, et Home qui depuis tant de siècles ne pense qu'à empiéter sur les droits de l'épiscopat, ne manquera pas de se prévaloir de la docilité qu'on exige d'eux... Le premier qui doit opiner est M. l'archevêque de Tours. Comme on le , connaît fort important, on travaille à le rendre plus traitable. Le Roi même, informé de son procédé, lui fait parler fortement. MM. de Rohan et de Meaux sont cesse à lui représenter les suites fâcheuses que peuvent avoir ses discours, et qu'enfin il s'expose à encourir l'indignation de Votre Sainteté et celle de son Prince. Déjà en effet le parti janséniste s'applaudit d'avoir un archevêque de ce poids, uni à M. de Paris ; il se flatte que la Constitution sera re-
DE I;EVEQIE de BERYTE. 1G9
jetée, OU si on l'accepte, son acceptation pour n'être pas unanime n'aura point de force. Les évêques déjà livrés au cardinal, sont M. de Tours [d'IIervaux], de Laon [de Clermont], de Langres [Clermont-Tonnerre]. Boulogne [de l'Angle], Auxerre [de Caylus] et Châlons-sur-]Marnef Gaston de Noaillesj, le frère de Son Éminence. MM. de Rohan et de Meaux croient qu'il y a encore lieu d'espérer, aussi bien que notre grand Roi. Ils sont attentifs aux intérêts de l'Eglise et ne souffriront jamais que rien précède l'acceptation de la bulle qui puisse tant soit peu donner atteinte à l'autorité du Saint- Siège et affaiblir la force des décisions apostoliques. Deux lignes, dans l'acte qui la renfermera, seront à peu près les termes* du Clergé de France dans la lettre qu'il écrivit au grand Pape saint Léon, et les mêmes dont il se servit dans son acceptation de la bulle donnée en 16.55 contre le livre de Jansenius qui furent fort du goût du Pontife dont elle était émanée. Je n'en ai été instruit qu'après que le projet a été dressé et proposé pour l'ai^ceptation. Je n'ai pu en informer plus tôt Votre Sainteté. Au reste si M. de Noailles avec sa petite séquelle demeurent opiniâtres dans le parti qu'ils ont pris, votre bulle n'en aura pas moins de force, puisque plus de quarante l'auront unanimement acceptée, et il ne lui restera et à ses adhérents que la confusion de s'être distingués par de si mauvais endroits et le cliao-rin d'avoir encouru Tindig-nation du Vicaire de Jésus- Christ et de leur Prince. Fasse le Ciel que nos espérances n'aient pas été mal fondées. Il est bon, puisque j'ai nommé ceux qui paraissent peu disposés à se soumettre, que je fasse aussi savoir ceux qui font éclater davantage leur zèle pour le Saint-Siège. Les six commissaires sont de ce nombre. On peut mettre à la tête des autres INI. l'archevêque de Rouen [d'Aubigné]. d'Aix [Vintimille du Luc|. Toulouse [de Beauvau], les évêques de Coutances [de Loménie], d'Evreux [Le Normand], d'Orléans [Fleuriau|, d'Amiens [Sabatier], de Beauvais [de Beauvilliersj, de Toul [Blouet de Camilly]. Lorsque j'aurai l'honneur de me revoir à vos pieds, je vous ferai mieux connaître ce qu'ils font pour le soutien de la
bonne cause K Je souhaiterais fort que ce moment heureux fût déjà arrivé; mais c'est une consolation que je prévois être encore éloignée, et la rigueur de la saison ne me permettra guère de me mettre en route avant la fin de mars. M. de Meaux vient de me dire qu'il n'y a aucun changement; qu'il n'était pas possible de rien gagner sur l'esprit de M. le cardinal de Noailles, non plus que sur celui de M. l'archevêque de Tours, et qu'il fallait s'attendre à quelque chose de fâcheux de leur part dans la délibération que l'on était prêt de prendre. Les MM. de Verdun [de Béthune] et de Senez [Soanen] sont arrivés depuis deux jours à Paris où on les a fait venir exprès pour augmenter le nombre des Prélats contraires à l'acceptation. On a encore quelque espérance de faire revenir MM. de Langres et d'Auxerre. Cela afflige à l'excès nos bons Prélats, ils en craignent quelque suite funeste ; ils vont cependant faire de nouveaux efforts pour les ramener. C'est ce que M. de Meaux désire que j'ajoute à ma lettre dont je lui ai fait la lecture, et que je supplie Votre Sainteté de dissimuler ses sentiments à l'égard de ces Prélats, jusqu'à ce qu'elle soit instruite de tout ce qui va se passer,
Mém. du P. Tim., éd. 1774, p. 169-174. Cf. A. Le Roy. La France et Rome, p. 505.
LE P. TIMOTHEE A CLEMENT XI
Paris, ïli janvier 1714.
Le rapport de MM. les commissaires commencé le 15 de
1. D'après une statistique de l'époque, on rangeait en 1718 les 123 Prélats de France en acceplans (39), en appelans (25), en refusans d'accepter il) et en tolérans (52). Par ses derniers on désignait ceux qui avaient déjà accepté et ne voulaient ])lus reparler de celte affaire. Fond. fr. 13918, fol. 39.
ce mois continuei'a jusqu'à qu'il soit Uni, après quoi on opinera; mais comme il est fort long, le cardinal de Rohan qui le fait en qualité de chef de la commission, après avoir parlé le lundi deux grosses heures et le mercredi une heure et demie avec beaucoup d'éloquence et de vigueur, se trouva très fatigué et fut obligé de se reposer. Le lundi les séances reprirent. Il continua son rapport et il parla encore plus de deux heures, et ne pouvant encore finir pour être épuisé, et aussi pour l'avantage de la bonne cause, la conclusion du rapport a été remise à aujourd'hui. Son Eminence compte de la finir en trois quarts d'heure, après quoi elle opinera au nom des cinq autres commissaires qui lui sont toujours étroitement unis et n'ont pas d'autres sentiments que les siens. Mais ce sera à M. l'archevêque de Tours à parler comme le plus ancien de l'assemblée et à dire son sentiment, et puis les autres ëvêques. Plût au Ciel qu'ils fussent tous aussi bien disposés que les commissaires. Ils pourront terminer dès aujourd'hui d'une manière très avantageuse à la religion, très glorieuse à Votre Sainteté et très honorable au Clergé de France. Environ quarante Prélats sont des mieux intentionnés, et dans une heure de temps ils pourront donner leur avis qui n'est pas différent de celui des commissaires... Mais il s'en trouve quelques-uns qui jusqu'à ce jour ont refusé de se rendre aux saintes et pressantes raisons qui leur ont été apportées pour les réduire à une parfaite unanimité. Leur nombre est à présent de dix, savoir M. l'archevêque de Tours. MM. les évêques de Chàlons-sur-Marne, de Laon, de \erdun, d'Auxerre, de Boulogne, de Bayonne, Senez et S. Malo, (Desmaretz) arrivés depuis peu de jours, et M. le cardinal de Noailles à leur tête. Ainsi quoique leur nombre soit fort inférieur à celui des Prélats bien intentionnés, il est toutefois fort à craindre que cette assemblée ne se termine pas aussi pacifiquement qu'on l'avait espéré.
11 faut communiquer à Votre Sainteté ce qui s'est passé depuis huit jours, et jusqu'à quel point les Prélats mal intentionnés se sont oubliés pour venir à bout de rompre
Tassembltie. Le 12 de ce mois, le cardinal de Noailles assembla secrètement chez lui sur le soir ce petit nombre de Prélats. Après s'y être longtemps entretenus des moyens de rompre l'assemblée, ils prirent le parti de s'en aller et de faire signifier aux autres Prélats une protestation en bonne et due forme devant notaire, contre ce qu'ils pourraient délibérer. F^lle fut dressée. Ils délibérèrent en même temps d'écrire une lettre au Roi, signée de tous, pour l'informer des raisons de leur retraite. Elle fut faite et signée sur le champ par les mêmes qui venaient de signer la protestation. Je n'ai pu encore avoir copie ni de l'un ni de l'autre pour l'envoyer à Votre Sainteté comme je l'eusse désiré, mais je sais de MM. de Rohan et de Meaux ce qu'elle contient. Voici le précis : ne pouvant se rendre en conscience aux sentiments de la plupart des évêques qui composent l'assemblée, pour les raisons exprimées dans leur déclaration qu'ils doivent incessamment faire signifier, ils croyaient qu'il était plus convenable de se retirer de l'assemblée, afin d'obvier aux fâcheuses suites que pourraient avoir les altercations qu'ils prévoyaient y devoir naître lorsqu'ils viendraient à opiner. Sur quoi ils suppliaient Sa Majesté de ne pas désapprouver qu'ils n'y paraissent plus. Après avoir écrit au Roi et fait dresser leur déclaration, ils délibérèrent ainsi pour mieux arriver à leur fin et se mettre hors d'état de recevoir quelque ordre du Roi capable de les empêcher de partir pour leur diocèse. Il fut arrêté entr'eux de tenir un profond secret sur ce qu'ils venaient de faire, et de ne faire rendre leur lettre à Sa Majesté que le lundi, jour assigné pour que tous s'assemblassent au palais archiépiscopal pour écouter le rapport de la commission et donner commencement à la conclusion de l'assemblée. Ils arrêtèrent aussi qu'au même jour et à peu près à la même heure, ils feraient signifier leur déclaration aux évêques dont ils voulaient se séparer. Après quoi tout prêts à partir ils se mettraient sans délai en marche pour se rendre dans leur diocèse, et M. le cardinal de Noailles dans sa maison de campagne. Tel fut le résultat de ce conventicule. Ces me-
sures prises, le Seigneur qui veille pour la gloire et le bien de son église, permet que des résolutions si préjudiciables à l'un et à l'autre demeurent sans effet. On ne croit pas encore devoir produire la copie ; je ne désespère pourtant pas de l'avoir avant le retour du courrier, non plus que la lettre du Roi et la déclaration ou protestation, et de vous les envoyer.
Ils restèrent bien confus lorsque le cardinal de Noailles les appela chez lui à la maison de campagne, où il s'était retiré, pour leur dire que la mine était éventée et leur projet avorté par la connaissance qu'on en avait donnée au Roi avant que leur lettre lui eût été remise, et pour leur faire part de celle qu'il venait de recevoir de M. Voisin. Sur quoi ils furent obligés de se retirer chacun chez soi, voyant bien qu'ils ne pouvaient plus exécuter leur dessein, sans encourir la disgrâce du Roi qui voulut mettre tout en usage pour les faire revenir de leur entêtement... Le cardinal de Noailles a répondu : « i'^ les actes qui leur ont été communiqués dans l'assemblée ne sont nullement conformes ni à la doctrine, ni à la discipline de l'F^glise, et ils sont fort contraires aux maximes du royaume; 2° les commissaires ont caché plusieurs choses essentielles qui l'auraient pu mettre en état d'opiner et de délibérer, ce qui les oblige de p.rier Sa Sainteté d'agréer ce projet dont il accompagne la lettre qu'il a faite avec ses adhérents pour l'acceptation de la bulle », Dès que le Roi eut reçu cette lettre avec le projet, il le fît aussitôt communiquer à M. le cardinal de Rohan qui fut incontinent en faire part aux autres commissaires dont ils furent tous très surpris. Sans perdre de temps ils signèrent : 1° que rien ne lui avait été caché de ce qui les avait occupés depuis le commencement de leur commission, que tout jusqu'aux moindres circonstances de leur travail lui avait été remis par écrit pour qu'après l'avoir examiné, il put dire ce qu'il en pensait; 2"qu'il ne pourrait objecter, et encore moins prouver, que leurs actes ne se trouvaient pas conformes à la saine doctrine, ni avantageux à l'I^glise, et fussent contraires aux maximes du royaume; 3" que son
projet n'était pas recevable, puisque celte instruction serait regardée comme le motif qui l'aurait fait accepter. M. le cardinal de Rohan envoya cela au Roi avec copie du projet qu'il avait dressé avec les autres commissaires pour l'acceptation, et que quarante évêques des plus zélés et des plus savants, des plus intègres, et prêts à faire tout ce que le maintien de la saine doctrine et la paix de l'Eglise pourrait inspirer à de véritables successeurs des apôtres étaient près de signer. Ce que Sa Majesté ayant reçu et fait examiner, elle fit savoir à M. le cardinal de Noailles que son projet n'était pas recevable et qu'il ne cherchait qu'à surprendre et à en imposer, à lui et aux bons évêques. M. le cardinal de Noailles, pour faire savoir combien il était pénétré de ce que le Roi lui faisait répondre et du renversement de ses desseins, n'eut pas plutôt entendu la lecture du projet 'des évêques attachés au Saint-Siège pour l'acceptation, qu'il déclara hautement que ni lui ni ses adhérents n'y souscriraient jamais. On a eu beau lui faire sentir le trouble qu'il allait causer dans l'Eglise, il y parut insensible. C'est un schisme qu'on appréhende, et un soulèvement presque général dans le royaume, car hélas, que ne font pas ceux qui font gloire d'être tout dévoués à Son Eminence et de favoriser son parti pour l'y exciter, comme font les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur V Tous les Pères de l'Oratoire, presque tous les moines de Citeaux, les chanoines réguliers, les dominicains, et grand nombre de mauvais religieux de dilïerents Ordres, avec ce qu'il y a presque de prêtres séculiers, semblent ne s'appliquer à autre chose qu'à révolter les fidèles contre les sacrés oracles et les plus solennelles décisions de l'Eglise, et à leur inspirer le dernier mépris pour le Saint-Siège. Dieu sait jusqu'à quel point leurs manèges leur ont déjà réussi, soit dans Paris, soit dans la plus grande partie des autres villes, surtout parmi les femmes. Voilà ce qui fait trembler tous les vrais enfants de l'Eglise. Non, il n'y a point de malheur que cette cabale ne soit capable de causer si un grand cardinal et l'archevêque de la capitale du royaume, d'une maison
illustre, revêtu des apparences d'un très saint ecclésiastique, n'en était pas le chef... »
(M. d'Hprvaux va d'hôtel en hôtel solliciter les Prélats de tenir ferme dans le refus d'une acceptation pure et simple.
« Je dois ce soir me trouver chez M. le cardinal de Ro-
han. Ce matin aussi bien que hier soir. Son Eminence M. de Meaux, l'archevêque de Rouen et quelques autres des plus zélés se sont donné bien du mouvement pour faire revenir quelqu'un à l'unité. La séance d'aujourd'hui, de laquelle dépend le bon ou mauvais succès de cette grande affaire, sera peut-être plus favorable. Fasse le Ciel qu'ils aient réussi dans ses nouvelles tentatives, et que j'aie quelque chose de plus consolant pour -Votre Sainteté à ajouter à ma lettre. Je suis obligé depuis six jours de ne faire qu'aller et venir pour m'instruire de tout. Je fus hier quatre grosses heures enfermé avec M. de Rohan. 11 a eu la bonté, après tout ce qui s'était passé, de me lire une partie de son rapport '. Oh! que j'aurais de joie 'qu'il l'eût lu sous vos yeux! Rien de plus savant, déplus pathétique et de plus avantageux à la saine doctrine, et de plus favorable au Saint-Siège. Rien n'est plus capable de confondre le parti des novateurs, s'il était tant soit peu disposé à chercher et à connaître la vérité. S'il l'envoie à Votre Sainteté, elle en sera charmée et verra la profonde érudition et le grand travail de ce digne cardinal... Si le Pape éprouve de la douleur de la conduite du cardinal de Noailles, il n'a qu'à se réjouir de la majorité des évêquesi...
Il est vrai qu'ils sont le jouet de tous ceux qui donnent dans l'erreur ou qui la favorisent. On ne voit que pasquinades, satires, libelles contre eux; mais c'est de quoi ils se mettent peu en peine. J'arrive de chez M. de Rohan où j'ai vu M. l'évêque de Meaux; ils m'ont chai-gé d'ajouter
1. L'insiructiiin pastorale proposée par les comiiiissuires au\ prélats qui composent i'asseuiblée du clergé au sujet do la Conslitulion, lut datée du 1'" lévrier ITl'i. Elle est à la bibllolliéque de l'Arsenal, m s. 2858, fol. 151.
que dans la séance qui se tint liier, il Unit son rapport ol opina de la manière qu'il devait opiner pour lui et pour les autres commissaires. Après quoi M. de Tours opina, mais seulement sur la forme de Tacceplation. et non sur la matière de la bulle. Demain on opinera sur les deux. Ils croient que jeudi au plus tard tout sera terminé. Les choses sont toujours dans le même état, tout au plus il y aura dix Prélats protestants qui, toujours opiniâtres dans le parti qu'ils ont pris, refusent de se rendre et de souscrire aucune acceptation pure et simple de la bulle. M. de Rohan et MM. l'archevêque de Rouen et évêque de Meaux ayant fort à cœur que Votre Sainteté soit informée de tout ce qui sest passé, ont jeté les yeux sur moi pour l'en instruire incessamment. Hier au soir M. de Rohan écrivit au Roi et lui proposa ce qu'on jugeait expédient pour que Votre Sainteté soit informée. Si Sa ^lajesté entre dans leur idée, il y a apparence que je partirai sur la fin de cette semaine pour me rendre en toute diligence à Rome, ce qui me procurerait bien plus tôt que je ne le pensais, la consolation de me revoir aux pieds de Votre Sainteté.
Méin. du P. 7'ini., '{•(!. 177 t. p. 174-183. Cf. A. I^e Roy. La France et Boni, pp. 491 et 512.
LE P. TIMOTHÉE AU MAUQUIS DE ÏORCY
Rome, 21 févriei" ITl'i.
Monseigneur, pour mieux et plus promptement seconder les intentions du roy et celle de votre Grandeur, j'ai fait toute la diligence possible pour me rendre à Rome, car malgré la rigueur delà saison et les chemins impraticables de la Savoye et du Piémont, tous remplis de neige ou de glace où j'ai passé, mayant été dit à Lyon que je serais longtemps à Marseille à attendre un embarquement, je
nr: i;i':vkqi'e de p.érytf.. ir:
n'ay mis que seize jours et demi dans mon voyage... .le la trouvai [Sa Sainteté] dans une parfaite santé. J'en fus reçu d'une manière très affable et toute paternelle. Elle me marqua être très aise de me revoir, et d'apprendre de moy le détail de tout ce qui s'est passé dans l'assemblée de notre clergé de France, touchant l'acceptation de sa constitution. Je le luy donnay autant exact et fidèle qu'il peutluy être donné et je m'appliquay surtout à luy faire peser et bien connoitre le grand zèle que notre grand et religieux monarque a fait paraître pendant tout ce temps là... Sa Sainteté m'en parut pleinement convaincue... Sa Sainteté, Monseigneur, paraît très contente de l'acceptation qu'ont fait jNI^"'^ les quarante évêques de sa constitution, et elle le fera savoir en temps et lieu. Je luy ay fait espérer qu'elle aurait en peu la nouvelle que M^"" le cardinal de Noailles et les huit autres qui avec Son Eminence avaient suspendu leurs avis auraient concouru à luy donnef une entière consolation et que tout le clergé de France ferait voir en cette rencontre une parfaite uniformité de sentimens, et combien les décisions du vicaire de Jésus-Christ lui étoient vénérables. La piété de cette Eminence qui lui est si fort connue, fait qu'elle s'en flatte. Quoi qu'il en soit, si Son Eminence persistoit avec M»" ses adhérents dans ses sentimens particuliers, et qu'elle et eux luy donnassent lieu d'être mécontant de leur conduite, elle est bien résolue de ne rien faire pour en marquer sa peine que de concert avec le roy. C'est l'assurance qu'elle m'a donnée et réitérée dans les deux longues audiences que j'ai déjà eu l'honneur d'en avoir... J'auray soin. Monseigneur, de continuera vous informer de tout ce qui se passera icy... P. Timothée de la Flèche, définiteur général des capucins.
Arch. du min. des AtT. Etrangères à Paris. Cori-. de Rome, n-^ 535, fol. 283. Duplicata. Cité par Le Roy, p. 551.
MKMUinES F.T l.F.TTHr.S. 12