CORRESPONDANCE DU CARDINAL DE ROHAN ET DU P. TIMOTHEE
Les textes qui suivent sont tous extraits du f. fr. 17748 :
Fol. 80. Le P. T. au C. de R. 21 février 1714. Il envoie sa lettre par deux courriers. On lui avait donné un chiffre, mais il ne s'en sert pas, les voies étant sûres. Il a dit au Pape de la part de Torcy et de Rohan : 1" de faire connaître à toute l'Eglise qu'il était très content de l'acceptation des 40, et de leur attachement pour le Saint-Siège; 2" de dissimuler son ressentiment contre le C. de Noailles. Le Pape a tout promis.
Le Pape ajouta : 1" que le premier article de l'acceptation des 40, était en quelque façon très injurieux au Saint- Siège, puisque de dire qu'on a reconnu dans la bulle la foi de l'Eglise, c'est simplement reconnaître que le Pape n'y avait inséré ni erreur ni hérésie. 2° Il ne trouvait point dans la forme d'acceptation les termes d'obéissance et d'exécution. 3" Il y avait une grande différence entre ce que les 53 évèques des Gaules écrivaient à S. Léon et ce que disent les 40...
Sur ce que le P. Timothée avança qu'il y avait lieu d'espérer que le C. de Noailles changerait, Sa Sainteté n'en voulut rien croire. Elle est outrée du procédé du C. de N. et elle est bien résolue, s'il persiste dans son opiniâtreté, de lui donner des marques de son ressentiment. Mais elle agira toujours de concert avec le Roi.
Fol. 84 v->. Le P. ï. au C. de R., Rome, 27 février 1714. Le Pape « est irrité à l'excès contre le C. de Noailles à qui il impute la faute des 8 autres évèques » : il sait » bon gré à son nonce de n'avoir pas voulu se charger de la lettre de ces neuf prélats ». Le Pape est toujours dans l'inquiétude au sujet de l'instruction pastorale. Il craint quo
la complaisance, le désir ou l'espérance de ramener le C. de N. n'engage le C. de Rohan à céder un peu.
Fol. 90 v°. Le même au même, 6 mars 1714. Le C. de la Trémoille ne lui accorde plus sa confiance. L'amitié du C. de la T. avec le C. de Noailles en est la cause '. Le Père a eu audience du Pape qui n'est pas satisfait de la lettre des 41 prélats. Il est allé ensuite chez le C. Fabroni et le C. Gualterio pour aider à mettre fin à cette affaire. La veille, 5 mars, il a eu une nouvelle audience de cinq quarts d'heure et a cherché à apaiser le Pape en faveur des prélats français. Le C. Paulucci est dans les meilleures intentions du monde.
Fol. 93, 2o. Le C. de R. au P. T. Versailles, 12 mars 1714. Il le remercie de ses agissements en faveur des évêques français et du C. de Noailles, on attend des marques authentiques de la satisfaction du S. -Siège. Il est nécessaire qu'elles viennent promptement. Le roi est content du P. Timolhée.
1. Dans un mémoire sur le Pape et les cardinaux, on lit à propos du G. de la Trémoille : « Une de ses peines, qui ne l'est pas moins pour tous ceux qui ont l'honneur de servir le Roi à Rome, vient de l'indiscrétion do quelques subalternes qui sont en ce pays-là. Au lieu de se borner aux services qu'on leur demande, ils font les petits ambassadeurs, montrent à tout le monde les lettres qu'ils reçoivent, parlent contre leurs supérieurs et les discréditent pour se faire valoir. On juge qu'il serait à propos de ranger au devoir ces sortes de gens et les obliger à une plus grande modération ». Arch. Aff. Étrang. Gorr. Rome, n° 536. Premier mémoire. — « M. le Cardinal de la Trémoille n'est pas content de la conduite du P. Timothée de la Flèche comme de celle du P. Daubenton. Aussi ce sont deux caractères d'esprit fort différent. Tous deux ont un fort grand accès auprès du Pape, obtenant des audiences autant c[u'ils en demandent. Le Saint l^ère semble quelquefois ne leur parler pas de la même manière. Il s'est expliqué différemment à ces deux personnes sur le Concile national. » Journal de Targjvj, 18 février 1715, p. 9. — « Je sais ce que faisait ici et ce que faisait en France un certain Père Timothée qui est aujourd'hui coadjuteur de Babylone. Plusieurs choses passaient par ses mains, sans que j'en fusse informé. « Le Cardinal de la Trémoille au maréchal d'Huxelles, Rome, 10 décembre 1715. Arch. des Aff. Étr., corr. de Rome, n" 550, f. 2'i9.
Fol. 95 v°. Le 'P. T. au C. de R. Rome, 15 et 16 mars 1714. Le Pape Ta fait appeler hier pour lui lire le bref et le porter ensuite au C. de la Trémoille. Celui-ci veut qu'on ajoute quelque louange à l'adresse des 41 évêques. Le Pape y consent le lendemain. Le P. T. écrit au P. Le Tellier une lettre en chiffre.
Fol. 97 V. Le P. T. au C. de R. 20 mars 1714. Il est rentré dans la confiance du C. de la Trémoille. Le Pape n'est pas content et veut que les évêques de France se soumettent plus franchement. Le Saint-Père conte ses secrets à tout venant. Le P. T. voudrait nétre point mêlé à ces affaires et ne pas se trouver à Rome. Le Pape est trop changeant'. Sans les instances du cardinal de Rohan, le Pape eut fait éclater son ressentiment et donné de terribles marques de son zèle pour l'autorité romaine.
Fol. 114 v^ Le P. T. à R. Rome, 4 avril 1714. Le Pape est content du C. de R. Le Pape a condamné le mandement du C. de Noailles, mais sans le déclarer nul et abusif quoiqu'on l'en pressât. L'homme de confiance du P. Timothée, c'est le P. Daubenton. 11 le consulte en tout. Il a engagé le Pape à user de douceur envers le C. de Noailles.
Fol. 121 r°. Le P. T. à R., Rome, 11 avril 1714. Le
1. Torcy à la Trémoille, li mai ITl'i... « Je ne suis pas surpris que la Cour de Rome n'ait pas si bien réussy à son esgard [au P. Timothée], et je crois que si tous ceux qui désirent icy avec tant d'empressement de plaire à cette cour faisoient la mesme course que le P. Timothée, ils pourroient après quelque séjour estre aussy dégoûtez que luy de la reconnoissanee des Romains et de la liberté qu'ils se donnent de relever les ridicules qu'on prend soin d'exposer à leurs yeux dans tout leur jour. » Arch. des Aff. Étr., Corr. de Rome, n. 536, f. 277.
2. Voir aux Arch. Aff. P^trang., Corr. Rome, n. r/il, loi. I;i7, le bref du 26 mars 1714 Redolens schisma condamnant la lettre pastorale du C. de Noailles. Le bref Ex litieris vestris, adressé le 17 mars 1714 au C. de Rohan et à l'assemblée du clergé, est aux mêmes archives, Corr. Rome, n. 536, fol. 56 et 97 (imprimé). Le bref Pastornlein solUcitudinem à Louis XIV, 8 mars précédent, e.st dans la même Corr, Rome, n" 541, fol. 148.
Pape trouve linstruction pastorale de rassemblée fort belle, mais ce n'est pas l'usage d'approuver ces sortes décrits.
Fol. 127 v°. Le P. T. à R., 18 avril 1714. Vendredi dernier il a eu audience du Pape. Le Saint-Père doute toujours delà sincérité de l'accommodement du C. de Noailles.
Fol. 132 V". Le P. T. à R., 25 avril. Les mandements des évêques de Boulogne et de Verdun font bien voir au Pape qu'il n'y a rien à espérer de bon.
Fol. 146. Le P. T. à R., 16 mai. Le Pape a fait appeler le P. Timothée. On l'avait alarmé sur son décret contre les mandements de Paris et Tours. On faisait courir le bruit que le roi en était mécontent. Le P. Timothée a rassuré le Saint-Père '. Ce dernier désire que M. de Bissy et le P. Le Tellier lui suggèrent une ligne de conduite si le C. de Noailles s'opiniàtre toujours. Le Pape est décidé à citer le cardinal à Rome et à le décardinaliser. Il ne veut pas qu'on lui permette de rien faire contre l'autorité romaine et il engage le roi à refuser tout délai au cardinal.
Fol. 16<J. Le P. T. à R., 10 juillet 1714. Le Pape retirera son chapeau de cardinal à l'archevêque de Paris si ce dernier ne rétracte son mandement et n'accepte pas la constitution Unigenitus.
Fol. 190 V. Le C. de R. au P. T., 8 août 1714. 11 est difficile de contenter tout le monde. Le Pape devrait voir que l'on cherche à être conciliant ef à procurer la paix. Trop d'intérêts sont engagés en celte affaire.
Fol. 192. Le P. T. au C. de R., Rome, 14 août 1714. Il a eu hier une audience d'une heure et demie. Le Pape déplore que le C. de Polignac engage le roi à laisser des
1. « .le ne scay si la condamnation du mandement de M' le Gard, de Noailles par un décret du St Office contribuera à le r'emmener au sentiment de M" les evesques de l'assemblée. J'ay vu une lettre de M. le card. de Rohan du dernier ordinaire entre les mains du P. Timothée, par laquelle il sembloit qu'il ne désespéroit pas de cette réunion. » Le; C*^ de la Trémoille à Torcy. Arch. du min. des Aff. Étr. Corr. de Rome, n° 536, fol. 178.
délais au C. de Noailles. Il est content de l'arrêt du conseil contre le mandement de lévêque de Metz.