LE P. TI.MOTHEE AU CARDINAL DE NOAILLES
Rome, 13 avril 171ô.
Il l'engage à accepter la Constitution et à « vouloir bien avoir la bonté de s'abstenir de certains termes que Votre Eminence sait bien ne pouvoir que déplaire au Pape... 11 serait à souhaiter, si Votre Eminence le jugeait à propos, qu'elle voulut bien avoir la bonté de faire 'couler dans son mandement et dans son instruction les termes les plus obligeants pour le Pape »...
Bihl. Nat., f. fr. 69 i9, fol. 357-362. Copie. Cette lettre est sans nom de signataire "...
LE P. TLMOTHÉE A CLEMENT XI
Paris, 29 juillet 171,=..
Très Saint Père, comme je sais que M. Massei rend compte exact à Votre Sainteté de tout ce qui regarde sa commission et des affaires fâcheuses qui divisent aujourd'hui le clergé de France, je me borne à lui dire qu'il paraît très surprenant qu'il n'arrive aucun courrier extraordinaire
1, A rapprocher une curieuse lettre de Massillon au cardinal de Rohan où il déclare avoir poussé le C. de Xoailles dans la voie de l'acceptation. 1', fr, 17748, fol. 196, Le P, Le Tellier dans le? mêmes temps42 août 1715) traitait d'hydre l'archevêque de Paris. Arch. .\tf. Etrang. Corr, Rome, n" 518, fol. 198.
de Rome, et qu'on est toujours dans la même attente du consentement de Votre Sainteté pour un concile national, et de la bulle qui lui a été demandée pour citer M. le cardinal de Noailles et ses adhérents, comme étant formellement in realu. Ces délais à accorder l'un et l'autre continuent à fournir bien des inquiétudes, et le bruit se répand dans Paris et dans tout le royaume, que vous êtes du sentiment qu'on laisse le cardinal publier son mandement tel qu'on vous Ta fait connaître ; et quelque fâché que vous soyez d'un pareil ouvrage, il vous ferait beaucoup moins de peine qu'un concile national et l'expédition de la bulle. Si le bruit est faux comme je le crois, Votre Sainteté voit de quelle conséquence il serait de le détruire au plutôt, et de faire 'sentir au sieur Philopald qui écrit positivement : « J'ai lu et vu la lettre », que ce sont là vos sentimens et combien vous êtes indigné de la liberté qu'il se donne de vous faire ainsi parler. Pendant que j'ai été à Rome, quelque chose qu'on m'ait dit de cet homme pour me faire entendre qu'il était tout dévoué au cardinal de Noailles, je ne l'ai pu croire jusqu'à que je sois revenu en France. A peine ai-je été de retour, que j'ai été pleinement informé de ses manèges ; il est à Rome l'agent de M. le cardinal et de tous ceux qui n'ont d'autre vue que de le tirer d^afïaire, fût-ce au préjudice de la religion et du Saint-Siège. C!est à lui qu'on attribue la lettre écrite à un cardinal qui s'était répandue dans Rome avant que j'en fusse sorti. Si Votre Sainteté a quelque mesure à prendre sur cela, j'espère qu'elle le fera sans me commettre. J'ai ici des personnes qui ne se cachent pas du chagrin que leur y cause ma présence. M. le cardinal de Polignac est à leur tête, et se déchaîne partout depuis plus de huit mois contre moi, ce que j'avais toujours ignoré. Le motif qu'il prétend en avoir, est que je suis seul la cause qu'il a encouru votre disgrâce. Votre Sainteté en sait la vérité, et si ce n'est pas elle-même, par ses relations qui lui venaient de tous côtés de sa conduite, qui fut le premier à m'en faire part, et comme aussi je mis tout en usage pour le justifier dans son esprit, et pour l'engager à suspendre son jugement. Je crois bien
que si ce seigneur me peut faire sentir son animositë, il le fera. Il s'est vanté qu'il en cherche toutes les occasions. Je dois m'y attendre; mais quelque chose qui puisse m'arriver, rien ne peut être capable de diminuer tant soit peu ma profonde vénération, mon parfait dévouement pour le Saint- Siège, trop heureux si je pouvais souffrir quelque chose pour le soutien de son autorité, et en être la victime. Le cardinal de Polignac si fort animé contre moi, ne paraît pas moins l'être contre M. votre nonce, quoiqu'il ne lui ait pas plus donné sujet à se plaindre. 11 n'en use guère mieux envers MM. de Rohan et de Bissy. Je ne l'ai pas encore vu, parce qu'il est toujours à Marly avec la cour ; mais dès que je le saurai à Paris, je ne laisserai pas de le faire solliciter d'agréer que je lui aille rendre mes devoirs, comme j'ai eu l'honneur de les rendre à M. le cardinal de Noailles par le conseil de MM. de Rohan etde Bissy. Peu après son arrivée, je me présentai à son audience, j'en fus très-gracieusement reçu; et comme son Eminence me marqua désirer d'avoir en particulier un plus long entretien le jour qu'elle m'a désigné, je ne manquerai pas de faire à Votre Sainteté le détail de ce qui se sera passé dans cette nouvelle entrevue. Je serai toujours attentif à ce que je pourrai dire... M. Massei en use de même, on ne peut faire paraître plus de prudence, ses manières gracieuses et toutes spirituelles lui attirent l'estime et la considération de tous, et je puis dire sans flatterie que plus on le pratique, plus on lui accorde l'un et l'autre. J'en suis charmé, je voudrais pouvoir y répondre, contribuer davantage à sa consolation. Je sens qu'il a peine à se prévaloir de la liberté que Voire Sainteté lui a donnée de passer ici quelques mois de plus qu'il n'avait projeté... MM. de Rohan et de Bissy, M. le Chancelier, M. d'Argenson et le P. Le Tellier sont toujours attentifs aux intérêts de la Ijonne cause, et à prendre de justes mesures pour tout finir à votre satisfaction et à celle de notre grand monarque... C'est toujours leurs sentiments que sans un concile national, on ne finira [)oint, et je n'ai plus lieu d<i douter qu'on ne soit dans la résolution de le tenir. Certainement Votre Sainteté
en envoyant la bulle qu'on lui demande pour obliger les évêques rebelles à s'y soumettre, ne courrait aucun risqur, car de la manière dont on s'y prend, tout se passerait fort tranquillement, au lieu que s'il se tient sans ses légats, et sans qu'elle y ait donné les mains, il y a tout à craindre. On est très bien intentionné, et on pourvoira à tout, mais on attend pour cela votre bulle, j'ose vous le représenter, et vous supplier de me pardonner tant de liberté...
Mém. du P. Tim., éd. 1774, p. 174-186. A. Le Roy. La Franco et Rome, p. 472, cite un passage relatif à l'avocat général Chauvelin, d'après Arch. Vat. Francia, Giansenismo, 2258, passage qui ne se trouve pas dans l'édition de 1774.
LE P. TIMOTHÉE A CLEMENT XI
Paris, le 5 août 1715.
La conversation que j'eus vendredi dernier avec M. le cardinal de Noailles dura plus de deux heures. Elle ne roula que sur des choses vagues, sans qu'il y ait un seul mot sur les différends qu'il a occasionnés, ce dont je n'ai pas été peu surpris. MM. de Rohan et de Bissy ne l'ont pas été moins. Ils jugeaient comme moi que Son Eminence n'avait si fort désiré que j'eusse l'honneur de l'entretenir à loisir, que pour entrer en matière, ce qui ne nous confirme que trop qu'elle a pris son parti et ne veut nullemeni revenir...
(Le bruit se répand que le Pape songerait à la célébration d'un concile national, présidé par les légats du Saint-Siège. On parle dune déclaration du roi pour en ôter la présidence au cardinal de Noailles.)
...Votre silence dans des conjonctures si importantes et où il y a periculum evidens in mora augmente la peine du roi... Il y a huit jours qu'il se tint un conseil extraordinaire des gens du roi en présence de sa majesté. On en parle dif-
PE L'EVÊQUE DE BÉUVTE. ]m
féremment et on présume avec assez de fondement que c'a été au sujet des malheurs dont la religion est menacée eu France, et qui paraissent incurables si on attend plus longtemps à les prévenir...
... Nous sommes fort affligés de la mort de M. de Chauvelin, avocat général du Parlement, arrivée il y a quinze jours, c'est une vraie perte pour la religion; son zèle pour la soutenir et son alliance et son étroite amitié avec M. de Bissy l'avaient si fort attaché au Saint-Siège qu'on le regardait dans Paris comme un des principaux appuis... La petite vérole l'a enlevé à l'âge de trente-deux ans en six jours '. Toute la cour et tout Paris le pleurent. Si quelque magistrat peut nous consoler d'une mort si prématurée, c'est M. d'Argenson, tant il est aussi dévoué au maintien de la religion, et de la soumission due au Vicaire de Jésus-Christ... Votre Sainteté pourra lui donner quelques marques particulières de son estime. L'occasion de le faire se présente en la personne de M. l'archevêque d'Embrun son frère. J'eus l'honneur de vous en parler avant mon départ de Home, et dans les deux premières lettres que j'ai pris la liberté de vous écrire. On fait à Rome quelque difficulté pour l'expédition de ses bulles, on veut les lui faire payer comme in pat/ia obedientice . Quoiqu'Embrun soit in patria reducta^ de temps immémorial le premier enfant mâle de nos rois prend le titre d'Embrun; il est vrai que M. Genlis -, dernier archevêque, paya les bulles comme in patria obedientiee; mais on doit considérer qu'avant qu'il fût nommé à l'archevêché d'Embrun, il avait eu des différends avec la cour de Rome, comme il a continué d'en avoir pendant qu'il a vécu ; et comme il était informé qu'on avait annoncé à la Cour de France plusieurs mémoires contre sa conduite depuis qu'il y eût été nommé, dans la crainte que le Roi révoquât sa nomination, et que les affaires qu'il avait eues à Rome ne donnassent lieu au refus de