Cf. Picot, Mémoires, éclil. de 1853, l. IV, p. 'iV.t
INTRODUCTION. Il
Tour a eu entre les mains ce second tonie (si jamais ce tome a été imprimé, ce dont je doute fort), ou du moins le texte qui devait en fournir la matière. Que sont devenus ces manuscrits, ces originaux, ces lettres? A ces questions impossible de fournir une réponse satisfaisante.
Il est tout à fait digne de remarque en effet que, malgré nos recherches à Paris, à Tours, à Nantes et à Vannes, nous n'avons pu rien retrouver.
D'autre part, les lettres publiées en 1774 concordent absolument avec ce que nous savons de l'histoire, et malgré les bizarreries d'humeur de l'abbé montalbanais, il n'y a pas lieu, je pense, de l'accuser crûment de supercherie, Bien avant lui ces lettres étaient connues : l'édition de 1752 les annonce et l'auteur des Anecdotes (t. I, p. 171) y fait allusion. Au témoignage du R"''' P. Louis- Antoine de Porrentruy qui a bien voulu nous en assurer, le Vatican possède plusieurs de ces lettres. J'en ai retrouvé moi-même un bon nombre en d'autres dépôts, publics. L'une est égarée jusque dans une collection particulière à Calais (16 avril 1715). L'auteur y parle de l'authenticité de reliques de saint Justin le Philosophe que l'on croyait à Calais alors que le corps de ce martyr était chez les Capucins de Rome * . L^n mémoire du même, daté de juillet 1719, mais en réalité de juillet 1714, au sujet d'un diacre d'Orléans, Pierre Moret, se trouve à Paris (iVrch. Nat. L. 392, fol. 350 v" Extr. des Letlere de Principi du Vatican).
Un historien singulier, M. Albert Le Roy {La France et Rome de 1700 à 1115. Paris, 1892, p. 446), écrit à ce propos : « Les originaux des lettres du P. Timothée actuellement invisibles sont à la bibliothèque du Vatican. Nous en avons copie tirée en 1812 à l'hôtel Soubise. » J'ai recherché aux Archives Nationales dans la série L les cartons susceptibles
I. Bibl. Iranoiscaine, ms. 138'i. Voir encore aux Arch. des Ad'. Élrang. corr. Rome, n. 546, fol. 5'i, une lettre autographe. Le P. Timothée envoie le 5 mars i7ir» à Torcy, par Landais, (résoiier général de l'artillerie, les sermons iuipriniés du cardinal C'assini.
de posséder ces copies. Rien ne m'a permis d'affirmer l'exactitude du renseignement de Le Roy.
On retrouvera plus loin, entières ou résumées, ces lettres du P. Timothée. L'abbé de la Tour, hélas! était bien négligent dans la correction de ses livres. C'est à tel point que j'ai dû me permettre plus d'une fois tel ou tel redressement nécessaire. Plusieurs, inédites, seront intercalées à leur rang chronologique.
Une dernière édition des Mémoires, dénuée de critique comme les précédentes, se trouve dans les Œuvres complètes de la Tour, t. IV (1855, col. 857-985), collection de M igné.
Pour terminer la question de 1 évêque de Béryte, il me reste à dire un mot — le plus brièvement possible — de l'étrange livre La France et Rome de 1100 ci 1115, par Albert Le Roy, publié en 1892 chez Perrin. L'auteur y parle du P. Timothée et de son rôle en termes sévères. Ce capucin français « qu'aucune besogne n'effrayait pourvu qu'on la payât de son prix » était capable de bassesses (p. 300), vaniteux (p. 302 et 307); c'était un instrument docile aux mains d'un plus profond politique, véritable moteur de la machine pontificale : le cardinal Fabroni i p. 307] ; doué d'une vanité puérile, il avait un empressement ridicule à faire parade de ses visites au Vatican (p. 553). Il est au fond de toutes les intrigues, barbotant dans la vase diplomatique (p. 628), il fait l'important et le fâcheux (p. 783); il est mi-partie Tartufe et mi-partie Glorieux (p. 674).
Tels sont les éloges décernés au P. Timothée de la Flèche par Albert Le Roy.
Quel poids leur accorder? Un bien faible. Leur auteur est animé d'un esprit de gallicanisme qui l'aveugle. Il ne comprend rien aux questions de la grâce et du jansénisme; s il lui plaît de se moquer du capucin qui voyage en chaise
de poste, il n'a pas l'air de se douter de la raison qui fait sembler étrange cet événement. Et ne traite-t-ilpas quelque part l'office de saint Grégoire VII de « glorification scandaleuse de l'omnipotence pontificale et symbole de l'asservissement des trônes au pape-roi en attendant le pape infaillible, le pape Dieu » (p. 527).
Quand on se permet une pareille phraséologie, on risque fort de se discréditer. Aussi je crois qu'aucun homme sérieux ne ratifiera les jugements de M. Albert Le Roy, théologien nul, et historien très partial.
Les Mémoires du P. Timothée ne constituent pas sans doute la perfection du genre. Leur auteur a dramatisé à l'occasion les événements ; les ayant relatés sur le tard de sa vie et de souvenir, c'est possible qu'il ait mis dans la forme de son récit quelque rhétorique. Peut-être n'aimera-t-on pas le voir se mettre soi-même si souvent en scène. Le fond du livre, néanmoins, est vrai, et ce qui se dégage de la lecture des lettres comme* des mémoires, c'est l'impression que produit la vue d'une âme droite, simple et sans ambition. Le document est du reste là. Qu'on le lise et qu'on juge.
La lecture de ces pages montrera, nous l'espérons, que le P. Timothée ne manquait pas de charme et de philosophie. 11 était d'un caractère assez indépendant. L'écrivain tourne généralement ' bien le français, il y met de la bonhomie, il rend son récit curieux et captivant, comme le remarquait naguère un charmant écrivain, B. de Lacombe, dans le Correspondant'-. Ses mémoires, ses lettres montreront qu'en cette affaire — n'en déplaise à M. A. Gazier — les Jésuites furent loin d'encourir toute la responsabilité des événements, et permettront peut-être d'ajouter un chapitre à l'histoire du jansénisme, histoire impartiale qui reste encore à écrire ■"'.
1. Je dis généralement, car il a des phi'ases qui n'en llnissonl iuumI. mais qu'on n'a pas cru devoir redresser.