DEPUIS SON ARRIVÉE A ROME [1703] JUSQU'AU BREF DE CLÉMENT XI EN
J'étais professeur de Théologie dans le Couvent des Capucins de Vannes en Bretagne, lorsque le très révérend Père Catastini \ notre Général, y vint faire sa visite. Il était accompagné du P. Cassini-, alors Définiteur général dé
l.Le P. Bernardin Catastini d'Arezzo, en Étrurie, général de 1691 à 1702. Il était en France en 1G93-1094. Les mémoires écrivent à tort son nom Ciilaslini.
2. Le P. François-:\Iarie Cassini d'Arezzo, définiteur général en KiOH, 1702 et 1709, cardinal le 18 mai 1712, mort en 1719. Cf. Bibl. vapiir. de Bernard de Bologne, 1747, p. 104. — Nourelles ecclésiastiques, ('^\. de Paris, 1728, p. 86. Les Anecdotes ou mémoires secrets de ViUefore disent de lui : « Sous l'habit de capucin, Cassini n'avait pas laissé de se rendre éloquent, adroit et même de devenir politique. Il avait une piété réglée, sans être austère, mais beaucoup d'éloignement pour la doctrine et pour les maximes de France. Depuis son élévation il faisait un bon usage de ses revenus, qu'il employait chrétiennement et noblement ; quelque mérite néanmoins qu'il eût, il n'était estimé dans Rome que des demi-savanl> cl du \iilgaire. » T édil., IL, 16,
Tordre, et depuis Cardinal. Une thèse soutenue avec succès par mes écoliers, me fit faire connaissance avec le P. Cassini, et m'acquit son estime ; il fut depuis mon protecteur et mon ami particulier. De retour à Rome, où il fut successivement prédicateur des Papes Innocent Xll et Clément XI, il ne m'oublia pas. La place de secrétaire français du Procureur général de l'Ordre \ étant venue à vaquer, il jeta les yeux sur moi pour la remplir : j'étais alors gardien do Vannes. Mais quelque attachement que j'eusse pour ma province ^ où j'avais bien de l'agrément, mon parti fut bientôt pris. Le zèle, la curiosité, la reconnaissance pour mon patron, la dévotion pour le tombeau des Apôtres, lieu respectable à tout vrai fidèle, l'emportèrent sur tout le reste ; et malgré la rigueur de l'hiver où nous étions alors, je quittai ma charge de Gardien, je partis pour Rome.
Je pris ma route pour Paris, j'eus l'honneur d'être présenté à Sa Majesté par M. le Marcjuis de Razilly » -^ sous- Gouverneur de Monseigneur le Duc de Berry, et j'obtins çle M. de Torcy ^, secrétaire d'Etat, la permission de sortir du royaume. Mon séjour à Paris, me procura plusieurs recommandations puissantes auprès du Cardinal Janson^'. chargé à Rome des affaires de France, et auprès de divers particuliers; mais surtout une très pressante de M'"*" la Marquise de Vezelai, mère de M'"" Albani, épouse du prince
Utrecht, 1732. — Tipaldo, Biografia, VI, 338. — Journal de Targny, Arch. du Min. des AIT. Étrang. corr. de Rome, n"55.5, p. 413,414, 441 et 157. Son portrait a été gravé en cardinal de S. Prisque par Gaétan Bianchi en 1714, à Milan, petit in-fol.