PARIS
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' DU Noyer, 7tne des femmes assez rares du yM\f siècle qui écrivaient four le public, 71' est cependant guère connue qjie des bibliophiles et de quelques érudits. Nous avons pensé qu'il serait intéressant de rendre à la curiosité d'un plus grand nombre de lecteurs son œuvre remplie de récits amusants, et de présenter celle-ci >sous une forme plus restreinte. Car ses diverses éditions ne comprennent pas moins de neuf à douze volumes, in-12 ou in-18, il est vrai, mais qui ri en sont pas moins incommodes par leur multiplicité.
Les Lettres Historiques et Galnntes, qui embrassent une période assez longue, ont été éditées à différentes reprises, au cours du xviii° siècle. Elles ont paru pour la première fois à Cologne en 1704, pendant que M'^^ du Noyer se trouvait à La Llayc, où clic avait rejoint d' autres protestants français qui, comme elle, n' avaient pas voulu se soumettre à la révocation de V Edit de Nantes. Cet ouvrage formait sept volumes in-12. On n' en trouve guère plus d' exemplaires.
En 1710, paraissent ses Mémoires en cinq volumes
6 AVANT-I'ROPOS
in-i8 (i), signés Madame de A'... Selon l'usage du temps, chaque volume est dédié à un grand personnage. Le premier, au comte de Dohna Ferrassjeres, lieutenantcolonel d'un régiment suisse au service des Pays-Bas, dont il sera sot/vent parlé dans les Mémoires ; le deuxième, a Messire Arnaud de Bourbon, marquis de Miremont ; le troisième, à M yiord Gallozvay ; le quatrième, au duc de Marlborough; le cinquième, au marquis de Pascale, commandant de la ville de Bruxelles. Ces volumes sont édités chez Pierre Marteau, à Cologne. Au commencement de chacun d'eux, yî/"" du Noyer proteste faiblement qu'elle n'est pas la Madame de C..., auteur des Lettres Historiques et Galantes, et elle écrit à un M. Bernard au sujet de la critique parue dans La République des Lettres de ijoç, où il se permet de ne pas trouver les Mémoires aussi intéressants que les Lettres.
Le même éditeur fait paraître les Lettres Historiqu-is et Galantes signées de M'"^ de C..., en sept volumes, dont trois en 1712, dédiés à M. Bogislas de Kameke, à Sa Majesté Auguste II , roi de Pologne, au seigneur Jean Gomez de Silva; le quatrième , paru en 171 3, est adressé au vicomte de Bolingbroke ; le cinquième, en 1714, au baron de C haie sac, chambellan du roi de Prusse; le sixième, en 171 5, au prince Eugène de Savoie ; le set>tième, en 17 18, à don Eminanuel, infant de Portugal. Cliacun de ces volumes contient une illustration de Pierre Husson, graveur à La Haye.
De cet ouvrage, la ville de Cologne ne possède pl'fs que le quatrième et le sixième volumes et n' a rien de îa première édition.
(i) Bibliothèque de l'Arsenal, ainsi que l'éd. d'Amsterdam, 1720, ; vol. in-i2. — Celle de Cologne, 1733, même i.oinbre d? vol. — Celle de Londres, 1741, 6 vol. in-12.
AVAXT-PRf)POS /
Une édition des Lettres fut faite à Nîmes, en 1713, chez Pastoureau, ainsi que celle de cinq volumes de Mémoires,
Celle de 1720, parue à la fois à Cologne et à Amsterdam, chez Pierre Brunel (i), contient pour la première fois les Mémoires de M . du Noyer, en même temps que ceux de Madame. Le titre des Lettres Historiques et Galantes est suivi de cette mention « de deux Danfs de qualité, dont V une était à Pa?is et Vautre en province », toujours par J/™" de C... Cette édition renferme une planche d' armoiries des pays ayant pris part au Congres d^Utrecht et de leurs représentants. Il y en eut une autre à Amsterdam, en 1738. Dans celles de Londres, 1741 et 1757 , il y a neuf volumes in-12, y compris les Mémoires.
Il se peut aussi que ces diverses éditions aioit été tout simplement tirées à Paris clandestinement, et que, pour éviter de demander un privilège qui 71^ aurait peut-être pas été accordé à cause de certaines hardiesses d'appréciation, on ait mis le nom dhinc ville de V étranger destiné à en dissimuler V origine. L^ édition de i7ÇO, chez François Séguin, à Paris et Avignon, cojitient d' autres Lettres qui ne sont pas de V auteur , puisqu'elles relatent des faits postérieurs à sa mort. On a cru bien faire en les pîihliant, à cause de Viniérêt qu'elles présentent, mais celles qui traitent de sujets plus personnels ont été non moins clairement ajoutées.
En 17 12, M'^'^ du Noyer étant à La Haye, collabora à deux feuilles de libelle périodique , le Lardon et la (Quintessence, paraissant trois fois par semaine sous l'.s deux titres, remplies, disait-elle, de ce qu'il y a de plus
(i) Bibliothèque nationale, qui possède en outre le tome 2 de l/éditian de 1710 et 1711, Cologne
secret dans VEiirope. Un de ses biographes dit plus briitalemtnt que ces journaux sont semés d^ anecdotes dont la plupart sont fausses et hasardées. « Elle ramas sait, ajoute -t-il, les sottises de la province et on les prenait dans les pays étrangers pour les nouvelles de la Cour. Elle écrivait avec plus de facilité que de délicatesse. Son style est diffus et ses plaisanteries pas toujours de bon goût. »
Elle en cite fréquemment, dans ses Lettres, des vers de genre varié : madrigaux, énigmes, sonnets, adresses aux princes et aux princesses. Ils témoignent d' une facilité presque regrettable, allant souvent jusqu'à la platitude de V expression et du sentiment.
La Bibliothèque de V Arsenal possède plusieurs années de La Quintessence, depuis iyi2 jusqu^à 172J ; la Nationale na que celle de ij2i. Ce journal, format infolio, justifiait son titre par de brefs comptes rendus des événements publics dans diverses Cours, des anecdotes plus galantes que morales, des annonces de mariages, naissances, morts, intéressant les familles illustres, des vers et même de la musique sur une seule clé et sans accompagnement, selon l'usage du temps.
Son œuvre renferme donc surtout deux ouvrages : les Lettres et les Mémoires. Ces derniers ne sont pas moins intéressants, n\n déplaise au critique Bernard, car elle savait les embellir au besoin. Les mauvais ménages sont de tous les temps. Celui de Socrate est h: premier qui soit venu à notre connaissance ; encore ?^V>^ il pas bien sûr que Xantippc n^ ait eu d' excellentes raisons de jeter un pot d' eau sale à la tête de son époux. La vérité sur les difficultés conjugales de M. et Af^^ du Noyer est aussi peu facile à discerner, la différence de religion n'étant peut-être qu'îin prétexte, et d^ autres motifs pouvant avoir été caîise du second séjour en liai-
lande. Quoi gu^il en soit, au lien (jiie les Mémoires viennent à la suite des Lettres, ayant été écrits après, nous commencerons far eux, en les parcourant simultanément. Il nous a paru piquant de mettre en regard la manière contradictoire dont chacun donne sa version sur le même sujet. Le lecteur se fera ainsi une opinion sur Vun et sur V autre et jugera lequel des deux il doit croire.
Toutefois, il y a dans V édition de ijço une lacune importante. Les Mémoires de y]/""^ du Noyer remplissent cinq volumes dans les précédentes et deux seulement dans la derjiière. Ils s^ arrêtent à son deuxième voyage en Ani^leterre, alors qu'il y en eut trois, et pour une mère à qui ses filles paraissent si chères qu'elle les loue en maints endroits d'une façon presque excessive, on est surpris de la voir muette sur le chapitre de leur mariage. On sait à peine qui est ce Constantin, mari de V aînée, vu seulement au travers des Mémoires de sa femme, et encore moins ce Winterfeldt qui épousa la cadette, et dont il n'est question que dans les Mémoires du père. Dans les Lettres, M^^ du Noyer cite celles de Voltaire à Pimpctte (i), en les mettant au compte d'une amie ; elle parle de Cavalier uniquement au point de vue de sa vie publique, sans dire qti' elle le connaît personnellement, ni faire aucune allusion à sa conduite vis-à-vis de sa fille et d' elle-même. Pourtant, le second volume des Mémoires de lyço paraît hicn être le dernier de tout V ouvrage, car il est suivi d'une sorte de sommaire pour tout ce qui y est renfermé.
Il semble donc que ce dernier éditeur n'aurait pas eu con7iaissance d'éditions antérieures plus complètes, ou qu'il a jugé suffisants les aperçus donnés sur ces
<\) Voir Amours d' II o»i»ips de Lettres, par E. Faciiet.
diverses questions. Cependant les premiers Mémoires ne tournent pas aussi court, et c'' est dans V édition de jyii que nous avons pu reconstituer ce qui concerne les fiUes. Nous y avons appris les troubles du ménage Constantin, le rôle joué par Cavalier au milieu de ces trois femmes, ainsi que celui de V aventurier Winterfeldt, qui inspira la comédie du Mariage précipité, placée à la fin des Mémoires de M. du Noyer. Mais les aventures conjugales des deux sœurs dépassant encore celles de Uur mère par la cupidité du mari de Vune et les avatars abracadabrants du mari de Vautre, 77iéritent d^ être le sujet d'une suite à donner au présent volume.
Les événements racontés dans une partie des Lettres et qui appartiennent à Vhistoire, nous ont paru inutiles à reproduire, étant connus de tous ceux qui ont un peu d^nstruction ; nous n'en prendrons que les détails, peutêtre moins répandus. Mais les autres Lettres, contenant des particularités sur certaines familles du Midi principalement, sont vraiment curieuses, et c\st d'elles surtout que nous donnerons des extraits. Aussi bien, ce remaniement pourrait-il s'intituler : « Potins de province au xvii" siècle ».
Mais comme les descendants de la plupart de ces familles vivent encore, nous nous excusons d'avance de divulguer ainsi ce qui était peut-cire caché ou oublié.
Les deux ouvrages sont écrits d'une plume alerte, amusante, renseignée, spirituelle. Les longueurs qu'on pourrait reprocher à l'original tiennent à la manière d'écrire au grand siècle.
M'^^ du Noyer mourut en 1720, disent certains de ses biographes, en 17 IQ, d' après d'autres, et aucun ne spécifie ni le mois, ni le quantième. On ne se doute qu' elle ne prend plus part au journal La Quintessence, qu^en rencontrant, à la date du 7 mars 1720, ce participe pas^é
mis au masculin : « Je suis fâché de faire attendre le public four si feu de chose », et, an i8 mars, cette insertion : « I>a (Quintessence annonce que les maisons de feue /]/™° du Noyer, situées à Geesbruck, sont mises en vente à Woorburg. Avis aux acheteurs de s^ adresser au secrétaire de W oorburg ou à M""" de Winterfeldt à La Haye. » On feut s^étonner qu^il n ait pas été fait mention de sa mort dans une fublication à laquelle elle collaborait , si même elle ne la rédigeait fas entièrement. Il est frobable que le libraire la continua.