‹ Mémoires et lettres inédits du chevalier de GentzChapitre 19 sur 20 · première partie de ces observations, ce que c'était · texte numérisé non relu

première partie de ces observations, ce que c'était

que la déclaration du 16 Mai 1806, et à quel point

A fallait avoir renversé toutes les idées et dénaturé

V'tbus les faits, pour soutenir qu'elle avait été, bu

qu'elle eût pu être. la cause du décret de Berlin.

Cette déclaration fut légalement révoquée au mois

; de Septembre 1806; si elle a été remplacée depuis

; par quelque autre acte de la même nature, * il

* J'avoue sincèrement que je ne sais pas si la déclaration

•. jdu. 16 Mai 1806 a jamais été remise en vigueur, ou si quelque

" mesure analogue a subsisté séparément des Ordres du Conseil-

'' A en juger d'après quelques passages âé-. là correspondance

'^ëbtre Mr. Monroe et "ilit, Foster, je seraii presque tenté de le

.eiroire^^mais privé de toirs lés moyens nécessaires pour vérifier

; islçrfaît, je ne puis nX ^affirmer ni le nier positivement Cette

cî^constanjce au resté, comme on le verra tout-à-Pheure, est

aurait fallu ou citer cet acte, ou se contenter de protester en général contre lé principe de toute mesure pareille. Insister sur la révocation de la déclaration du 16 Mai comme telle, est aujourd'liui complètement absurde.

Il ne l'est pas moins d'annoncer que la révocation du décret de Milan suivra celle des Ordres du Conseil du 11 Novembre 1807. Ces ordres ne sulwistent plus; ils sont remplacés par l'Ordre du 26 Avril 1809. I>ans le sens même du gouvernement Français, le décret de Milan, comme je crms l'avoir prouvé, est nul et de toute nullité, puisqu'il se rapportait tout entier à une clause des Ordres de 1807, qui a été supprimée dans celui de 1809.

Mais ce qui est bien plus essentiel que tous ces anachronismes , et toute cette confusion de faits et de dates, c^est la prétention du gouvernement Français de faire renoncer TÂngleterre au principe de blocus maritime, tel qu'elle Fa soutenu jusqulci et tel quH a servi de base à la déclaration du 16 Mai 1806. Il me paraît nécessaire d'ajouter encore quelques éclairclssemens à ce que j'ai dit sur cet objet dans la première partie de ces observations.

„La Grande-Bretagne^ — dit Mr. Foster dans une de ses lettres à Mr. Monroe — »n'a jamais contesté que, suivant les usages du droit des gens, tout blocus, pour pouvoir être justifié, doit être appuyé par des forces suffisantes, et mettre en danger tout navire qui tenterait d'échapper à ses

pea essentielle poHr la question principale. Car il ne s'agît pas de tel on tel acte iudividael, mais de savoir si rAngleMrire peut et doit renoncer au droit sur lequel la déclaration du 16 Mai était fondée, et que la France lui conteste au}oard*lm.

effets. Ce fut d'après ce principe reconnu que le blocus de Mai 1806 ne fut notifié par Mr. Fox, alors Secrétaire d'état, qu'iqprès qu'il se fat convaiucu par un rapport du bureau de Tamirauté, que ramirauté avait et emploierait les moyens de garder toute la côte depuis Brest jusqu'à TËlbe, et de mettre réellement ce blocus à exécution. Le blocus du mois de Mid 1806 était donc juste et légitime dès son origine, puisqu'il était appuyé, tant dans l'intention qu'en effet, par des forces navales suffisantes. — Les Ordres du Conseil furent fondés sur un prfaicipe différent^ etc. etc."

Je ne crois pas qu'il soit possible de définir le droit de blocus d'une manière plus claire, plus rair sonnable et plus juste. L'explication de Mr. Foster est d'ailleurs parfaitement d'accord avec l'idée fondamentale du droit de blocus, admise par tous les publtcistes et par ceux même qui ont le plus déraisonné sur les limites de son exécution. Si l'extension donnée ace droit dans les guerres maritimes de notre tems a paru contraster avec ce que Ton avait vu autrefois, et a fait croire à des observateurs superficiels qu'elle était contraire aux anciens usages, la raison en est que l'on n'a pas assee réfléchi sur les effets naturels et nécessaires du progrès de tous les moyens maritimes. Je Aéfuà d'établir un principe quelconque autorisant une puissance à bloquer un port de son ennemi, lorsqu'elle peut le faire avec un nombre de vaisseaux suffisant, qui n'autorisât ta même puissance à bloquer tonte une côte hostile, si elle peut disposer de forces suffisantes pour réaliser cette enti*eprise dans le sens habituel et généralement reçu de ce terme. Il n'y a rien de plus déplacé que

d'appeler une opération pareille un blocus sur le papier. Si les blocus déclarés et exécutés par le gouvernement Anglais n'avaient été que cela, il est probable que les injures que lui ont adressées ses ennemis et quelques neutres qui avaient adopté leur langage, auraient été bien moins violentes.

D'un autre côté, la définition du droit de blocus maritime que la France voudrait mettre en avant, est tout- à- fait inadmissible, et contrarie en même tems toutes les idées reçues. Elle prétend que le droit de blocus n*est applicable qu'aux y^plcices fortes, réellement investies de forces suffisantes.^^ * D'après cette définition, on n'aurait jamais pu bloquer un port non fortifié, et les puissances qui, par l'infériorité de leurs forces navales, seraient, exposées à des attaques de ce genre n'auraient qu'à raser leurs côtes, et détruire tout ce qui s'appelle fortification, batterie, etc., pour rendre nulle toute espèce de blocus maritime. On a beau analyser, disséquer, tourner et retourner dans tous les sens l'idée d'un droit de blocus, on n'y trouvera pas le moindre fondement, pas le moindre prétexte pour une restriction si parfaitement arbitraire.

Jamais aucun ministère Britannique ne recon-. naîtra cette législation de pure fantaisie. Du jour où l'Angleterre s'y soumettrait, sa prépondérance maritime ne serait plus qu'un fantôme sans réalité. Exiger qu'elle renferme l'exercice de ses droits dans les bornes étroites que son ennemi veut gratuitement établir, c'est autant que lui dire sans détour: Nous, reconnaissons et nous sentons Votre supériorité;

* Voyez le préambule da décret de Berlin.

mais nous prétendons que Vous n'en usie jusqu'au terme que nous jugerons à propos d fixer! Il me semble que l^Ângleterre serait toi autorisée à répondre: Vous êtes aujourd'hui mière puissance continentale; mais, comme conscription militaire , et plusieurs autres i récemment inventés pour multiplier et perfec Vos forces, nous gênent et nous déplaisent, reprendrez rancîen système militaire, tel qu' en usage chez Vous avant la révolution.

Le gouvernement Anglais s'est avancé au

que possible, il a accordé tout ce que Ton p4

sonnablement prétendre, en déclarant qu'aussii

les décrets de Berlin et de Milan seront ab

révoquera et révoque dès à présent les Orc

7 Janvier 1807, et du 26 Avril 1809, qui s

seuls actes de représailles aujourd'hui en v

C'est là le vrai ultimatum de cette affaire.

plus loin , et la modération deviendrait faibles

Des avantages que TAngleterre aurait à t de la révocation des Ordres du Conse:

On a i^uvent représenté, au parlement ( des écrits publics, le bien qui résulterait de tion des Ordres du Conseil pour le commer

I tannique en général, et particulièrement p< relations politiques et commerciales entre la i Bretagne et les Etats-Unis de l'Amérique. SI de ces représentations était de faire révoqi

t Ordres du Conseil, sans que les décrets de et de Milan fussent révoqués de même, elles te

(Sentz, Hémoires. 26

à une mesure incompatible avec la dignité du gouvernement Anglais, à une mesure de rétractation [humiliante qui, comme telle, ne nàéritait pas d'être discutée. Le projet d'abandonner le système actuellement établi doit, pour ne- pas être rejeté d'emblée, nécessairement porter sur la supposition que la France révoquerait ses . décrets aussitôt que l'Angleterre aurait révoqué ses Ordres du Conseil. *

Cette supposition, fausse et chimérique de tout tems, me paraît aujourd'hui absolument inadmissible.

Je suis persuadé que Napoléon n'a pas nourri un instant l'intention sérieuse de révoquer ses décrets, à quelque prix et sous quelques conditions qutl eût pu le faire. Je ne veux pas citer à Fappui de cette opinion les déclamations intarissables de ses organes sur le mal prodigieux que le système contineutal a

^ Les adversaires que les Ordres du Conseil omt en Angleterre, sont assez d'accord sur le mal qu'ils attribuent à cette mesure: mais ils ne paraissent pas l'être sur la nature du remède; et il n'est pas toujours facile de saisir avec précision le but auquel ils visent. Quelques-uns, à en juger d'après leurs discours au parlement ou d'après leurs écrits, ont l'air de désirer l'abolition des Ordres du Gouseil à to.ut prix et à toute condition. Il y en a d'autres qui, adoptant la manière de voir de Mrâ. Maret et Moruroe, i?egardent les protestations insigniiîantes du gouvernement Français vis-à-vis des Américains, comme preuve que l'abolition des décrets a déjà eu lieu, et prétendent que d'après cela il n'y a plus à hésiter sur la révocation des Ordres du Conseil. D'autres enfin semblent pmuadés que , pourvu que l'Angleterre donnât Texemple , la France ne pourrait pas se refuser à céder de son côté et à supprimer ses décrets. Le premier de ces avis est repoussé par des principes immuables; le second par ^évidence des faits contraires; le troisième est donc le seul sur lequel il soit eacore permis de raisonner.^

fait et fera encore à TÂngleterre. * Llneptie de ces tirades est telle, qu'il y aurait presque un manque -de bonne foi à les traiter comme des raisonnemens, ou à les considérer seulement comme le vrai fond des pensées de Napoléon. Je m'en tiens à ce qui «st plus sérieux, plus réel, et plus analogue à son caractère. Il prétend que ces décrets sont des lois fondamentales de son empire; Us les a proclamés tels dans toutes les occasions ; et quoi qu'il nous en coûte de comprendre une théorie pareille, c'est sa manière de voir, de penser et d'agir. Lorsqu'il a eu Tair d'accorder quelques modifications de ces décrets aux Américains , il ne songeait pas de bien loin à en altérer le fond et la substance, et jusqu'aux époques les plus récentes il a fait annoncer avec emphase qu'ils seraient invariablement maintenus. Je dis plus. Il ne peut pas changer de système à cet égard; et dans ce moment -ci moins que jamais. Ces décrets sont les dernières armes qui lui restent eontre ^Angleterre. Sa marine est rédqite à une impuissance totale; il a perdu tout ce que la France et ses alliés^ et tributaires possédaient d'établissemens et de colonies dans les différentes parties du globe; et, pour comble de mortification, ses armées ont été arrêtées et paralysées partout où elles , ont rencontré des armées Brîtanniques. En renonçant encore à la guerre commerciale, il s'avouerait complètement vaincu. Ses ministres et flatteurs lui ont fait croire, et il a effectivement cru pendant quelque tems, que

* La note 12 en offre de nouveau un tableau effrayant, où l'on voit la banqueroute des finances Anglaises s^avancer à pas de géant par les betteraves j les pastels ^ et les progrès énormes des fabriques de T Allemagne.

le soi-disant système continental, dont les décrets de Berlin et de Milan forment la base, détruirait le commercé, Findustrie, les ressources de TÂng^leterre, et la forcerait à une paix humiliante. Peut-être que, malgré les raisons qui auraient dû Téloigner et le dég^orûter de cette espérance, il y tient encore à un ceitain de^é. Mais qu'il y tienne ou non, il est vivement intéressé à ce que le public ne la croie pas perdue. En révoquant ses décrets, il reconnaîtrait que les coups qu'il avait médités contre le comnierce de l'Angleterre ne sont pas plus exécutables que tant d'autres dont il Pavait menacée; et dés -lors l'opinion des contemporains, quelque , égarée et gangrenée qu'elle puisse être, ne verrait plus dans la continuation de cette guerre qu*un acharnement sans calcul et sans but, et le présage d'une défaite absolue.

Si la supposition qu'en révoquant les Ordres du Conseil, le gouvernement Britannique engagerait Napoléon à l'abolition pure et simple de ses. décrets, n'a jamais eu de fondement réel, elle est devenue complètement insoutenable par le soin qu'il a mis luimême à détromper ceux qui se livreraient encore à cette erreur.

Plus d'une fois déjà il avait fait entendre et même distinctement articuler que la révocation des Ordres du Conseil ne le contenterait pas , si le gouvernement Anglais ne renonçait en même tenus à sed principes de blocus. Mais eh dernier. lieu — et nous le voyons de nouveau par les notes du 8 Mai — cet article a été élevé au rang d'une condition expresse et irrémissible de la révocation de ses décrets contre l'Angleterre. Nous savons quels sont

ees principes de blocus, et ce qu'il prétend qiettre à leur place. Il ne suffit donc plus aujourd'hui d'abandonner les Ordres du Conseil; il s'agit de savoir si ceux qui insistent sur cette mesure, sont préparés à abandonner de même le système de blocus, maintenant en vigueur, à adopter sur ce point capital les définitions et les doctrines de Napoléon, à renverser, en un mot, tout le code de droits de guerre maritime, tel que l'Angleterre l'a soutenu jusqu'à ce jour. Je ne sais s'il y, aurait parmi les Anglais des personnes assez éblouies par des théories spécieuses et stériles, ou assez alarmées de quelques murmures populaires, peut-être mal - interprétés, pour consentir à un aussi énorme sacrifice; mais je ne croijs pas que l'on oserait le proposer à une assemblée çoipme le parlement firitannique.

Cependant, tout en reconnaissant la vérité, de ce que je dis , on pourrait encore déplorer cet état des choses comme un grand malheur, et regretter amèrement qiie, par l'injustice et TobstinatiQu de l'ennemi, l'Angleterre soit privée des avantages que. lui assurerait la révocation des Ordres du Conseil,, et le rétablissement de l'ancien système commercial. Jusqu'à quel point ces regrets seraient -ils fondés? — Pour approfondir cette question, lors même que je m'en sentirais la force, il me faudrait une grande connaissance des détails, il me faudrait des données bien autrement abondantes et décisives que celles que je possède. Je puis hasarder cependant quelques réflexions générales, que ceux qui sont plus instruits que moi sauront apprécier et rectifier.

Il me paraît d'abord certain que, par la révocation des Ordres du Conseil, accompagnée ou suivie

de la révocation formelle des décrets Français — car il m*est impossible de séparer Tune de l'autre — rÂpg;lèterre g^agnerait peu de chose pour ses relations commerciales avec le continent Européen. Il n'y a aucune raison de croire que les dispositions personnelles de son ennemi en deviendraient plus modérées ou plus bienveillantes; et cet ennemi conserverait tous les moyens pour exécuter sous d'autres prétextes et dans d'autres formes son système de persécution et de proscription contre le commerce et l'industrie Britannique. Il ne serait jamais parvenu à établir et à perfectionner ce système, sans frapper dé ces coups violens dont le décret de Berlin à été le premier signal. Mais ces coiips une fois portés, il n'a plus besoin de mesures extraordinaires pour exécuter ses projets, autant que leur propre extravagance lui permettra de les exécuter. Les anciennes communications sont détruites; les anciens liens sont brisés; les pays opprimés par la France ont perdu 'pour long- te ms ce qui constitue la base et le ressort du commerce ; le découragement et la teÎTeûr sont dans toutes les âmes. Aujourd'hui de simples lois prohibitives, appuyées de toute la rigiTeur d'une police vigilante, suffiraient pour empêcher le retour aux anciennes habitudes, et les décrets de proscription disparaîtraient entièrement, que les trois quarts du continent de l'Europe n'en seraient pas moins inaccessibles aux vaisseaux et aux marchandisefii Britanniques.

Si la révocation même des décrets de Berlin et de Milan ne rétablissait pas les relations commerciales avec le continent, il est beaucoup plus difficile d'imaginer comment celle des Ordres du Conseil,

considérée séparément, pourrait produire cet effet. Les Ordres du Conseil n'ont rien ajouté aux obstacles que les décrets de la France avaient créés par rapport aux communications directes entre rÂngleten*e et les différentes parties de FEurope, ni par conséquent au mal que l'Angleterre a pu éprouver par la stagnation de cette branche de son commerce. Depuis que les Ordres du Conseil subsistent, il ny a plus eu en Europe de neutralité légalement avouée. L'accès des côtes et des ports que les décrets Français ti'ont pas pu atteindre, n'a point été compromis par les Ordres du Conseil; et le commerce indirect et clandestin y qui a eu lieu en dépit des décrets , a été plutôt favorisé que contrarié par ces ordres.

En soutenant que les mesures de représailles du gouvernement Angolais n'ont rien ajouté aux mauvais effets que les décrets de l'ennemi ont eus pour les rapports de commerce avec l'Europe , je ne puis, ni ne désire même beaucoup pouvoir aborder la discussion des avantages positifs que plusieurs défenseurs des Ordres du Conseil leur ont attribués sous ce même point de vue. Mais quelle que soit la nature et la valeur de ces avantages (vivement contestés par d'autres), je n'y comprendrais jamais l'extension donnée en dernier lieu au système des licences. Si ce système a fait du bien au comnierce Anglais, il me semble qiie Ton ne peut point en réclamer le mérite pour les Ordres du Conseil ; mais par la même raison je trouverais extrêmement injuste de les rendre responsables des inconvéniens et des abus qui ont accompagné le système des licences. Autant que j'ai pu pénétrer cette matière, il ma paru que la question des licences n'aurait pas

du être confondue avec celle des Ordres du ConseO; ces deux questions, loin de s'attacher l'une à l'autre, sont d*un caractère absolument opposé. Que le principe du système des licences soit bon ou mauvais, nécessaire ou dangereux, conforme ou contraire aux maximes du droit des gens et de la morale publique, il est toujoura également étranger au principe sur lequel les Ordres du Conseil étaient fondés. *

Jusqu'ici nous n'avons fixé notre attention que sur les changemens que la révocation des Ordres du Conseil opérerait dans les rapports directs entre l'Angleterre et le continent de l'Europe; mais il nous reste à examiner si l'eifet de cette révocation ne serait pas bien plus sensible et plus marquant dans

* Mr. Canninff, qui ne pouvait certainement pas se tromper sur le principe, l'esprit et les motifs des Ordres du Conseil du mois de Novembre 1807, s'en est expliqué dans un excellent discours, prononcé le 3 Mars dernier sur la motion de Mr. Bronghatn; où il dit entre autres que, „s'il s'agissait de ..bien caractériser les Ordres du Conseil, il en dirait que ces .^actes étaient d'autant plus parfaits, qu'ils se rapprochaient fidavantage de V esprit d'une mesure de guerre, et s'éloignaient y^ celui d'une mesure commerciale/^

Dans ce même discours, que je n'ai pu lire sans une satisfaction profonde, puisqu'il m'a prouvé que mes idées générales sur le principe et le caractère des Ordres du Conseil s'accordent avec celles d'un homme d'état aussi supérieur, Mr. Can-^ ning, en parlant des licences, soutient même — si j'ai bien saisi le sens de ses paroles — ,^qu'une puissance belligérante n'a pas le droit de permettre à ses sujets un commerce dont elle exclurait les neutres." Je ne sais pas si cette opinion (pour laquelle d'ailleurs l'autorité de Mr. Canning serait d'un plus grand poids à mes yeux que celle de Vattel, qu'il allègue), pourrait être établie en principe rigoureux; mais,^dans l'application je préférerais sans hésiter la sévérité d'une règle pareille à la trop grande facilité pour les exceptions en sens contraire.

les rapports entre TAngléterre et les Etats-Unis de TAmérique.

On est aecoatumé à regarder les Ordres du Conseil comme la cause principale du mécontentement des Améiicains contre le gouvernement Anglais; mécontentement qui d'abord a produit ces malheureux actes prohîbitîfis par lesquels tout commerce légal entre l'AngleteiTe et l'Amérique se trouve suspendu, qui a dérangé toutes les relations politiques, envenimé toutes les discussions entre les deux états, et s'est enfin développé au point de les menacer d'une rupture ouveHé. Il me paraît bien plus juste de considérer les Ordres du Conseil comme un des prétextes que comme la cause dé ce mécontentement

En suivant la conduite du gouvernement Américain dans chaque époque de ces dernières guerres, il est impossible de n'y pas reconnaître la partialité la plus prononcée et la plus soutenue pour la cause de la France. Je ne prends pas sur moi de décider par quels motifs le parti qui, depuis la mort de Washington et la retraite de Mr. Adams^ s'est emparé de toutes les fonctions publiques, a été guidé dans cette partialité; si c'était l'amertume que les anciens ressentimens contre l'Angleterre avaient laissée dans les esprits, ou la jalousie de sa supériorité actuelle, ou la crainte chimérique de quelque projet hostile de sa part, ou le dépit d'un gouvernement populaire particulièrement susceptible d'être blessé par tout ce qui ressemble à un manque de procédés ou de ménagement, ou l'irritation contre le parti opposé, accusé de trop d'indulgence pour l'Angleterre, et dont le tort réel n'est peut-être que celui d'aspirer à son tour aux places et au pouvoir —

ou si c'était enfin l'effet réuni de toutes ces causes, ou d'autres encore qu'il est plus difficile de pénétrer. * Mais quelle que soit la clef de Fénignie, le fait ne saurait être contesté. La France les a vexés de toutes les manières, les a dépouillés, maltraités^ insultés dans toutes les occasions ; le récit des avanies qu'ils ont essuyées de sa part depuis vingt ans, remplirait des volumes; ils ont tout dissimulé, tout excusé, tout pardonné. Mais aussitôt qu'il a été question d'un différend quelconque avec l'Angleterre^ ces hommes si doux, si tolérans, si pacifiques pour son ennemi, se sont montrés sévères, intraitables, exigeans, pointilleux à l'excès. Dans les mesures qu'une nécessité impérieuse et l'intérêt direct de sa. conservation prescrivait au gouvernement Anglais, ils n'ont vu que l'intention d'opprimer l'Amérique, d'entraver son commerce, d'étouffer son industrie naissante. A une époque où tout le commerce des colonies Françaises, Espagnoles, Hollandaises passait par leurs mains, où tous les ports de l'Europe étaient remplis de leurs vaisseaux, où on n'apercevait presque

* Je suis loin cependant de favoriser ou de nourrrr le plus léger soupçon contre l'intégrité de ceux qui dirigent les affaires, des Etats-Unis. L'idée de ce que Ton appelle vulgairement corruption serait tellement déplacée ici, que je n^ai pas besoin de l'écarter une fois pour toutes; mais je n'admets pas seulement ce genre de corruption morale que l'astuce , ' en employant la flatterie, peut exercer contre les hommes les plUK purs. Même à cet égard ^e gouvernement Français ne . s'i^t jamais mis en frais pour les Améjricains; il les a traités au contraire avec beaucoup de sécheresse et de hauteur : et lorsque Ghampagny leur a assuré },qne l'Empereur les aimait/^ on ne conçoit pas que ce ton de protection arrogante ii'ait pas soulevé toutes les âmes. Mais il n^y a ,,que la morgue des Ministres Ançlais" qui poisse exciter leur, colère. . ^

plus sur l'océan que le pavillon Britannique et le leur, et où TÂngleterre observait à leur égard des principes d'une libéralité extrême, il ne fallait que quelque acte de ligueur excercé contre des abus trop violens par un tribunal notoirement incapable d'un procédé injuste, il ne fallait que quelque désagrément momentané, amené par le hasard, ou par la faute d'un individu, pour les faire crier au meurtre et à la tyrannie. Les motions hostiles contre l'Angleterre, les embargos, les actes de non-importatiany précurseurs des actes de non'intercotMrse^ étaient à l'ordre du joui* long-tems avant les Ordres du Conseil; et comnre la liste de leurs griefs était inépuisable, on est bien autorisé à croire que, quand même ces Ordres du Conseil n^auraient jamais paru, ils seraient arrivés, d'aigreur en aigpreur et de disputes en disputes, au point où nous les voyons aujourd'hui.

Ce qui prouve surtout que, dans cette longue carrière de prédilection pour la France et d'acharnement contre l'Angleterre, que le gouvernement Américain vient de parcourir, les sentimens personnels doivent Ta voir emporté sur les calculs politiques, c'est que tous les principes honorables, et tous les intérêts bien entendus auraient dà engager ce gouvernement dans une route diamétralement opposée. La cause de l-Ângleterre était la sienne ; sans compter tant de Hens plus ou moins sacrés qui subsistaient entre l'Amérique et son ancienne mère -patrie, celle-ci combattait pour Pindépendance générale, pour les peuples autant que pour les trônes, pour les républiques autant que pour les monarchies, contre une puissance qui avait hautement annoncé le projet

de tout dominer ou de tout écraser autour d*elie. La victoire la plus décisive que TÂngleterre eût pu remporter dans cette lutte, ne pouvait jamais effrayer les Américains; mais si elle succombait, Tunivers appartenait à la France ; . et il eût fallu un délire d'aveuglement ou d'orgueil, pour faire imaginer à TAmérique qu'elle se soutiendrait toute seule dans ces vastes ruines. En admettant que, pendant les premières époques de la révolution, malgré l'horreur que sa marche et son caractère devaient inspirer à tout ami éclairé de la liberté, le nom de république, et l'affectation de quelques formes républicaines aient pu en imposer aux Américains , on * aurait cru au moins qu'ils changeraient de sentimens et de système, lorsque tout cet échafaudage républicain fut réduit en poussière, et l'anarchie la plus féroce remplacée par un despotisme sans bornes. Mais on s'aperçut avec étonnement que leurs affections, leurs procédés, leurs ménagemens restaient les mêmes, tandis que leurs craintes, leurs jalousies, leurs antipathies, planaient exclusivement sur ceux qui arrêtaient les progrès de ce despotisme. Cet étonnement augmenta encore, lorsqu'on vit leur profonde indifférence âlix attentats cruels commis contre le peuple Espagnol, et cette absence totale d'intérêt pour l'héroïsme soutenu avec lequel ce peuple défendait sa libeiié, ei ce silence d'une neutralité morale, plus choquante que toute neutralité politique, qu'ils gardaient au milieu des vicissitudes d'un spectacle aussi lugubre et aussi majestueux. Le dévouement magnanime avec lequel la nation Britannique avait épousé la cause des Espagnols, loin d'arracher à ces imperturbables égoïstes un s^ul témoignage de satisfaction ou d'ad-

miratioD , les encourageait plutôt à poursuivre avec d'autant plus de ténacité les froides chicanes dont ils accablaient le gouvernement Anglais. Enfin, voyant que Tincendie gagnait cette vaste partie de la monarchie Espagnole dont ils sont voisins , ils parurent sur la scène; mais ce ne fut que pour s'assurer, par des coups portés dans les ténèbres, la possession de quelques provinces détachées de cette monarchie ,^ et pouf favoiiser dans les autres la rébellion et la guerre civile»

, Mais ce n'est pas tout encore que cet abandon des. principes généreux, et cette persévérance dans un système si peu analogue au caractère d'un gouvernement républicain; il n'y a pas ménie d'intérêt direct et prochain , pas de considération d'avantagé ou de perte positive, qui ait pu engager les Chefs des Etats-Unis à changer de marche politique. Il est clair que, dans l'état actuel des choses, ils ont comparativement peu à gagner par l'amitié de la France, et peu à perdre en risquant sa disgi'âce; tandis qu'ils ont beaucoup à conserver, beaucoup à espérer, et beaucoup à craindre du côté de P Angleterre. Leur commerce seul avec les Iles Britanniques était . infiniment supérieur à celui qu'ils faisaient avec la France, et bien plus important pour eux que celui de tout le continent Européen. Leurs entreprises ^ans les autres parties du globe, leurs expéditions mercantiles dans les Grandes -Indes, leurs rapports avec tout l'Archipel des Antilles, leurs spéculations «lur l'Amérique méridionale — tout cela ne leur est assuré que par leur bonne intelligence avec le gouvernement Anglais; tout cela peut s'évanouir au premier dioc d'une rupture. Mais plutôt que de

déplaire a la France, ils oiit ou actuellement sacrifié, pu grièvement compromis ces immenses avantages. Ils ont fermé leurs ports aux vaisseaux Anglais, et défendu à leurs sujets, par un vrai acte de suicide politique, toute communication avec l'Angleterre. Non contens de ces mesmres rigoureuses, après lesquelles on aurait cru au moins leurs comptes avec l'Angleterre plus que soldés, ils ont continué à crier contre le gouvernement Britannique, à lui demander réparation pour toutes sortes d'offenses imaginaires, à annoncer dans leurs assemblées législatives que la guerre était inévitable, à en préparer les moyens autant que leurs faibles ressources le permettaient. — Comment expliquer une conduite aussi extraordinaire, sans admettre que ce gouvernement est entraîné par quelque impulsion secrète , plus puissante que tous les principes et tous les calculs, par un esprit d'animosité et d'obstination qui lui ferait embrasser les mesures les plus contraires à ses propres intérêts, pourvu que ce ne fussent pas celles qui les mettraient d'accord avec l'Angleterre?

Les discussions sur les Ordres du Conseil qui ont eu lieu entre les deux gouvernemens depuis l'arrivée de Mr. Foster en Amérique, confirment malheureusement cette conjecture. Chaque pièce sortie des bureaux Américains porte le cachet de ces dis^* positions hostiles; et si les Chefs des Etats-Unis avaient sincèrement désiré l'amitié de l'Angleterre, ils n'auraient jamais entamé cette dispute. Ils savaient parfaitement bien que la simple modification de quelques clauses des décrets de Berlin et de Milan, en faveur d'une nation que la France avait tant d'intérêt à ménager, ne déciderait pas l'Angleterre à une

démarche aussi éclatante que la révocation des Ordres du Conseil; et ils pouvaient d'autant moins s'y attendre, que le fait même de la prétendue modification ne reposait sur aucun fondement solide, sur aucun document présentable, et que le langage et les actions du gouvernement Français le démentaient d*un jour à Tautre. Les Chefs des Etats-Unis ne sont pas assez égarés par les malheureuses préventions qui les guident, ils sont encore trop clair- voyans, Ils connaissent trop ce qu'un gouvernement libre doit à Topinion publique et à Thonneur national. Ils sont trop instruits sur l'état des choses en Angleterre, et sur ce qu'un ministère Britannique peut ou ne peut pas faire sans compromettre ses premiers intérêts, pour qu'ils aient pu tomber dans une erreur pareille. Leur manière de traiter ces objets peut les rendre suspects d'uii manque de bonne foi, mais non pas de jugement et d'intelligence. Il y a bien loin des déclaudations furieuses du Moniteur aux sophismes adroits de Mr. Monroe. Or,, si les ministres Américains n'ont pas pu se dissimuler qu'ils exigeaient du gouvernement Anglais ce que celui-ci n'accorderait jamais, et ne pouvait pas accorder, il est clair que toutes leurs négociations ne doivent être considérées que comme des moyens habilement choisis pour perpétuer la querelle, et comme des préludes à de nouvelles hostilités.

On parait généralement persuadé que cet état de crise finira par une guerre ouverte. Cette opinion a peut-être été adoptée avec trop de précipitation. La sîtuaHon respective des deux gouvérneméns est telle que, malgré tout ce qui s'est passé au Congrès Américain, et toutes les résolutions quil a prises,

et tous les armemeos ^u'il a ordonnes, il est difficile de comprendre de quelle manière, sons quelle forme et de quel côté cette guerre pourrait éclater. £q fermant leurs ports à TÂngleteiTe, et se refusant à toute communication avec elle, les Etats-Unis ont fait ce qui était en leur pouvoir pour se venger des Ordres du Conseil. L'AngleteiTe , comme de raison, a protesté et ne cessera de protester contre ces mesures; mais elle n'a jamais annoncé llntention d'aller plus loin, et de rompre la paix avec TÂmérique , au cas que. celle-ci ne consentit pas à changer de système. Ce ne sera donc pas, selon toute apparence, le gouvernement Anglais qui déclarera la guerre. De l'autre côté ies Etats-Unis ne peuvent plus se regarder comme partie purement et simplement souffrante; en admettant même que les Ordres du Conseil aient été, comme ils le prétendent, une mesure attentatoire à leurs droits, ils ne sont pas restés en arrière; ils ont amplement riposté par l'acte de non 'intercourse; on ne conçoit pas sous quel titre et prétexte ils en viendraient à une déclaration de guerre, lorsque ce sont eux qui ont frappé les derniers coups dans ce démêlé. Et quand ensuite on réfléchit sur la situation des Etats-Unis, sur la disproportion extrême entre leurs moyens et ceux de la puissance qu'ils provoqueraient, sur les sacrifices énormes par lesquels ils commenceraient cette guerre, sur les pertes incalculables qu'elle leur ferait essuyer, sur la destruction de toutes les branches de leur prosq^rité actuelle, qui en serait probablement le résultat final, — on a de la peine à imaginer que., sans nécessité évidente et sans espoir d'arriver parlà à un meilleur ordre de choses, un gouvernement

responsable de ses démarches se portât à un tel excès de démence.

Cepend£int il s'en faut de beaucoup que le danger d'une guerre ouverte entre l'Angleterre et TÂniérîque • soit le seul motif pour désirer de voir cesser leur mésintelligence actuelle. Considérée en grand, cette guerre serait certainement funeste à l'un et à l'autre pays. Car quoi qu'en disent les calculs rétrécis d'une cupidité mal entendue, ou d'une jalousie aveugle, les vrais intérêts, les intérêts durables de l'Angleterre, ne sont point et ne peuvent pas être en opposition »avec ceux des Américains, et il est impossible que ce qui appauvrirait ou ruinerait l'Amérique, ne fût pas, en dernier résultat, un mal très réel pour TAngleterre. * — Mais les inconvéniens directs de

* Il u'y a pas un homme d'état en Angleterre qui ne soit convaincu de cette vérité; et si on y trouve quelques esprits bornés qui la méconnaissent, il est fort injuste de rendre le gouvernement et la partie éclairée dé la nation res-

. ponsables des erreurs de quelques individus. C'est sous ce rapport -là que j'ai toujours été choqué de certains passages dans les dépêches de Mr. Pinkney, où il peint les dispositions générales de l'Angleterre envers ses compatriotes. Il dit par exemple (dans une lettre à Mr, Madison du 30 Septembre 1808, imprimée dans le Moniteur du 5 Décembre 1810): ,, L'esprit ,1 de monopole s'est emparé du peuple et du gouvernement „ Anglais. Nous ne serons dans aucun cas tolérés comme „ rivaux en commerce et en navigation par la Grande-Bretagne. „ On espérerait en vain qu'elle consentit à laisser se développer

\ ,y les ressources navales des Etats - Unis, l^ous ses préjugés, „tous ses calculs tendent à un but contraire. Comme alliés „méme nous serions exposés & sa jalousie. ^^ — Mr. Ptnkney a été vanté comme un homme éclairé et modéré; ce qqe je viens de citer de lui n'en serait que plus surprenant. 11 serait curieux de savoir où Mr. Finkney pourrait avoir recueilK les preuves de cet „ esprit de monopole et de jalousie ^^ qui, selon GentZ) Hémoires. 29

cette g;iierre seraient au moins mêlés de quelques avantages momentanés; et les rêvera mêmes qu'elle ferait éprouver aux Américains, conduiraient peutêtre à quelques cliangemens heureux; tandis que le système de profaiibition exercé aujoifk'dliui contre le commerce Britannique, est un mal sans contre-poids et sans compensation. Il est certain que la suspension du commerce avec les Etats-Unis est non seulement une privation de plus ajoutée à èelles que le système continental a infligées à TÂngletefre, mais qu'elle est par elle-même plus fatale aux intérêts de son industrie, de ses manufactures, et de ses rapports pécuniaires avec les autres pays, que tout ce qu'elle a pu souffrir de Vexclusion de ses marchandises des ports et marchés du eontinent Européen.

Mais quel remède proposer contre ce mal? La révocation des Ordres du Conseil sans la révocation préalable des décrets de Berlin et de Milan, est une mesure à laquelle le gouvernement Anglais na se prêtera jamais, ne peut et ne doit pas se prêter. La dignité nationale est supérieure à toute autre considération; et si on voulait la sacrifier ici, ce serait même un grand sacrifice en pure perte; car nous avons vu que, d'après les déclarations du gouvernelui, doit ,, 8*être emparé du peuple et du gouvernement Anglais,'' Ce n'est pas, à edup sûr, dans les conférences qu'à l'époque de sa lettre îi a pu avoir avec Mr Canning, qu'il aura puisé ses notions. £t on peut hardiment ajouter que ce n'est pas non plus, ni dans les actes et déclarations du gouvernement Anglais, ni dans les discours prononcés du parlement par les oriAeurs de quelque parti que ce soit , ni dans aucun ouvrage tant soit peu estimé et accrédité en Angleterre.

ment Français, la révocafioa des Ordres du Conseil ne suffirait pas pour faire cesser les décrets. Et quant à Tespoir que la France pût se décider à les abolir purement et simplement, soit ayant, soit après la révocation des Ordres du Conseil, on d<rft le regarder comme tout- à- fait nul.

Le vrai bienfaiteur commun de TAugleterre et de TÂmérique serait celui qui découvrirait le moyen d'aplanir leurs différends, sans la révocation des Ordres du Conseil. U faudrait beaucoup île courage, beaucoup de talent, et beaucoup de bonheur, pour amener un dénouement pareil; mais c'est le seul qui concilierait tout et qui répondrait à tout; et par cette raison même je ne puis pas me résoudre à le regarder comme absolument impossible. Je suppose et crois pouvoir supposer que, pour obtenir un si grand Uen, le gouvernement Anglais ne s'arrêterait à aucune question accessoire, consentirait à tout sacrifiée qui ne serait pas incompatible avec sa dignité, se pré-f terait avec cette facilité qui ne peut jamais compromettre le fort, lorsqu'elle est employée vis-à-vis du faible, à l'arrangement de tous ces objets secondaires que les Américains jugeraient essentiels à Tintérét ou même au point d'honneur de leur pays, et leur accorderait enfin chaque modification des Ordres du Conseil qui n'en altérerait pas le principe et la substance. Après cela, il s'agirait de faire comprendre au gouvernement des Etats-Unis combien il serait plus avantageux pour ses intérêts présens et futurs, d'accepter les propositions de l'Angleterre, que d'insister sur la révocation des Ordres du Conseil, en s^exposant à la durée indéfinie d'un état de choses aussi pénible pour les Américains que pour lAngleterre,

ou a«x dangers iDcalculables d'une guerre dans laquelle toutes les chances seraient contre eux.

En résumant ce qui a été dit dans cet article, il me parait qu'il y a d'assez bonnes raisons pour ne pas se livrer à des regrets excessifs sur les obstacles qui combattent la révocation dès Ordres du Conseil. Cette mesure, accompagnée même de l'abolition des décrets de la France, ne ferait rien ou presque rien pour le rétablissement du commerce de l'Angleterre avec la partie du continent Européen qui est aujourd'hui fermée à ses vaisseaux. Il est très incertain qu'elle amenât un changement efficace dans ses relations avec les Etats-Unis de l'Amérique, et surtout dans les sentimens et les dispositions du gouvernement Américain. Et enfin, si un tel changement n'est pas devenu impossible, il doit y avrâr, pour l'atteindre, une route moins opposée aux premiers intérêts de l'Angleterre, plus honorable, plus sûre, plus directe et plus satisfaisante, que celle qui partirait de la révocation des Ordres du Conseil.

Table.

Avant -propos de l'éditeur V

I. Mémoire sar la nécesaité de ne paa reconnaître le titre impérial de Bonaparte. Adressé au Comte de Cobentzl et présenté le 6 Juin 1804 i

IL Projet d'une déclaration de Louis XVIII contre

lé titre impérial usurpé par Bonaparte. 1^04 29

Page 1