‹ Mémoires et lettres inédits du chevalier de GentzChapitre 2 sur 20 · VUI · texte numérisé non relu

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influence aussi étendue la politique conquérante de la Ik'oncey ses prétentions à une domination univer* selle^ et le pouvoir colossal que Napoléon était parvenu à acquérir; personne n'a attaqué cet empire du despotisme et d'une tyrannie tant ouverte que secrètCy avec autant d'énergie que Ctentz. Il est du petit nombre de ceux qui ont lutté à outrance pour délivrer F Allemagne du joug de T étranger.

La nature^ en accordant à cet homme les dons dune éloquence et d!une dialectique puissantes ^ lui avait donné tout ce qu'il faut pour devenir orateur et auteur polémique du premier rang. Les circonstances et la fortune firent le reste. Les événemens extraordinaires et Vintérêt des oppressés — tout coneowrut à faire grandir et mûrir ce talent. Mais pour atteindre à la hauteur de sa tâche y il était nécessaire qu'il occupât un emploi éndnenty qu'il format des liaisons étendues^ et qu'on l'initiât dans les affaires les plus importantes; en un mot, U ne suffisait pas qu'il fût auteur , U devait être aussi homme d'état. Né en Prusse j où il avait fait ses études^ il quitta Berlin à l'époque du Consulat y pour entrer au service â!un Etat qui, sur le continent j avait été de tout temps le pria-' cipal adversaire de la lirance conquérante et révolutionnaire. Et T Autriche^ en V appelant à elle, savait très bien apprécier ce talent Attaché à la chancellerie d'état avec le modeste titre de

c&naeiUer aulique^ U parvùU à exercer une influence suprême sur les chefs du gauvememeniy et devint bimtôty tout le monde le sait y le confident et même Vomi de ce Ministre distingué quij en Î809y au milieu des orages du temps ^ fut appelé au gouvémaU de Vempire, qu'il a tenu jusqu^à nos jours avec une supériorité généralement reconnue. C'est en grande partie par leurs efforts réunis^ que le vaste empire du César moderne tomba en ruines; que la France fut ramenée à des bornes légitimes^ quoique encore menaçantes; que ^indépendance de VÂHemagne et des nations de V Europe fut rétablie^ et que y dans les relations extérieures et intérieures des Etats j on revint aux principes du droit et de Tordre légal, principes qui, malgré une altération passagère y ne cesseront certainement jamais — grâces aiu bon sens des peuples Germaniques — de servir de règle à la société Européenne, et continueront de réunir, sous différentes formes, la liberté et la loi, la stabilité et le mouvement. — L'histoire conservera dans ses pages ce que V Allemagne, ce que F Europe doit à ces hommes ; eUe saura discerner leurs mérites de leurs défauts; et lorsqu'il s'agira de nommer ceux qui, soit comme hommes d!état, soit comme écrivains, ont combattu le plus énergiquement le despotisme et les principes vagues des Français, à côté des Stein, Fichte, Amdt — des Goerres — des Hardenberg et Humboldt,

ette placera les Dioacure» de Vienne ^ et les noms de Mettemich et de Oentz seront peut -être maéparables dans ses annales, de même que ceux de Pitt et de Burke, les célèbres soutiens de t Angleterre.

OentZy comme nous Vavons dit, était non seulement connu dans sa patrie, U Pétait aussi à Vétranger, Partout U était Tohjet d!un intérêt flatteur y soit qu'il reçût des applaudissemens y ou que la haine le persécutât. D*un côté, on traduisit ses écrits en Angleterre comme en firance, même en Italie et dans les Etats - Unis ; de T autre , Bonaparte arma contre lui ses écrivains les plus habiles, entre autres le Comte Hauterive, et ne crut pas même au - dessous de la dignité Impériale de parler dans ses bulletins les plus fameux dun nmisérable seribe, nommé Oentz, un de ces hommes sans honneur, qui se vendent pour de F argent ^^ -^ mais tout fiela ne servit qu'à procurer à ce nom une célébrité Européenne* La haine de la France fut richement compensée par Vapprobation qu'U trouva en Angleterre, où peu éP étrangers jouissaient d'un crédit égal au sien. Il était dans des relations aussi intimes avec les hommes détat de la Grande -Bretagne qu'avec ceux de V Allemagne. On le considérait comme un puissant allié sur le continent, et, pendant bien long-tems, ce fut lui qui forma en quelque sorte le lien le plus important entre les

éeua: grands Etats Cmêservateurs, * — Enfin ses ^arts furent récompensés par la distinetian la plus bwùraile; U devint Thùmme de confiance de tontes les grandes puissances de f Europe. Depuis 1614 jusqu'en 1822^ 6ent% fut le secrétaire de tous les congrès ^ le rédacteur des protocoles des conférences même les plus secrètes; ce fut lui qui rédigea dans ce temps les actes officiels de VEurope réunie.

En fait de diseussions polUigues^ Oentz peut être regardé comune le talent le plus éminent que V Allemagne ait produit jusqu^à présent; il le futmême dans le temps où Ton ne eonnaissaU encore dé hri que les écrits qu-tl ponçait Ucrer à la pubhcVté. "^uel écrivain de la même trempe a été accueMi avec une acclamation aussi générale t — Si plus tard son nom retentit moim souvent à nos oreitteSj c^est que son influence sur les affaires intérieures de VMlemagne ne trouva depuis qu'une approbation partagée, souvent même une désa/pproboHon Mon prononcée, et qu'on ne le vit plus paraître à visière ouverte dans V arène publique, 8a participation auûP affaires les plus importantes de VEurope resta cachée derrière un voUe épais. Enfin, un nouvel orage, qui s'était élevé à F est et à F ouest, venait à peine de se calmer, lorsque Bentz mourut, le 9 Juin 1832, las de vivre, mais regretté de ceux qui l'avaient connu.

Plusieurs années se passèrent, avant que l'at-

tentiofi se reportât de différens côtés sur cet homme quip sans être ea:empt de défauts, s'était distingué sous tant de rapports. Mr. de Vamhagen, écrivain célèbre de Berlin y fut le premier qui, dans une esquisse spirituelle de sa vie, rappela à la mémoù^e les grands services que Oentz avait rendus. C'est dans ce même but que VEéUteur de ces mémoires français a déjà publié * une collection décrits Allemands du même auteur , et a cherché de cette manière à lui ériger un monument digne de son fnérite. Pour pouvoir se former une idée de la part considérable que Gentz a prise aux affaires de r Europe y surtout dans les quinze premières années de notre siècle, U fallait que le public connût quelques - uns des nombreux mémoires et lettres que Fauteur n'a jamais publiés ou qu'U n'avait pas destinés à la publicité; car c'est justement dans ces pièces que se manifestent le plus la richesse, l'énergie et Pactivité infatigable de son esprit. Tout le monde saU quelles difficultés on trouve, surtout en Allemagne, à pénétrer dans les secrets des cabinets ou dans les portefeuilles de personnes de distinction, et à rassembler des reliques historiques dispersées çà et là. Si, malgré cela, nos démarches n'ont pas tout - à 'fait manqué leur but , nous en sommes

^ Schriften von Qentt, h^ausgegeben Vitn Schiesier. S VoL Mannheim, i838^—40.

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redevables à la UbéraJUé bien rare de ceiLt qui ont' bien voulu nous prêter leur assistance. Qu*Us nous permettent de leur témoigner ici toute notre reconnaissance.

La collection qu'on va lire forme en quelque sorte un supplément au recueil des pièces allemandes dont il a été fait mention un peu plus haut. J^ai réuni ces differens écrits dans ce volume^ parce que y rédigés à la même époque , Us tendent tous à un même but, et que T auteur s'est servi pour tous de la même langue. La plupart de ces pièces inspire un vif intérêt; car, à côté des renseignemens kisto* riques les plus précieua:, nous y rencontrons partout les accens dune orne noble et énergique.

U y en aura peut-être qui accuseront tauteur d'aller quelquefois trop loin dans ces phttippiques; mais que ceux-là se souviennent qtiU s'agissait avant tout de réprimer la tyrannie accablante qui pesait sur l'Europe; que les excès de la France justifiaient même les plus violentes apostrophes, apostrophes qui, chaque fois que les Firmêçais s'avi-^ seraient de vouloir de nouveau maîtriser le monde, ne manqueraient pas de reproduire leur ancien effet. L'Allemagne surtout n'oubliera jamais à quel point ce langage était nécessaire, et pourrait, hélas! le devenir encore. Or, nous attachons un si grand prix à ces mémoires, par cela même qu'ils sont écrits non seulement avec un profond esprit politique,

mais aussi avec um vetve ei tm pattiaHame tro^ ment miblimeSy — qu'ils sont, en un met^ des manumens érigés en Thonneur de VAlle-^ mugne dans le temps de sa plus pfo^ fanâ^ humiliation!

Il ne nmtâ reste que peu de remarques à faite pour aborder les diverses pièces contenues diÊUS ce volume. Jf ans tous les emiroits où les hommes et les évén&nens ne se présenterment pas dans un jour assez lucide ^ le premier historien venu^ pourvu quHl occupe un rang distingué, comme p. e. AUs(m ou même Bignon — pour ne parler que des étrangers -^ fournira les éclahrcissemens nécessaires.

Le recueil commence par une série de lettres adressées au Comité Louis de Cobentzly alors Ministre des affaires étrangères de F Autriche, capaeUé médiocre, qui n'était guère à la hauteur de ce poste élevé, et plus épineux que jamais dans les temps éÇ alors. Il fut chargé de la direction du cabinet après la démission de V énergique Baron de Thugut, dans le moment même où Fan entama les négociations de la paix de LunévUle, et resta nùmstr£ jusqu'à la malheureuse issue de la guerre de ISOë^ Qjuoique Gentz dût le regarder cotnme son chef, il se trouva cependant dans une position si singulière et si indépendante, qu'il put oser tenir, envers le ministre , un langage que Von entendra rarement dmè la bouche (ffun emplogé vis-à-vis de son

préposé. Le fuM eêt que Qemtz ne reemmut poê en lui un chef de sa trempe, ei que, irrité de voir les araires les plus sérieuses maniées pur des mains si faibles, U s'ejeposait même au risque de tomber en disgrâce, quand U ai>ait quelque ^pèranee de traînailler aux grands intérêts du jour.

Le yy Projet dune déclaration de Louis XVIll contre le titre Impérial de Bonaparte^ fut rédigé à la demande du Prétendant, comme Oentz ^indique lui-même dans la note ajoutée de sa maim: nCe projet m'avait été demandé.^^ Si nous sommes bisa instruits, cette pièce n'a jamais été donnée au public. — Du reste, Oentz était étroitement lié tant avec le chef de la famille des Bourbons, qui résidait alors pour la plupart du temps à Riga, qu'avec le jeune Ifuc d'Orléans.

Deuûe morceaua: de ce recueil nous rappellent rardeur mal récompensée de Gustave TV Adolphe, de ce roi (^evalèresque de Suède, qui méditait des prejets[Men au-dessus de ses forces, et peut- être de ses talons. La lettre significative que Oentz lui adressa le 26 Juin 1S06 fut provoquée par le fameuâc échemge dordres entre la France et la Prusse^ cet échange blessa tellement Gustave, qu'Û renvoya la première des décorations de la couronne de Prusse à celui qui la lui avait donnée.

Les n Observations sur la négociation entre V Angleterre et laJPrance,'' qui sont un peu diffuses^

et que Fauteur aurait certainement aaumisea à une rédaction plus saignée y et terminées par un résumé général y si Vurgence des affaires ne T avait obligé de les mettre de côté, ne laissent pas de contenir les réfleanons les plus justes sur la situation générale et les relations dans lesquelles ces deux Etats se trouvaient alors y et nous font jeter sur la manière de traiter de Bonaparte un regard qui fait frémir. Oentz écrivit ces observations dans le cours de V automne 1806 y immédiatement après que les documens officiels eurent été publiés par les deux gouvememens. Quelques notes setdementy motivées par les discussions du Parlementy qui eurent lieu sur cette matière Fhiver suivant y furent aujoutées par lui pendant le cours de cette saison. — B appert de ce mémoire y ce qui est déjà suffisamment connu y que Fox n^ était pas fait pour être homme d^état. Heureusement pour l'Angleterre et pour V Europe y cet homme y si important comme membre d?une opposition protectrice de la liberté, fut bientôt enlevé à son poste ministériel. Quelles méprises n'aurait ^l pas encore ajoutées, vu sa répugnance invincible pour la Prusse, aux malheureux événemens qui se succédèrent coup sur coup depuis le mois d'Octobre 1806! — Après la mort de Fox (13 Septembre) et après un court intérim, pendant lequel le Comte Spencer et Mr. Windham, membres du ministère, se chargèrent du portefeuille,

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Lord Hawicky depuis si célèbre sous le nom de Chrei/y entra dans tes affaires ^ et s*y maintint, jusqu'à ce qu'enfin tout ce ministère coalisé fit place à une administration des Torys, dans laquelle Canning (1807 — 1809) dirigea dune main ferme les affaires étrangères.

La pièce la plus importante de ce recueil est scms contredit le ^Journal du mois d^Octobre 1806.^^ Ce chef - d'oeuvre est devenu public y U y a quelques années , par une traduction anglaise^ remplie de lacunes et d erreurs y qui a paru dans la United Service GazMtCy et a passé de là en AUemagne. Il fît partout, et surtout à Berliny la plus grande sensation, Pa/hni les voix qui s'élevèrent au sufet de cette publication , on remarqua principalement celle du Lieutenant - Général Prussien, de Boyen, qui, dans un de nos journaux (Minerve, mois de Mars 1888) se déclara hautement pour Vauthenticité et le mérite de ce mémoire, — Nous peuplions ici pour la première fois le texte complet et correct de Toriginal, que Oentz rédigea, de même qu'une grande partie de ses mémoires secrets, * en langue fratiçaise.^ La raison qui Tengagea à se servir de cette langue, est non seulement que le Français était de préférence la langue des Cabinets, maïs que fauteur composa la plupart de ses mémoires dans le dessein de les communiquer ensuite aux hommes détat ou aux cabinets étrangers a^ee

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lesquels U miretenait des Haiêons, êurUmt aua? hommes d*état de V Angleterre.

En écrivant ce Journal y Gentz n'eut pas seulement l'intention de donner un compte rendu des observations qu'U avait faites au quartier - générai Prussien y il sentait encore qu'U avait en même temps u/ne tâche plus élevée à rempUr, celle d'historien; car nous savons qu'il adressa peu de temps après — le 10 Févtwr 1S07 — à une dame de qualité en Autriche une lettre détaillée ^ dans laquelle, en parlant de plusieurs ouvrages qu'il venait de composer y il s'exprvmatt à dessein sur le Journal en question de la manière suivante: ^Enfin*^ — disait 'il, -^ j'ai minuté nUn journal de mon voyage au quartier - général du Rai de Prusse, do/ns lès premiers jours d'Octobre (1806), lequel journal ea^pliquera un jour les véritables causes de la chute subite et lamentable de la monarchie Prussienne, *^

Ce Journal nous présente en effet un tableau effrayant de l'infirmité et de la décadence dans laquelle la monarchie de Frédéric était tombée, depuis que, énervée au dedans, elle avait suivi au dehors une ' politique faible et antinationale. La^ peinture frappante des personnes et des événemens, la connaissance profonde de la conduite déplorable des faiseurs et celle des dangers menaçans, V&vposition lucide des véritables causes de la guerre €t de son issue funeste, enfin les principes Hobles

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