‹ Mémoires et lettres inédits du chevalier de GentzChapitre 9 sur 20 · De s'immiscer dans les affaires intérieures de la France · texte numérisé non relu

De s'immiscer dans les affaires intérieures de la France

2. De la contraindre dans la législation de ses douanes et les droits de son commerce.

3. De faire supporter des insultes à son pavillon. On reconnaît à ces phrases le grand auteur et

protecteur de déclamations et accusations , les unes plus absurdes que les autres, ^otit on ne cesse d'accabler l'Angleterre. On était accoutumé depuis longtems à en voir couvertes les colonnes du Moniteur; mais on est surpris de les retrouver dans une pièce diplomatique. Certes la paix serait faite depuis longtems, si elle ne tenait qu'à des obstacles de cette nature. L'Angleterre n'a jamais avancé auctme de

* No. ly dès pièces françaises.

ces prétentions. Pendant la dernière paix (et lea trois articles sont tels, qne, par la nature des ehosea, il ne peut en être question qn^en tems de pmuf% la complaisance du ministère Anglais fut même poussée aussi loin que possible, dans un sens contraire. Au lieu de sHmmiscer dans les affaires intérieures de la France, on fit le procès à M. PélHery parce quMl avait parlé sans respect de Bonaparte. Au lieu de lui donner des lois pour ^administration de son commerce, on permit à un certain nombre de Français de s^établir en Angleterre, sous le titre de CoQimissaires du Commerce; et au lieu dHnsulter à un pavillon quelconque, on abandonna par le traité d^ Amiens les honneurs que les Hollandais avaient rendus jusque - là à celui de la Grande-Bretagne. — M. Fox a bien relevé, dans sa réponse, la futilité complète de ces prétendues conditions préalables.

11 faut mettre sur la même ligne Passertion, aussi ridicule que fatuité , » que la véritable cause de la guerre avait été le refus de la France d^entrer dans un traité de commerce/' Si Bonaparte était de bonne foi, en alléguant une absurdité pareille, on ne sait plus ce qu^on doit penser de sa tête. Dans tons les cas, M. Fox n^aurait pas mal fait de répondre un peu plus vertement à cette folie; et puisque ,, l'Empereur ne pensait pas que tel ou tel article du traité d'Amiens avait été la cause de la guerre,*" il aurait dû lui fair^ entendre au moins que cette cause se trouvait dans Venaemhle de ce malheureux traité et bien moins encore dans ce qu^il avait stipulé, que dans ce quil avait passé sous silence.

Le passage qui suit, probablement le produit

commun de la manière leste et large dont le Grand Homme est accoutumé à traiter les affaires, et de llmmoralité profonde de ses serTîteurs, — est une des choses les plus impudentes, les plus outrageantes, qui aient jamais paru derant les nations. „0n noua accuse chez Votis de tout envahir; chez nous, on Voua accuse" (on ne dit pas précisément de quoi, mais nous le savons par coeur depuis long-tems) ),d'opprimer le opmmerce de tous les peuples; de mettre des entraves à leur industrie; de les écraser par des monopoles injustes, etc.** — „Ëh bien! nous ne demandons que TégaUté. Nous ne Vous demanderons aucun compte de ce que Vous ferez chez Vous, pourvu que Vous n'en demandiez jamais de ce que nous ferons chez nous.^

Il est clair que, dans cette proposition généreuse ,,d^une réciprocité juste et raisonnable," on ne pouvait pas avoir en vue ce que chacune des deux puissances en question ferait, proprement et strictement chez elle: car d^abord, s'il ne s'agissait que de cela, il ne valait pas la peine d^énoncer le principe avec tant de solennité. Cette espèce de réciprocité est de droit reconnu entre toutes les puissances indépendantes; et jamais, au plus fort même de la guerre, elle n^avait été contestée d'aucune part. Ensuite, la phrase qui précède la proposition, l'explique d'une manière si évidente, qu'il faudrait être aveugle pour s*y méprendre. „0n nous accuse de tout envahir; on Vous accuse de tyranniser les mers."" Eh bien! établissons Végalité! C'est à dire: » Continuez d'opprimer les peuples par Vos lois maritimes, Vos vexations et Vos monopoles ; nous ne nous en plaindrons jamais, pourvu que Vous nous permettiez, à

Votre tour, de les mfner par nos conquêtes pacifiques, par nos réunions et par nos soldats. — Je demande s'il existe un homme raisonnable sur la terre qufi puisse donner un sens différent au passa^^ que nous analysons? Et après cela, je demande si on a jamais vu se jouer de l'Europe, et insulter et maltraiter tous les peuples avec une audace comme celle qui caractérise cette proposition?

Après cela, nous entrons dans la partie de la dépêche, qui est probablement l'ouvrage exclusif de M. Talleyrand et de ses faiseurs.

Ce qu'ils disent sur 1 Intérêt de la France à la stabilité de la paix maritime, est très juste en thèse générale. La seule chose qu'ils paraissent oublier, c'est que Bonaparte n'a jamais en l'habitude de consulter dans les démarches politiques, l'intérêt et le bien -être de la France. — Cette garantie • là n'en est aucune avec lui; son égoîsme, son ambition, ses emportemens, ses passions décident de tout. Il est assez généralement connu que Talleyrand et Joseph Bonaparte ont fait Plmpossible, en 1803, pour le détourner d'une rupture, que la France voyait ap- Tprocher avec effroi.

Nous n'entrerons point ici sur ce qulls disent de l'intervention de la Russie. M. Fox a parfaitement répondu à cet article. La Russie était, de fait^ Variée de l'Angleterre; il ne s'agissait donc pas de sa médiation. Mais il y a un argument extrêmement adroit, par lequel ils paraissaient protester dès -lors contre l'admission même de cette alliance. '^Yous êtes les Souverains des mers; nous sommes une

grande puissance continentale. Si, maîtres de

la mer, par Votre puissance propre, Vous voulez

no

l'être aussi de la terre, par une puissance combinée, la paix n*est pas possible.*^

 cet argument, il aurait, je crois, fallu répondre :

1. Nous ne voulons pas être lés Souverains des mers; et moins que jamais, à condition que Vous soyez les SauverOfins de la terre. En tems de guerre nous sommes, il est vrai, aussi puissans sur mer que Vous pouvez Tétre sur terre. Mais la question est aujourd'hui de ce que nous serons en tems de paix ; et alors nous répondons sans hésiter qyie nous ne sommes et que nous ne prétendons être les Souverains de qui que ce soit; que nous ne donnerons des lois à personne, et que, pour peu que Vous observiez le même principe , l'Europe sera tranquille et heureuse.

2. Vous êtes la première puissance continentale ; mais cela ne Vous empêche pas d'avoir combiné Vos forces avec les deux premières puissances maritimes qui, après nous, existent en Europe. Nous sommes la première puissance maritime ; mais cela ne doit point nous empêcher d'être liés à des puissances continentales.

3. Aucun état ne peut défendre à un autre de former telle alliance que sa position , ses intérêts, sa convenance et la bonne volonté d'autres puissances le mettent en état de réaliser. Nous ne prétendQns pas Vous faire un crime de l'alliance dans laquelle Vous êtes avec l'Espagne; comment pourriez- Vous demander raison de celle que nous avons formée avec la Russie F La seule différence entre les deux cas est absolument en notre faveur: car notre alliance avec la Russie est parfaitement libre des deux côtés; et on ne dira pas tout -à- fait la même chose de celle que Vous avez formée avec TEspagne.

4. Nous ne aoiniDe» jfas, seêUê dans TaDlrerv. Le principe de réciprocité que Vous nous offres, parait le supiposeir, . à. la téiité ; maiS) quasi à nousj nous n'avons point .Fiaientioii d^ jaoïaia profiter de ce principe» Le9. jiHiaiicea dana leaqveUea noi» nous 80niine# trouvés,' ou que noi» pourrons i^ntracter danK l'ayenlr^ ne tiennent paa à notre intérêt excLasif. Lesi.puisaaiioec^qiii noiya proppsqnt ces alliances, «nt aussi leurs^ intérêts à consulter- Si les puisMuces maritimes .qomJHoent leurs Atfces avec ka Vôtres (su|H>osé toujours qu'elle le fassent librement), c'est qu'elles * rega^deuit Yotlre pouvoir sur le coatinent comune le conttve-poids à notre pouyoûr maritiuie; et si des f|uiaaauaes conënentales fout cause commune avec nous, c'est qu'elles regardent notre pouvoir maritime comme le cototre*poids à Votre pouvoir contineijtid» Voua n'avez donc pas l'ombre d'un droit de Vous . cq) poser a nos alliances^

No, VII. * M. Fox à M. Talleyraud.

• Du 8 AvrU.

Plusieurs parties de cette note sont non seulement iiTéprochables, mais très appropriées à leur objet, et écrites avec clarté et force. De ce genre est tout ce qui concerne les prétendues conâitiona préalakleê, examinées dans la dépêclie précédente , les expKcatîofiis sur le traité de commerce, les réflexions sur Vntîlîté d'une paix staWe pour l'une et l'antre des

. ** No. y ées pièces fimiiçiiîses.

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