Que la possession de Malte lui serait confirmée
3. due la France emploierait ses bons offices, pour que la Hollande lui cédât le Cap.
4. Que l'Empereur confirmerait à S. M. la possession de Pondichéry et de toutes ses dépendances.
5. Qu'il lui abandonnerait aussi l'Ile de Tabagn. En revanche, il demandait la cession de la
Sicile, sauf à indemniser S. M. le Roi de Sicile par les lies Baléares et une pension, que lui paierait le Roi d'Espagne.
Ces propositions étaient magnifiques et séduisantes. Qu'on les compare aux résultats de la note du 8 Août, tels que nous les avons résumés plus haut! (No. 35. Suppl. D.) Tout paraissait avoir changé de face: il n'était plus question, „ni de la déclaration du Roi de Hollande, qu'il renoncerait à sa couronne, si les Colonies n'étaient pas rendues à ce pays, ni du principe si souvent répété nque l'Empereur ne céderait pas un grain de poussière du territoire Français." Au premier aspect de ces propositions, on est stupéfait de les voir articulées par un négociateur de Bonaparte.
Mais en les examinant de plus près, une partie de cet étonnement disparaît. Car d'abord Bonaparte pouvait prévoir que le seul article de la Sicile devait anéantir l'effet de tous les autres. II connaissait le gouvernement Anglais; il ne risquait rien, en lui offrant, au prix d'une bassesse, les avantages les plus séduisans. Et si, par hasard, il se trompait, il gagnait immensément d'un autre côté, en signant même la paix à ces conditions. En cédant la Sicile. l'Angleterre se brouillait avec la Russie , se compromettait avec tout le continent, se dégradait aux yeux de toutes les nations. Au commencement d'une nouvelle guerre , ce n'était pas peu de chose pour Bonaparte que de la détacher, une fois pour toutes, de toute espèce de liaison continentale. Enfin, en lui confirmant ce qu'elle possédait, et ce qu'il n'était pas en son pouvoir de lui reprendre: en y ajoutant ce malheureux Electorat, sur le sort réel duquel il allait décider par la guerre avec la Prusse, et qu'il pouvait lui reprendre à chaque moment, et
en gagnant une possession précieuse, que ses armes n'étaient pas capables d'envahir, sa condition n'était rien inoins que mauvaise. Dans les deux cas, son profit était sûr. Ou bien il prolongeait la négociation par des offres dont il était sûr qu'on les refuserait, ou bien il réalisait ces offres par une paix qui, en avilissant l'Angleterre, la mettait pour longtems hors d'état d'exercer la moindre influence en Europe.
No. LU.
Lord Lauderdale à Lord Spencer.
Du 26 Septembre.
Conférence avec Champagny, le 26. Lord Lauderdale lui fait observer que, comme il ne pouvait pas signer la paix, saus qu'on soit convenu de l'admission des demandes de la Russie, il lui paraissait nécessaire de traiter d'abord cet objet. Sur cela M. Champagny lui déclare que, quant aux demandes de la Russie, le dernier terme de ses instructions était de consentir à ce que la cession de Corfou fût ajoutée aux stipulations contenues dans le traité d'Oubril. — Après une longue discussion, Lord Lauderdale lui annonce que, si tel est le cas, il regarde la négociation comme finie.
Il annonce la même chose par une note adressée à Talleyrand (Suppl. A. No. 37, pièces françaises).
M. de Champagny , en lui mandant qu'il a fait son rapport de cette conférence, le prie de lui en accorder encore une autre pour le 29. Lord Lauderdale l'accepte. (Il paraît que cette conférence n'a pas eu lieu ; du moins on n'en trouve aucune trace.)
No. Lffl.
Lord Howick à Lord Lauderdale.
Du 1 Octobre.
Il lui annonce que le gouvernement Français. persistant dans ses refus, et le Chef et son principal Ministre ayant d'ailleurs quitté Paris, il ne doit pas y continuer son séjour, à moins de recevoir une réponse positive.
No. LIV.
Lord Lauderdale à Lord Howick.
Du 4 Octobre.
En réponse à cette dépêche , il dit qu'il fera tout pour obtenir ses passe - ports.
No. LV.
Lord Lauderdale à Lord Howick.
Du 6 Octobre.
11 lui fait communication d'une note de M. Champagny , qui lui annonce qu'il a l'ordre de lui expédier ses passe - ports, et d'une autre de Talleyrand, datée Mayence , 1 Octobre, (No. 38, pièces françaises, ) et de la réponse qu'il a faite à celle - ci le (>; et il lui annonce qu'il partira de Paris Jeudi, 9 Octobre.
La note de Talleyrand est écrite avec une certaine décence. II n'en faut pas davantage, pour savoir que la main de Bonaparte n'y avait pas eu part. Mais en revanche, son esprit y domine d'un
Gentz, Mémoires. 14
bout à l'autre. Je n'en relèverai que les passages les plus marquans :
„S. M. voulait, pour le bonheur du monde, ne mettre en balance aucun avantage avec ceux de la paix." Quand on lit ces mots, et que l'on se rappelle que la négociation venait d'être rompue, puisque la Russie et l'Angleterre ne voulaient pas consentir à ce que Bonaparte ajoutât encore la Sicile à la masse déjà immense de ses conquêtes , on ne sait pas si on doit frémir ou rire de tant d'effronterie.
„Au milieu d'une guerre où il avait obtenu, sans aucun mélange de revers, de constans avantages." Cette phrase est d'une forfanterie ridicule, en parlant de la guerre contre l Angleterre, dont on pouvait plutôt dire sans exagération qu'elle avait été, pour Bonaparte et la France, une longue suite de revers, sans aucun mélange d'avantages.
„ S'il est dans la destinée de l'Empereur et du peuple Français de vivre encore au milieu des guerres et des orages que la politique et l'influence de I Angleterre auraient suscités." Et cela, à l'ouverture de la guerre avec une puissance qui était ellemême en guerre avec l'Angleterre; chez laquelle celle-ci n'avait pas un agent; et dont le Ministre, chargé de porter les premières paroles pacifiques, était à peine arrivé à Londres. Ajoutons, qui ne s'était armée contre la France, que pour conserver ce même Electorat d'Hanovre que l'Angleterre espérait de voir restitué par la paix!
JL'avenir fera connaître si une nouvelle coalition sera plus contraire à la France que les trois premières." — Toujours, comme si la guerre de la
Prusse était l'ouvrage de l'Angleterre! Et cette nouvelle coalition! Hélas! Nous serions un peu moins malheureux, si cette accusation insensée tivait eu le moindre fondement.
„Elle sera prête à rétablir les négociations sur les bases posées de concert avec l'illustre Ministre que l'Angleterre a perdu, et qui, n'ayant plus rien à ajouter à sa gloire, que le rapprochement des deux peuples , en avait conçu l'espérance ; et a été enlevé au monde, au milieu de son ouvrage." Quelle dégoûtante hypocrisie! D'abord, nous connaissons ces bases, posées de concert avec M. Fox! Nous avons vu à quoi elles pouvaient conduire, et à quoi elles ont conduit. Si M. Fox a mérité les regrets et les larmes de la France, c'est tout au plus pour ses intentions; car l'analyse que nous venons de faire, nous a convaincus que jamais il ne serait parvenu à la paix. Ces éloges adressés à sa mémoire, sont un monument bien équivoque de sa gloire. Le peu qui s'y mêlait de reconnaissance, a coûté bien cher à sa patrie; mais le principal objet de cette oraison funèbre était de rendre odieux ses successeurs.
La réponse de Lord Lauderdale à cette note est une pièce très médiocre. Ce qu'il y a de mieux, c'est la protestation bien positive contre l'insinuation, aussi fausse que perfide, que la rupture des négociations tenait à la mort de M. Fox. — Mais on \ lit avec un sentiment pénible l'aveu, aussi triste que vrai, »que ce grand homme agissait avec la conviction parfaite qu'il avait reçu de la France une proposition de paix sur la base de VUti possideti*.'
illusion tout -à- fait impardonnable, qui aurait déshonoré un écolier, et qui n'était certainement pas digne d'un grand homme. — On est étonné de ne pas trouver un mot en réponse à ces accusations injustes , qui présentaient le gouvernement Anglais comme l'auteur d'une nouvelle coalition, et comme le moteur de cette guerre terrible qui allait ensanglanter le continent; tandis que Lord Lauderdale ne rougit pas de dire «qu'il a vu avec la satisfaction la plus réelle que le ton et la modération observés dans la note de Talleyrand , répondaient aux sentimens qui les accompagnent," phrase dans laquelle le scandale du compliment rivalise avec la niaiserie de la rédaction.
On voit encore par cette dernière pièce (ce qui d'ailleurs est suffisamment connu,) que les demandes de la Russie se bornaient à la conservation de Corfou, au maintien du Roi de Naples dans la possession de la Sicile, et à une indemnité pour le Roi de Sardaigne. * — Le sort de V Allemagne, bien autrement important que tout cela, est abandonné à Dieu.
Ajoutons quelques mots sur les causes qui ont fait rompre cette négociation. Elle n'était point un chef- d'oeuvre de sagesse de la part de ceux qui l'ont dirigée; elle n'était point un chef- d'oeuvre de dextérité de la part de ceux qui l'ont conduite; mais la loyauté qui la caractérise d'un bout à l'autre, est digne de l'admiration générale.
* Celle-ci devait être effectuée par l'abandon de la Dalmatie. Voyez le discours de Lord Howick, du 5 Janvier, où on trouve des observations très sensées sur cet article.
-On offrait à l'Angleterre, jusqu'au dernier moment des conférences, la restitution du Hanovre, Malte, le Cap, Pondichéry, etc. (ce qui voulait dire la domination exclusive de l'Inde), enfin Tabago. Pouvaitelle en demander davantage pour ses intérêts particuliers ? Et aurait - elle balancé de signer , pour conserver encore quelques objets subalternes, tels que Ste. Lucie, Surinam et Dèmèrary? Non, certainement pas! Pourquoi donc a- 1- elle rompu la négociation ? Pour ne pas dépouiller de la Sicile, un Roi a qui elle avait promis son appui. Pour elle-même, pour ses propres intérêts, elle aurait pu se consoler de cette perte. Quelques ports de plus, ajoutés à tous ceux de l'Italie , de la France et de l'Espagne, n'auraient pas ruiné l'Angleterre; et avec Malte, elle n'avait pas à craindre la Sicile. Ce fut donc par fidélité a ses engagemens, par honneur, par magnanimité, par noblesse, qu'elle refusait d'énormes avantages, achetés par une démarche malhonnête. *
Veut - on dire que la Sicile n'était que le prétexte de la rupture, et que le véritable motif se trouve dans la nouvelle guerre qui s'allumait alors sur le continent? Eh bien, nous nous soumettons à cette hypothèse. Si tel était le motif de l'Angleterre, ou si, indépendamment de sa ferme résolution de ne jamais consentir a la perte de la Sicile, et de ne
* Sonic inight contend. that tlie British governnient ouglit not to hâve rejected tlie ternis offered, because it would be difficult to procure better To that tlie auswer is. that they were rejected, because it would hâve been dishonourable to accept thern." Lord Howick. in tlie House of Gommons. 5 Jan. 1807.
jamais séparer sa cause de celle de la Russie , l'explosion de cette nouvelle guerre a contribué, pour peu ou pour beaucoup, à la refroidir sur la perspective de la paix , sa politique , nous le soutenons encore , a été grande , éclairée et généreuse. * Ce n'était pas à coup sûr son intérêt (dans le sens commun et étroit,) qui lui dictait sa marche à cette époque. Car Bonaparte aurait perdu plusieurs batailles, et la moitié de ses conquêtes continentales, qu'elle n'aurait jamais pu obtenir plus qu'il lui offrait le 15 de Septembre: et elle risquait même évidemment, si le Roi de Prusse avait de grands succès, de perdre à tout jamais le Hanovre. — Lui attribuer une haine aveugle, et le désir de voir humilier Bonaparte, à quelque prix et par quelques instrumens que ce fût, est une idée qu'aucun homme raisonnable ne
* Le mauvais succès de cette guerre ne fait rien contre ce raisonnement Car d'abord , il serait injuste et insensé d'en imputer toute la responsabilité à l'Angleterre; et ensuite; en admettant même que l'Angleterre n'a pas fait ce qu'elle aurait dû et pu faire, ou pour prévenir cette guerre, ou pour lui imprimer un autre caractère — ce qui est très fort mou opinion — cela n'empêche pas que la simple résolution de sacrifier tous ses intérêts particuliers, pour ne pas faire perdre au continent une chance de rétablissement et de salut, n'ait cte d'une très bonne et très noble politique. Le principe d'après lequel elle agissait, était irréprochable: mais la manière dont elle l'a appliqué aux circonstances, peut avoir été très repréhensible. Encore faut -il soigneusement distinguer. Les fautes capitales étaient celles qu'on a commises dans les premières époques de la négociation : elles appartiennent presquetoutes à M. Fox. Au moment de la rupture, le gouvernement Anglais ne pouvait plus conférer à l'Europe que le bienfait de sa renonciation aux avantages de la paix: tout le- rc.-te était déjà gâté sans remède.
partagera avec les libellistes du Moniteur. Ni le successeur de Fox , ni aucun de ses collègues n'était suspect d'un sentiment pareil. — Il ne reste donc qu'une seule explication: la perspective d'une nouvelle lutte générale, pour rétablir l'indépendance du continent, l'emportait sur tous les avantages quelle aurait pu recueillir de la paix ; et si c'était là un calcul d'intérêt, désirons, pour le bonheur du monde, que les gouvernemens soient toujours guidés par les principes d'un calcul pareil!
Mais une autre réflexion s'offre ici. Machiavel a dit que tous les malheurs des états et des individus viennent de ce que les hommes ne savent jamais être ni entièrement bons, ni entièrement médians. Cette maxime, quoique d'une moralité très équivoque, parait malheureusement se vérifier dans tous les grands événemens de ce monde, h' Angleterre avait commencé ses négociations sous des auspices funestes : le continent était à moitié subjugué ; elle ne savait plus imaginer de moyen, non seulement pour rétablir ce qui était perdu, mais pas même pour sauver ce qui était intact. Pendant qu'elle traitait avec la France sur des bases extrêmement insuffisantes, celle-ci d'un seul coup de main enleva un tiers de l'Allemagne. Au moment où on offrit à l'Angleterre une paix décidément avantageuse , le fil d'une véritable négociation était déjà perdu au point qu'il n'aurait plus été en son pouvoir de le retrouver. Elle ne pouvait plus être entièrement bonne. Voyons quel aurait été le résultat, si tout- à- coup elle s'était déterminée à changer complètement de système, à devenir entièrement méchante, à accepter la paix qu'on lui offrait.
sans consulter aucun autre intérêt que celui de sa propre conservation , de sa force et grandeur exclusives ! D'abord , si elle suivait cette route , il est douteux que la guerre eût éclaté. Mais supposons qu'elle eût éclaté: l'Angleterre, munie de tous les avantages que cette paix lui avait confirmés, eût gagné le tems et les moyens de consolider et d'augmenter ses ressources; si, par la tournure de la guerre continentale , la Prusse ou la France lui disputaient la restitution du Hanovre, elle gardait la Sicile en otage ; si , en cédant celle - ci à la France, on lui rendait l'Electorat, elle acquérait de suite un nouveau moyen pour participier aux affaires de l'Allemagne. Bonaparte écrasait le continent ; il ne l'a pas moins fait aujourd'hui ; mais la puissance de l'Angleterre était intacte ; et pendant que son ennemi implacable fatiguait et épuisait ses moyens, elle conservait, elle renforçait les siens. Après quelques années de paix , ses forces devenaient tellement imposantes, que, quoique séparée de tout le continent, ce continent lui aurait pardonné sa paix, en faveur des nouveaux secours, des secours décisifs et incalculables, qu'elle était en état de lui accorder; et elle aurait pu le dédommager de l'abandon momentané où elle l'eût laissé, par des services d'une étendue plus grande, et d'une nature plus solide et plus permanente , que tous ceux qu'elle peut lui rendre aujourd'hui.
L'Angleterre aurait dû autrement négocier; mais ayant négocié comme elle l'a fait, il est pour le moins problématique, si elle n'aurait pas agi plus sagement , en signant une paix séparée , et en
ajournant à une autre époque la réponse à toutes les accusations dont elle se serait vue assaillie.
Déclaration de S. M. Britannique.
Du 21 Octobre 1806.
L'analyse que nous venons de faire , nous a convaincus et pénétrés de la bonne foi , de la loyauté et de la fidélité à ses alliés, dont le gouvernement Anglais a fait preuve dans toute cette négociation. Sa cause était, sous ces grands rapports-là, aussi bonne qu'on puisse l'imaginer. Mais dans la déclaration qui a précédé les pièces, il en a bien peu tiré profit. Il a même gâté l'effet qu'une exposition plus exacte et plus habile n'aurait pas manqué de faire sur le public; et en insistant sur des choses insignifiantes, ou en articulant des faits sans fondement, il a donné prise sur lui à un ennemi dont l'astuce et l'insolence, sachant pervertir la vérité ellemême, ne pouvait que saisir avec empressement un prétexte malheureusement trop spécieux pour calomnier le gouvernement Anglais.
1. „The négociation originated in an offer, made by the French government. " Et plus bas: „ The first overtures, wlrich led to négociation, were made by the ennemy."
Rien ne saurait être plus insignifiant, que la question, laquelle des deux puissances a fait la première proposition. Si on s'était tu sur cet article, personne n'y aurait fait attention. En le relevant, en lui donnant de l'importance, en provoquant les réflexions du public, il fallait au moins être très suide son fait. Mais tel n'était pas le cas. Il est clair
pour tout homme impartial, que c'est M. Fox qui a commencé la négociation. Sa lettre , dans l'affaire du malheureux Français, ne pouvait être interprétée par Bonaparte que comme une démarche éminemment pacifique. Et, quoique le gouvernement Français, en supprimant la lettre de Talleyrand (laquelle, après tout, n'était qu'une lettre particulière) ait jeté du louche sur cette question, il n'en est pas moins évident que cette lettre ressemblait infiniment moins à l'offre formelle d'une négociation , que la réponse de M. Fox, du 26 Mars, où il discute les bases de la paix.
2. «The négociation originated in an oflfer made by the French government of treating for peacc on the basis of actual possession, which was stated to admit of mutual compensation. Such a proposai appeared to His Majesty to afford a just foundation for neyociating : it was therefore aecepted. — No sooner liad tins basis been mutualïy admitted etc."
Ceci est tout autrement fort. Nous connaissons l'histoire de la négociation; nous savons ce qu'il en est de cette base de l'Uti possidetis. On ne conçoit pas comment le gouvernement Anglais a pu avancer ce qu'il avance ici, à la face des pièces publiées par lui-même: car, quand même il serait vrai ( comme il ne l'est pas), que cette base eût été proposée à Lord Yarmouth, il est au moins de la dernière évidence que la négociation n'a pas commencé pat cette proposition-, que, dans toute la première partie de cette négociation, dans la correspondance entre M. Fox et Talleyrand, il n'est jamais question de lUti possidetis ; et que rien ne s'éloigne plus directement de la véritable marche des choses, que le
récit de la déclaration : Une pareille proposition paraissait présenter à S. M. le fondement raisonnable d'une négociation: elle fut donc acceptée, etc.
Les débats qui ont eu lieu aux deux chambres du parlement, ont si complètement éclairci ce point, et les Ministres se sont si mal défendus, qu'il ne pouvait plus subsister aucun doute sur la faiblesse extrême de leurs assertions; et il n'y a que l'embarras où ils se trouvaient, pour justifier l'imprudence et la légèreté avec lesquelles M. Fox était entré dans cette négociation, qui puisse nous expliquer le motif par lequel ils se sont hasardés dans cette assertion.
3. Ils n'ont pas été plus heureux, en expliquant la conduite de M. Oubril. „Le principal appât que la France présentait à la Russie, comme le prix de tous les sacrifices qu'elle avait arrachés à ce Ministre, était la conservation de V Allemagne. Mais avant que la décision de la Russie, relativement à ce traité, pût être connue, la France avait déjà totalement anéanti la constitution de l'Empire Germanique, et soumis à son propre joug une quantité des états d'Allemagne."
Le fait est que ces mesures violentes avaient été entièrement consommées, non pas seulement avant que l Empereur de Russie eût fait connaître son opinion sur le traité, mais avant que ce traité eût été signé.
C'est le 17 Juillet (comme Lord Yarmouth le dit lui-même dans une de ses dépêches) que le sort de l'Allemagne a été définitivement réglé ; et c'est le 20 du même mois qu Oubril a signé son traité. Le fait est malheureusement encore que, parmi les motifs qui engagèrent l'Empereur de Russie
à refuser sa sanction à ce traité , et parmi les nouvelles propositions dont, à la suite de ce même refus, l'Angleterre se chargea pour la Russie, le bouleversement de l'Allemagne ne se trouvait pas seulement articulé. — Enfin, il faut le dire : cet événement funeste et majeur joue un plus grand rôle dans cette déclaration, qu'il n'en a joué dans tout le cours des négociations.