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Lord Howick , depuis si célèbre sous Je nom de Grey, entra dans les affaires, et s'y maintint, jusqu'à ce qu'enfin tout ce ministère coalisé fit place à une administration des Torys, dans laquelle Canning (1807 — 1809) dirigea d'une main ferme les affaires étrangères.
La pièce la plus importante de ce recueil est sans contredit le „J ournal du mois d'Octobre 180 6." Ce chef '- d'oeuvre est devenu public, il y a quelques années, par une traduction anglaise, remplie de lacunes et d'erreurs, qui a paru dans la United Service Gazette, et a passé de là en Allemagne. Il fit partout, et surtout à Berlin, la plus grande sensation. Parmi les voix qui s'élevèrent au sujet de cette publication, on remarqua principalement celle du Lieutenant - Général Prussien, de Boy en, qui, dans un de nos journaux (Minerve, mois de Mars 1838) se déclara hautement pour l authenticité et le mérite de ce mémoire. — Nous publions ici pour la première fois le texte complet et correct de l'original, que Gentz rédigea, de même qu'une grande partie de ses mémoires secrets, en langue française. La raison qui l'engagea à se servir de cette langue, est non seulement que le Français était de préférence la langue des Cabinets, mais que l'auteur composa la plupart de ses mémoires dans le dessein de les communiquer ensuite aux hommes d'état ou aux cabinets étrangers avec
lesquels il entretenait des liaisons, surtout aux hommes d'état de l'Angleterre.
En écrivant ce Journal ', Gentz n'eut pas seulement l'intention de donner tin compte rendu des observations qu'il avait faites au quartier - général Prussien, il sentait encore qu'il avait en même temps une tâche plus élevée à remplir, celle d'historien; car nous savons qu'il adressa peu de temps après — le 10 Février 1807 — à une dame de qualité en Autriche une lettre détaillée, dans faquelle, en parlant de plusieurs ouvrages qu'il venait de composer, il s exprimait à dessein sur le Journal en question de la manière suivante: » Enfin" — disait -il. — j'ai minuté »un journal de mon voyage an quartier - général du Roi de Prusse, dans les premiers jours d'Octobre (1806), lequel journal expliquera un jour les véritables causes de la chute subite et lamentable de la monarchie Prussienne."
Ce Journal nous présente en effet un tableau effrayant de l'infirmité et de la décadence dans laquelle la monarchie de Frédéric était tombée, depuis que, énervée au dedans, elle avait suivi au dehors une politique faible et antinationale. La peinture frappante des personnes et des événemens. la connaissance profonde de la conduite déplorable des faiseurs et celle des dangers menaçons, l'exposition lucide des véritables causes de la guerre et de son issue funeste, enfin les principes nobles
et solides que l auteur manifeste partout, l'élan patriotique et le ton mélancolique qui animent le récit de ces calamités nationales — tout cela fait de ce mémoire un des documens historiques les plus merveilleux.
Le recueil est terminé par deux mémoires sur les droits maritimes , c'est - à - dire , sur la question épineuse de savoir : A quels droits peuvent prétendre les neutres pendant une guerre maritime? question qui, dans toutes les occurrences, sera vivement discutée, surtout entre V Angleterre et les états maritimes d'un ordre inférieur. — Gentz écrivit de sa propre main sur X enveloppe de ces cahiers „ Cette première partie a été imprimée à Paris en ISIS. — La seconde, quoique peut-être plus intéressante , n'a été lue que de quelques personnes. " Il parait, d'après cette remarque, que la première dissertation fut imprimée comme manuscrit et communiquée à un certain nombre de personnes; car je ne puis croire qu'elle soit venue à la connaissance du grand public, n'en ayant trouvé nulle part la moindre notice. Je présume même qu'elle ne fut pas imprimée en 1813 — car qui est - ce qui aurait osé l'imprimer alors à Paris? — mais en 1S16 , Gentz se trouvant à cette époque dans cette capitale, où il assistait aux conférences tenues pour la seconde paix de Paris.
Avant de mettre ces deux mémoires sous les
yeux de mes lecteurs, je ne crois pouvoir mieux faire que de citer les mots par lesquels Gentz luimême entama cette matière huit ans auparavant, à l'occasion d'un ouvrage de Gérard de RaynevaL intitulé: „ Institutions du droit de la nature et des gens" (Paris, 1803), ouvrage qui acquit en France une grande autorité, mais que Gentz soumit d abord à une critique très sévère. * Il dit entre autres parrapport aux droits maritimes :
„ D'après tout ce que nous venons de dire sur le caractère de l'ouvrage en question [de Rayneval], vous pensons bien que personne ne s'attendra à y trouver quelque donnée importante qui puisse faciliter la solution d'un problème aussi difficile et aussi compliqué qu'est celui de fixer les droits et les devoirs respectifs des puissances belligérantes et des puis s an ces neutres dans une guerre maritime. Les peines inutiles que, depuis Albericus Gentilis et Hugo Grotius jusqu'à nos jours, se sont données une foule d écrivains pour résoudre de manière ou d'autre ce problème récalcitrant ; les mécomptes et les contradictions dans lesquels sont tombés tous ces écrivains, du moment qu'ils se sont flattés de parvenir à une solution, en laissant de côté les traités positifs,
* On la trouve dans la „Allgemeine Literatur - Zeititny de Je na > mois de Mai 1804.
pour ne consulter que ce que Von appelle le droit des yens pur ou naturel; le résultat singulier que Ton avait déjà obtenu dans des temps plus reculés, et que différens jurisconsultes — entre autres le judicieux Galiani — ont signalé avec tant de justesse, résultat qui est que, dans cette matière, chaque fois qu'on veut revenir à des principes généraux, les deux parties opposées (comme par suite dune antinomie naturelle) ont, suivant le point de vue d'où Ton part, en même temps raison et tort; enfin toutes les discussions récentes, amenées par les fameux traités de neutralité de 1780 et 1800, et dont quelques-unes ont été très approfondies, tout cela n'a fait que donner aux juges compétens la conviction que la question des limites à établir entre les puissances belligérantes et les neutres dans une guerre maritime, n'est pas seulement restée indécise en général, mais que même elle se refuse à toute solution, dès qu'en prenant les voies suivies jusqu'ici, on s'écarte des droits positifs fixés par les traités. Il n'y a pas de question concernant le droit des gens qui décèle d'une manière plus palpable que celle-ci combien sont insuffisantes les règles que Ton a établies jusqu'à nos jours pour un droit des gens universel : il ri y en a point qui rende plus suspectes et plus chancelantes les bases que Ton a données à cette science; et T auteur de cette critique, qui a
lu et comparé avec une attention toute particulière tout ce qui a été écrit de part et d'autre sur la question, croit pouvoir assurer que, tant que Von n'analysera point, tout autrement que cela ne s'est fait jusqu'ici, et qu'on ne remettra pas dans le creuset les principes fondamentaux d'un droit des gens naturel , il faudra se résigner à regarder cette dispute comme interminable.
„ L'auteur dont nous nous occupons [ Mr. de Rayneval] semble n'avoir pas même connu les difficultés dont la matière est hérissée, ou du moins ne s'en être guère soucié. Il expédie en peu de mots les questions les plus compliquées, et distribue à tort et à travers des licences et des privilèges selon son bon plaisir. Il accorde sans restriction aux puissances neutres la maxime que le pavillon couvre la cargaison, sans tenir aucun compte des objections élevées contre elle par les défenseurs de la partie adverse, notamment par les écrivains anglais, et certes ces objections ne sont rien moins que frivoles. En revanche, il accorde pleinement aux puissances belligérantes le droit de visiter les vaisseaux neutres, lors même qu'ils seraient sous l'escorte d'un b âtiment de guerre; bien qu'on ne puisse nier que les raisons que les apôtres de la navigation neutre ont opposées à l'exercice d'un pareil droit, n'aient pour le moins autant de poids que celles qu'ils ont alléguées pour la
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liberté de la marchandise ennemie naviguant souspavillon neutre."
Ces deux mémoires nous prouvent jusqu'à quel point Gentz avait approfondi la matière. Ses opinions s'accordent souvent d'une manière étonnante avec celles que les premiers publicistes de notre temps ont émises depuis sur le même sujet. Mais le raisonnement acquiert sous sa plume tin intérêt tout particulier, en ce que, pour traiter la question générale, il profite à propos des différends qui s'étaient élevés alors sur les droits maritimes. La France avait déjà soulevé l'Amérique septentrionale contre V Angleterre ; mais la Russie, seule parmi les états du continent, résistait encore et protégeait en quelque sorte le commerce Anglais. Napoléon s'occupait déjà des préparatifs de la guerre dans laquelle son pouvoir colossal vit s'entrouvrir l'abîme qui devait bientôt l'engloutir.
Depuis fa chute de Napoléon, presque toutes les questions du droit des gens étaient en quelque sorte exclues de l'ordre du jour; mais elles viennent de reprendre toute leur importance, depuis que les progrès de la civilisation paraissent devoir être de nouveau en proie aux illusions et au désir insatiable de domination et de gloire d'un peuple remuant. Relisons donc dès maintenant ces anciens souvenirs, écoutons les voix qui du fond des tombeaux s'élèvent pour nous remettre en mémoire les
luttes, les malheurs et les expériences de nos ancêtres, afin qu'au jour du danger nous sachions tous sous quel drapeau nous rallier.
Stoutgart, le 1 Mors 1841.
MEMOIRE