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Mémoires et lettres

Art. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication.

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution.

Le nom de l'Éditeur sera placé à la tête de chaque volume.

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil , et s'il n'est accompagné d'une déclaralion du Commissaire responsable , portant que le travail lui a paru mériter d'être publié.

Le Commissaire responsable soussigné déclare que l édition des Mémoires et Lettres de Marguerite de Valois, préparée par M. F. Guessard, lui a paru digne d'être publiée par la Société de l'Histoire de France.

Fait à Paris , le \" mai 1842.

Signé Ch. LENORMANT.

Certifié , Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France , J. DESNOYERS.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUH.

Ce volume renferme :

i'. Les 3Iëmoires de Marguerite de Valois;

1° . Un Mémoire justificatif, composé par elle, pour Henri de Bourbon, roi de Navarre;

3». Ln choix de Lettres.

C'est tout ce que j'ai pu ou cru devoir recueillir des œuvres de la fille de Henri H et de Catherine de Médicis, de la sœur de Charles IK et de Henri IH, de la femme de Henri-Je-Grand.

Je ne pense pas, comme le jjremier éditeur des Mémoires , que 'c ce livre est un de ceux qui n ont « point besoin de lindustrie d autruy pour se « rendre recommandables, et que son titre est un « charme si puissant qu'il faut estre merveilleuse- « ment stupide pour n'estre point attiré à la lecture « de l'ouvrage qui en est suitte w \ Je ne dirai pas non plus, avec Brantôme, que les Lettres de la reine Marguerite « sont les plus belles, les mieux « couchées , soit pour estre graves que pour estre «familières; qu'il faut que tous grands escrivains « du passé et de nostre temps se cachent et ne pro- « duisent les leurs , quand les siennes comparois- « tront , qui ne sont que chansons auprès des

' Les Mémoires de la royne Marguerite , à Paris , par Charles Chappellain , rue de la Bûcherie , à l'image Saincle-Barbe , in-8», 1628. — Préface de l'Éditeur.

îj PRÉFACE DE L'ÉDITEUR.

« siennes , et qu'il n'y a nul qui, les voyant, ne se « mocque du pauvre Cicëron avec les siennes fa- «milières» ^. H y aurait, à professer de pareilles opinions, des inconvénients de plus d'un genre, mais un entre autres, nn grave et sérieux, cjui serait de courir le risque de s'aliéner les nombreux partisans de ce pauvre Cicéron. C est à quoi ne voudrait s'exposer pour rien au monde ni la Société de l'Histoire de France en général, ni^ en particulier, le membre obscur auquel a été confié le soin de cette édition.

Brantôme ajoute, toujours à propos des Lettres de Marguerite, que « qui en pourroit faire un re- « cueil , et d'elle et de ses discours, ce seroient au- « tant d'escoles et d'apprentissages pour tout le ce monde ))^. Je prendrai encore la liberté de ne pas m'associer à ses illusions sur ce point ; et , si intéressé que je sois à faire accepter à la lettre le passage que je rapporte ici, je me crois en conscience obligé d en atténuer la portée. Je me borne donc à dire qu'une édition des Mémoires de Marguerite de Valois, accompagnée d'un choix de ses Lettres, peut être regardée, sinon comme une source d'enseignements pour tout le monde , au moins comme une chose utile. L'opinion de Brantôme ainsi revue, corrigée et considérablement diminuée, je n'en puis plus rien rabattre, et cela par deux raisons.

• Femmes illustres , Discours v*.

' Id. ibid.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. ,ij

D'abord , en ce qui concerne l'auteur dont je publie les œuvres , je me sens à son égard cette prédilection d'éditeur qui va trop souvent jusqu'à la faiblesse pour jamais souffrir fin justice : je conçois qu'on puisse raisonnablement douter de sa vertu; je ne comprendrais pas qu'on mît en question son esprit et son mérite littéraire, et, heureusement pour Marguerite et pour moi, je ne suis pas le seul de mon avis. Il y a ici l'autorité de la chose jugée ; il y a des témoignages bien autrement graves et bien moins suspects que celui de Brantôme, et entre autres ces paroles d'un prince de l'Eglise : « Margheiita eradonna dispirto grande , ed in siw libro di memorie, distese con fioritissimo stilo , cil usci dopo las ua morte in istampa, viene raccontato da lei medesima a pieno il successo di quel cJi ella trattb inFiandra a fcwordel fratello.y> C est ainsi que s'exprime le cardinal Bentivoglio dans son Histoire des guerres de Flandres , et les plus violents détracteurs de Marguerite ne l'ont jamais contredit sur ce point. 11 est permis assurément de ne pas découvrir dans les écrits de cette belle Reine un intérêt aussi attachant que Pellisson , qui dit avoir lu ses Mémoires deux fois d'un bout à l'autre en une seule nuit*; mais, pendant le jour, et sans nuire à son sommeil, on y trouvera, j'imagine, plus d'un genre de mérite et d'attrait, pour peu que l'on s'intéresse à l'histoire de la politique , de la littérature et des mœurs du xvi" siècle.

' Hist, de r^cad. franc., p. 308. Paris, 1672, in-12.

iv PRÉFACE DE L'ÉDITEUR.

Si le nombre des éditions prouve quelque chose en faveur d'un ouvrage, c'est un argument de plus que je puis invoquer, au moins pour les Mémoires, qui forment la partie importante de cette publication.

Toutefois, un tel argument pourrait être mal pris , et suggérer à quelque esprit difficile cette question indiscrète : Si les Mémoires de Marguerite de Valois ont été tant de fois édités, pourquoi une nouvelle édition ? La réponse à cet interroo^ateur est précisément la seconde des deux raisons dont je parlais tout à l'heure; c'est la conviction où je suis, et où chacun serait à ma place , que cette édition est de beaucoup supérieure à toutes celles qui l'ont précédée. Je l'affirme, sauf à le prouver dans un instant et au risque de blesser les âmes délicates par un semblant d'outrecuidance. Nécessité pénible, mais nécessité; car faute d'v obéir, la question posée ci-dessus reste entière. Je dois donc vous faire savoir, ami lecteur , d'abord que ce volume contient des écrits inédits de Marguerite de Valois , c'est-à-dire trentesix Lettres; ensuite, que les éditeurs des Mémoires, mes devanciers, me font l'effet de s'être transmis le même texte les uns aux autres, comme un bien de famille , et que même les successeurs n'ont pas toujours respecté l'héritage qu'ils recueillaient. Joignez à cette circonstance les erreurs typographiques , et vous comprendrez comment la dernière édition, loin d'être meil-

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. v

leiire que la première, m'a paru infînimeut moins correcte et moins pure. Or, les éditions récentes étant toujours plus communes que les anciennes, on avait, dans ces derniers temps, toutes les chances possibles pour mettre la main sur le plus mauvais texte des Mémoires de la reine Marguerite. Le seul remède au mal , c'était de recourir aux manuscrits, et c'est ce qui a été fait. Quant aux Lettres, inédites ou non, elles ont été, à très-peu d'exceptions près, transcrites sur les autographes, conservés à la Bibliothèque royale , lesquels , par parenthèse , accusent assez souvent l'éditeur qui en a publié un certain nombre, il y a quelques années, dans la Revue rétrospective. Je ne parle pas ici de mes soins , de mes peines , toutes choses qui ne sont pas susceptibles de vérification , et qui, d'ailleurs, ne font rien à l'affaire. J'indique sommairement les raisons qui me font croire au mérite relatif de cette édition, et sur lesquelles repose la prétention obligée que j'ai exprimée [)lus haut. Chacun pourra en vérifier la justesse, au moyen des indications et des détails suivants, qui sont relatifs à chacune des parties de cette publication.

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