‹ Mémoires et lettresChapitre 2 sur 35 · L MÉMOIRES · texte numérisé non relu

L MÉMOIRES

Comme je l'ai dit, il existe un assez grand nombre d'éditions des Mémoires de la reine Marguerite. Depuis 1628, date de l'édition originale, jusqu'à ce jour, ils ont été fréquemment publiés

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et réimprimes, soit dans les Pays-Bas, soit en France, isolément, avec d'autres ouvrages, ou dans les collections. « Nous devons ces beaux «Mémoires, dit Colomiès, à Auger de Mauléon, «sieur de Granier, qui, pour s'établir à Paris, « s'associa avec un libraire nommé Chapelain , «et, depuis, avec un autre, nommé Bouillerot; « et comme il avoit été curieux de bons manu- «scrits, il en publioit de temps en temps quel- « ques uns. Outre ces Mémoires, nous lui devons 'c aussi ceux de M. de Villeroy, les Lettres du car «dinal d'Ossat, celles de M. de Foix, archevêque « de Toulouse , et le traité du père Mariana, tou- « chant la réformation du gouvernement des jé- « suites, traduit en françois *. » C'est ce même éditeur qui ne craint pas d'affirmer qu'il faut être merveilleusement stupide pour ne pas se plaire à la lecture de son auteur , après quoi il ajoute : « Que Rome vante tant qu'il lui plaira les Com- « mentaires de son premier empereur, la France « a maintenant les Mémoires d'une grande Roi ne, « qui ne leur cèdent en rien. Voilà un éloge bien « grand , mais très-véritable pourtant , et duquel «tu ne me dédiras pas, lecteur, si tu n'es proc- « cupé de cette impertinente opinion, que rien ne « peut égaler ce que l'antiquité a produit , ou si « une abominable malice ne te fait re^farder avec « envie la gloire de ta patrie. «

* Colomiès, Biblioth. choisie. Paris, 1731, p. 233.

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Il jugeait l'ouvrage si parfait, qu'il ne crut pas à propos d'y joindre la moindre note, le plus petit éclaircissement; mais en revanche, il mit en circulation une erreur grossière en avançant qu'il était adressé « à messire Charles de Vice vonne , baron de la Chasteigneraye et seigneur (c de Hardelay, qui estoit chambellan dn duc d'A- «lençon. Quelques uns croyent , dit-il encore, (c que l'adresse en soit faitte à monsieur de Ran- « dan , mais cela n'est pas si vray-semblable. » La vraisemblance n'était ni dans l'une ni dans l'autre hypothèse, comme on ne tarda pas à s'en apercevoir et à le démontrer. Voici ce qu'en dit Colomiès , le savant que je viens de citer :

« Celui à qui la reine Marguerite adresse ses « Mémoires n'est pas messire Charles de Vivonne, « baron de la Chasteigneraye , comme prétend (( Auger de Mauléon , sieur de Granier, qui les a (C donnés au public , mais messire Pierre de Bour- (c deille, seigneur de Brantôme, l'un des plus dignes « hommes de son temps, qui a fait un discours sur «la vie de la reine Marguerite, inséré dans ses « Femmes illustres, où il parle assez au long de «Pau, du voyage de la Reine en France, du mai< réchal de Biron , d'Agen , et de la sortie du mar- « quis de Canillac du château d'Usson en Auver- « gne. Si l'on se donne la peine de comparer tous « ces endroits avec ce que dit la reine Marguerite « dès le commencement et dans la suite de ses « Mémoires, j'ose me persuader qu'il y aura peu

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« de personnes qui n'approuvent ma conjecture. « 11 paroît en effet, par les Mémoires de cette prince cesse, qu'elle y réfute indirectement quelques «endroits du discours de M. de Brantôme. Et « plût à Dieu que nous eussions ces Mémoires un « peu plus entiers qu'on ne les a publiés! nous y «verrions, suivant la promesse de cette reine, « de quelle façon elle détruit ce que dit si galam- « ment M. de Brantôme de la sortie du marquis « de Canillac du château d'Usson en Auvergne. « Mais pour autoriser davantage ma conjecture, le « lecteur remarquera que cette princesse appelle « dans ses Mémoires madame de Dampierre tante « de celui à qui elle parle , madame de Retz sa « cousine , et M. d'Ardelay son brave frère. Ce « qui convient précisément à M. de Brantôme, qui «nomme souvent dans ses Mémoires madame de «Dampierre sa tante, madame de Retz, dans la « Vie du maréchal de Birori, sa cousine, et M. d'Ar- « delay, au Discours des Colonels, son frère , qui «fut tué, comme il dit, dans Chartres, en le dé- (c fendant très-vaillamment. Après cela, je ne dirai « point que M. de Brantôme étoit particulièrement « connu de cette princesse, qu'il recevoit de temps « en temps de ses lettres, et qu'il lui a dédié par a reconnoissance ses Hommes illustres étrangers. « J'ajouterai seulement que je ne saurois m'empê- « cher de croire que c'est ce même seigneur, dont « veut parler cette grande Reine dans ces belles « et magnifiques paroles : « Mon histoire seroit

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«digne d'être écrite par un cavalier d'honneur, « vrai François , né d'illustre maison , nourri des (c Rois mes père et mère , parent et familier ami (c des plus galantes et honnêtes femmes de notre « temps , de la compagnie desquelles j'ai eu ce « bonheur d'être, y Produisons ici , avant que de «finir, un fragment de Mémoires de cette prince cesse, qui ne se trouve point dans les imprimés, « tiré des Commentaires de Théveneau sur les « Préceptes de Saint-Louis à Philippe III son fils : a La reine Marguerite, dit-il , a laissé par histoire « de la Cour, écrite à la main , et qui est tombée (C entre les miennes, que sur toutes choses la reine « Catherine sa mère avoit pris garde que ses ente fants ne fussent abreuvez des dogmes de Calvin, « et qu'un jour elle tira des pochettes de Henri II «les psaumes de ia version de Marot, et chassa « ceux qui étoient près de lui, et qui s'efforçoient « de lui faire goûter le breuvage d'une nouvelle « doctrine *. »

Il y a là un luxe de démonstration qui assurément n'était pas nécessaire. S'il fallait beaucoup de bonne volonté pour tomber dans l'erreur du premier éditeur, il n'était pas besoin de faire de grands frais pour soupçonner sa méprise et la relever. Il suffisait d'appeller l'attention sur les premières lignes des Mémoires de Marguerite pour convaincre l'esprit le plus sceptique qu'ils ne pou-

' Colomesiana ou Mélanges historiques de M. Colomiès , avec les autres oeuvres , in-4". Hambourg, 1709. Pag. 841-843.

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