‹ Mémoires et lettresChapitre 34 sur 35 · MONSIEUR DE CHANVALON A LA ROYNE · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE CHANVALON A LA ROYNE

Je n'eusse osé vous importuner durant que vous estiez si plongée en vos dévotions; mais aujourd'huj, ma Royne , que j'estime que vous pourrez commencer à envoyer, comme l'on dit, Dieu en Galilée, je ne craindray de reprendre mes erres , vous ressouvenant ce que je vous suis , n'estimant pas aussi pouvoir mieux pour le comble de ma félicité que le vous représenter dans cette, afin que par la raison qui sera tousjours pour moy vous soyiez si vivement pressée que ce qui s'y pourroit opposer ne trouve aucun lieu en vos perfections. Il vous avoit pieu m'assurer et me promettre que j'aurais cet honneur de vous voir hier; je vous supplie tres-humblement , qu'au moins vous ayiez agréable que ce soit ce soir, et vous diray que j'ay à vous discourir d'une infinité de choses que j'aj apprises, qui n'importent pas de peu. Je crois que vous n'estes h savoir une broullerie qui s'est passée; j'en dois apprendre quelque chose davantage; mais permettez, mon cœur, que je reçoive cet heur de vous parler h ce soir et ne vous excusez sur vostre mal, lequel, je m'assure, ne vous empeschera qu'autant qu'il vous plaira, et puis ce tintamare fera que tout le monde se couchera de meilleure heure et sera plus assoupy de sommeil. A Dieu, ma belle maistresse, je baise treshumblement vos belles mains.

[Renuoil do (lunrard, t. V, p. 15:j.]

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