MÉMOIRES [1579J
en sa maison, maniant toutes les affaires de ceux de la religion; lequel y envoya des gardes du Roy mon mary, qui, les tirant dehors et les battant en ma présence, les menèrent en prison, où ils furent longtemps, et payèrent une grosse amende. Cette indignité fust ressentie infiniement de moy, qui n'attendois rien de semblable. Je m'en allay plaindre au Roy mon mary , le suppliant faire relascher ces pauvres catholiques, qui n'avoient point mérité un tel chastiment, pour avoir voulu, après avoir esté si long-temps privez de l'exercice de nostre religion , se prévaloir de ma venue pour rechercher le jour d'une si bonne feste d'ouyr ma messe. Le Pin se met en tiers, sans y estre appelle, et, sans porter ce respect à son maistre de le laisser respondre, prend la parole, et me dit : que je ne rompisse point la teste au Roy mon mary de cela, et que, quoy que j'en peussedire, iln'en seroitfaictaultre chose; qu'ils avoient bien mérité ce que l'on leur faisoit, et que, pour mes parolles, il n'en seroit ny plus ny moings; que je me contentasse que l'on me permettoit de faire dire une messe pour moy, et pour ceux de mes gens que j'y voudrois mener. Ces paroles m'offensèrent beaucoup d'un homme de telle qualité, et suppliay le Roy mon mary, si j'estois si heureuse d'avoir quelque part en sa bonne grâce, de me faire congnoistre qu'il ressentoit l'indignité qu'il me voyoit recepvoir par ce petit homme , et qu'il m'en fîst raison. Le Roy mon mary, voyant que je m'en passionnois justement, le fist sortir et oster de devant moy, me disant qu'il estoit fort marry de l'indiscrétion de du Pin, et que c'estoit le zèle de sa religion qui l'avoit transporté à
cela; mais qu'il m'en feroit telle raison que je voudrois ; que pour ces prisonniers catholiques, qu'il adviseroit avec ses conseillers du parlement de Pau ce qui se pourroit faire pour me contenter. M'ayant ainsy parlé, il alla après en son cabinet, où il trouva le Pin , qui, après avoir parlé à luy, le changea tout; de sorte que, craingnant que je le requisse de luy donner congé, il me fuit et me fait la raine. Enfin, voyant que je m'opiniastrois à vouloir qu'il choisist de du Pin ou de moy, celuy qui luy seroit plus agréable, tous ceux qui estoient là , et qui haïssoient l'arrogance de du Pin, luy dirent qu'il ne medebvoit mescontenter pour un tel homme, qui m'avoit tant offensée, que, si cela venoit à la cognoissance du Roy et de la Royne ma mère, ils trouveroient fort mauvais qu'il l'eust souffert et tenu près de luy : ce qui le contraingnist enfin de luy donner congé. Mais il ne laissa à continuer de m'en vouloir du mal et de m'en faire la raine, y estant, à ce qu'il m'a dit depuis , persuadé par monsieur de Pibrac, qui jouoit au double : me disant à moy, que je ne debvois souffrir d'estre bravée d'un homme de peu comme cettuy-là , et, quoy que ce fust , qu'il falloit que je le fisse chasser, et disant au Roy mon mary qu'il n'y avoit apparence que je le privasse du service d'un homme qui luy estoit si nécessaire ; ce que monsieur de Pibrac faisoit pour me convier à force de desplaisirs de retourner en France, où il estoit attaché, à son estât de président et de conseiller au conseil du Roy. Et pour empirer encor ma condition, depuis que Dayelle s'estoit esloingnée, le Roy mon mary s'es-
toit mis à rechercher Rebours ' , qui estoit une fille malicieuse, qui ne m'aimoit pbint, et qui me faisoit tous les plus mauvais offices qu'elle pouvoit en son endroit '.
En ces traverses, ayant tousjours recours à Dieu, il eust enfin pitié de mes larmes, et permist que nous partissions de ce petit Genève de Pau, où , de bonne fortune pour moy, Rebours y demeura malade ; laquelle le Roy mon mary perdant des yeux, perdist aussi d'affection, et commença à s'embarquer avec Fosseuse ^ , qui estoit plus belle, et pour lors toute enfant et toute bonne. Dressansnostre chemin devers Montauban, nous passasmes par une petite ville nommée Eause '^ , où, la
' Elle était fille de Guillaume Rebours, président au parlement, qui donna lieu plus tard à ce jeu de mots rapporté par Lestoile : « Le samedi \6 juin iSgo , ceux du Roy tirèrent à coup perdu sur Paris, de deux pièces qu'ils avoient posées sur le mont des Martirs de Montmartre : du boulet de l'une desquelles fut blessé le président Rebours, qui en eust la jambe rompue.... et pour ce que ledit Rebours estoit tenu pour roial et politique, les prédicateurs en leur cbaire en faisoient une gosserie, et disoient que les coups que tiraient les roinux alloient tout à rebours. [Journal de Henri IV.)
" Marguerite ne luy en fit plus cruel traitement, dit Brantôme, et venant à estre fort malade à Chenonceaux, où elle mourut, la visita, et, ainsi qu'elle voulut rendre l'âme, l'admonesta, et puis dit : « Cette pauvre fille endure beaucoup; mais aussi elle a fait bien du mal. Dieu luy pardonne comme je luy pardonne. » (Femmes illustres, éloge de 31 ar guéri te de France.)
^ Françoise de Montmorency, cinquième fille de Pierre, marquis de Thury, baron de Fosseux, mariée depuis au baron de Cinq-Mars. (Voyez Mémoires de Castelnau , t. I, p. Sag ; Histoire de Montmorency, p. 5o4 ; et la Confession de Sancj.)
< Eause, petite ville de l'Armagnac, aujourd'hui département du G«»rs.
nuict que nous y arrivasmes, le Roy mon mary tomba malade d'une grande fièvre continue, avec une extresme douleur de teste , qui luy dura dix-sept jours , durant lesquels il n'avoit repos ny jour ny nuict, et le falloit perpétuellement changer de lict à autre. Je me rendis si subjecteà le servir, ne me partant jamais d'auprès de luy, sans me déshabiller, qu'il commença d'avoir agréable mon service , et à s'en louer à tout le monde, et particulièrement à mon cousin monsieur de Turenne '; qui, me rendant office de bon parent, me remit aussi bien auprès de luy que j'y avois jamais esté : félicité qui me dura l'espace de quatre ou cinq ans que je fus en Gascongne avec luy; faisant la pluspart de ce temps-là nostre séjour à Nerac , où nostre cour estoit si belle et si plaisante, que nous n'envions point celle de France ; y ayant madame la princesse de Navarre sa soeur, qui depuis a esté mariée à monsieur le duc de Bar mon nepveu' , et moy avec bon nombre de dames et filles ; et le Roy raion mary estant suivy d'une belle trouppe de seigneurs et gentils-hommes, aussi honnestes gens que les plus galans que j'aye veu à la cour; et n'y avoit rien à regretter en eux, sinon qu'ils estoient huguenots. Mais de cette diversité de religion il ne s'en oyoit point parler : le Roy mon mary et madame la princesse sa soeur allants d'un costé au presche, et moy et mon train à la messe, en une chappelle qui est dans le parc; d'où, comme je sor-
' Henri de La Tour, vicomte de Turenne, puis duc de Bouillon. ' La princesse Catherine de Bourbon, qui épousa, en tSgp, Henri de Lorraine , duc de Bai-.
tois, nous nous rassemblions pour nous aller promener ensemble , ou en un très-beau jardin qui a des allées de lauriers et de cyprez fort longues, ou dans le parc que j'avois faict faire, en des allées de trois mille pas qui sont au long de la rivière; et le reste de la journée se passoit en toutes sortes d'honnestes plaisirs, le bal se tenant d'ordinaire l'apres disnée et le soir.
Durant tout ce temps-là , le Roy servoit Fosseuse , qui, dépendant du tout de moy, se maintenoit avec tant d'honneur et de vertu, que, si elle eust tousjours continué de cette façon, elle ne feust tombée au malheur qui depuis luy en a tant apporté et à moy aussy. Mais la fortune, envieuse d'une si heureuse vie, qui sembloit, en la tranquillité et union où nous nous maintenions, mespriser sa puissance, comme si nous n'eussions esté subjects à sa mutabilité, suscite, pour nous troubler, un nouveau subject de guerre entre le lloy mon mary et les catholiques ; rendant le Roy mon mary et monsieur le mareschal de Biron (qui avoit esté mis en cette charge de lieutenant de Roy en Guyenne à la requeste des huguenots) , tant ennemys, que, quoy que je peusse faire pour les maintenir bien ensemble, le Roy mon mary et luy, je ne peus empescher qu'ils ne vinssent à une extresme desfiance et haine , commençans à se plaindre l'un de l'aultre au Roy : le Roy mon mary demandant que l'on luy ostast monsieur le mareschal de Biron de Guyenne, et monsieur le mareschal taxant mon mary et ceux de la religion prétendue d'entreprendre plusieurs choses contre le traicté de la paix.
Ce commencement de désunion s'allant lousjours accroissant, à mon très-grand regret, sans que j'y peusse remédier, monsieur le mareschal de Biron conseille au Roy de venir en Guyenne, disant que sa présence y apporteroit un ordre. De quoy les huguenots estans ndvertis, croyent que le Roy y venoit seulement pour les desemparer de leurs villes et s'en saisir; ce qui les list résoudre à prendre les armes, qui estoit tout ce f(ue je craingnois de voir; moy estant embarquée à courre la fortune du Roy mon mary, et par conséquent me voir en un party contraire à celuy du Roy et à celuy de ma religion. J'en parlay au Roy mon mary, pour l'en empescher, et h tous ceux de son conseil , leur remonstrant combien peu advantageuse leur seroit cette guerre, où ils avoient un chef contraire, tel que monsieur le mareschal de Biron , grand cappitaine et fort animé contre eux , qui ne les feindroit ni ne les espargneroit comme avoient faict d'aultres; que si la puissance du Roy estoit emploiée contre eux, avec intention de les exterminer tous, ils n'estoient pas pour y résister. Mais la crainte qu'ils avoient de la venue du Roy en Guyenne, et l'espérance de plusieurs entreprises qu'ils avoient sur la pluspart des villes de Gascongne et de Languedoc les y poussoit tellement, qu'encore que le Roy mon mary me fist cet honneur d'avoir beaucoup plus de créance et de fiance en moy, et que les principaulx de ceux de la religion m'estimassent avoir quelque jugement , je ne peus pourtant leur persuader ce que bien-tost après ils recongneurentà leurs despens estre vray. Il fallut laisser passer ce torrent.
qui allentit bien-tost son cours, quand ils vindrent à l'expérience de ce que je leur avois predict.
Long-temps devant que l'on vint à ces termes, voyant que les choses s'y disposoient, j'en avois souvent adverty le Roy et la Royne ma mère , pour y remédier, en donnant quelque contentement au Roy mon mary; mais ils n'en avoient tenu compte, et sembloit qu'ils fussent bien aises que les choses en vinssent là ; estans persuadez par le feu mareschal de Biron qu'il avoit moyen de réduire les huguenots aussi bas qu'il voudroit. Mes advis négligez, peu à peu ces aigreurs s'en vont augmentant , de sorte qu'ils en viennent aux armes. Mais ceux de la religion prétendue s'estans de beaucoup mescontez aux forces qu'ils faisoient estât de mettre ensemble, le Roy mon mary se trouve plus foible que le mareschal de Biron; mesmes toutes leurs entreprises estans faillies, fors celle de Cahors, qu'ils prindrent par pétards avec perte de beaucoup de gens , pour y avoir monsieur de Vezins ' combattu l'espace de deux ou trois jours, leur ayant disputé rue après rue et maison après maison; où le Roy mon mary fist paroistre sa prudence et valeur, non comme prince de sa qualité, mais comme un prudent et hazardeux cappitaine. Cette prise les affoiblist plus qu'elle ne les fortifia. Le mareschal de Biron prenant son temps , tinst la campagne , attaquant et emportant toutes les petites villes qui tenoient pour les huguenots, mettant tout au fil de l'espée.
' Voyez son éloge dans les histoires du président de Thou, l. lu, et ded'Aubigné, t. I, 1. i,ch. 4, e* '■ i^, cVi. 7.
Des le commencement de cette guerre, voyant que l'honneur que le Roy mon mary me faisoit de m'aimer me commandoit de ne l'abandonner, je me résolus de courre sa fortune; non sans extresme regret de voir que le motif de cette guerre fust tel, que je ne pou vois souhaitter l'avantage de l'un ou de l'aultre que je ne souhaittasse mon dommage; car, si les huguenots avoient du meilleur, c'estoit à la ruine de la religion catholique , de quoy j'afTectionnois la conservation plus que ma propre vie. Si aussi les catholiques avoient l'avantage sur les huguenots, je voyois la ruine du Roy mon mary. Retenue neantmoins auprès de luy par mon debvoir, et par l'amitié et fiance qu'il luy plaisoit me monstrer, j'escrivy au Roy et à la Royne ma mère Testât en quoy je voyois les affaires de ce païs-là , pour en avoir esté les advis que je leur en avois donnez négligez; que je les suppliois, si en ma considération ils ne me vouloient tant obliger que de faire esteindre ce feu, au milieu duquel je me voyois exposée, qu'au moins il leur pleust commander à monsieur le mareschal de Biron, que la ville où je faisois mon seijour, qui estoit Nerac, fust tenue en neutralité, et qu'à trois lieues près de là il ne s'y fist point la guerre ; et que j'en obtiendrois aultant du Roy mon mary pour le party de ceux de la religion. Gela me fust accordé du Roy , pourveu que le Roy mon mary ne fust point dans Nerac; mais que, lors qu'il y seroit, la neutralité n'auroit point de lieu. Cette condition fust observée de l'un et de l'aultre party avec aultant de respect que j'eusse peu désirer; mais elle n'empescha pas que le
Roy mon mai y ne vinst souvent à Nerac, où nous estions madame sa soeur et moy, estant son naturel de se plaire parmy les dames, mesmes estant lors fort amoureux de Fosseuse (qu'il avoit tousjours servie depuis qu'il quicta Rebours), de laquelle je ne recepvois nul mauvais office; et, pour cela, le Roy mon mary ne laissoit de vivre avec moy en pareille privauté et amitié que si j'eusse esté sa soeur, voyant que je ne desirois que de le contenter en toutes choses.
Toutes ces considérations l'ayants un jour amené à Nerac avec ses trouppes, il y séjourna trois jours, ne pouvant se despartir d'une compagnie et d'un séjour si agréable. Le mareschal de Biron , qui n'espioit qu'une telle occasion, en estant adverty, feint de venir avec son armée près de là, pour joindre à un passage de rivière monsieur de Cornusson , seneschal de Tolose, qui luy amenoit des trouppes; et, au lieu d'aller là, tourne vers Nerac, et sur les neuf heures du matin, il s'y présente avec toute son armée en bataille, près et à la voilée du canon. Le Roy mon mary, qui avoit eu advis des le soir de la venue de monsieur de Cornusson, voulant les empescher de se joindre et les combattre séparés, ayant forces suffisantes pour ce faire (car il avoit lors monsieur de La Rochefoucault avec toute la noblesse de Xainctonge, et bien huict cens harquebusiers à cheval qu'il luy avoit amenez), estoit party du matin, au poinct du jour, pensant les rencontrer sur le passa^^e de la rivière; mais les ayant failly , pour n'avoir esté bien adverty , monsieur de Cornusson ayant des le soir devant passé la rivière, il s'en re-
vient à Nerac, où, comme il entroit par une porte, il sceust le mareschal de Biron estre en bataille devant l'aultre. Il faisoit ce jour-là un fort mauvais temps, et une si grande pluye, que l'arquebuserie ne pouvoit servir. Neantmoins le Roy mon mary jette quelques irouppes des siennes dans les vignes, pour empescher que le mareschal de Biron n'approchast plus près ; n'y ayant moyen , à cause de i'extresme pluye qu'il faisoit ce jour-là, de faire aultre efFect. Le mareschal de Biron demeurant cependant en bataille à nostre veue, et laissant seulement desbander deux ou trois des siens, qui vindrent demander des coups de lance pour T amour des dames, se tenoit ferme, couvrant son artillerie jusques à ce qu'elle fust preste à tirer; puis, faisant soudain fendre sa trouppe, faict tirer sept ou huict volées de canon dans la ville, dont l'une donna jusques au chasteau ; et ayant faict cela , part de là et se retire, m'envoyant un trompette pour s'excuser à moy, me mandant que si j'eusse esté seule, il n'eust pour rien du monde entrepris cela; mais que je sçavois qu'il estoit dict, en la neutralité qui avoit esté accordée par le Roy, que, si le Roy mon mary estoit à Nerac, la neutralité n'auroit point de lieu, et qu'il avoit commandement du Roy de l'attaquer en quelque lieu qu'il fust.
En toutes aultres occasions , monsieur le mareschal de Biron m'avoit rendu beaucoup de respect, et tesmoingné de m'estre amy ; car, luy estant tombé de mes lettres entre les mains durant la guerre, il me les avoit renvoyées toutes fennces; et tous ceux qui se disoient
à nioy ne recepvoient de luy qu'honneur et bon traictement. Je respondis à son trompette que je sçavols bien que monsieur le mareschal ne faisoit en cela que ce qui estoit du debvoir de la guerre et du commandement du Roy; mais qu'un homme prudent comme il estoit pouvoit bien satisfaire et à l'un et à l'aultre, sans offenser ses amys; qu'il me pouvoit bien laisser jouir ces trois jours du contentement de voir le Roy mon mary à Nerac; qu'il ne pouvoit l'attaquer en ma présence sans s'attaquer aussi à moy ; que j'en estois fort offensée, et que je m'en plaindrois au Roy. Cette guerre dura encor quelque temps , ceux de la religion ayant toujours du pire; ce qui m'aidoit à disposer le Roy mon mary à une paix. J'en escrivis souvent au Roy et à la Royne ma mère, mais ils n'y vouloient point entendre, se fiants en la bonne fortune, qui jusques alors avoit accompagné monsieur le mareschal de Biron.
En même temps que cette guerre commença , la ville de Cambray, qui s'estoit, depuis mon partem.ent de France, mise en l'obéissance de mon frère par le moyen de monsieur d'Inchy ', duquel j'aj parlé cy-devant, fust assiégée des forces espaignoles : de quoy mon frère, qui estoit chez luy au Plessis lez Tours, fust adverty, lequel estoit depuis peu revenu de son premier voyage de Flandres , où il avoit receu les villes de Mons, Valenciennes et aultres, qui estoient du gouvernement du comte de Lalain , qui avoit pris le party de mon
' Voyez, daus les OEconomies de Sully, chap. xvi, le récit de l.i sale tromperie dont le pauvre monsieur d'Inchy fat la victime.
iVere, le faisant recongnoistre pour seigneur en tous les pays de son authorité. Mon frère le voulant secourir, faict soudain lever des gens pour mettre sus une armée, pour s'y acheminer; et pour ce qu'elle ne pouvoit estre si tost preste, il y faict en attendant jetter monsieur de Balagny, pour soustenir le siège, attendant qu'avec son armée il le peust faire lever. Comme il estoit sur ces apprests, et qu'il commençoit d'avoir une partie des forces qui luy estoient nécessaires, cette guerre des huguenots intervint, qui fistdesbander tous ses soldats, pour se mettre aux compagnies de l'armée du Roy, qui venoit en Gascongne; ce qui osta à mon frère toute espérance de secourir Cambray, laquelle ne se pouvoit perdre qu'il ne perdist tout le reste du pays qu'il avoit conquis, et, ce qu'il regrettoit le plus, monsieur de Balagny et tous ces honnestes gens qui s'estoient jettez dans Cambray.
Ce desplaisir luy fust extrême; et comme il avoit un grand jugement, et qu'il ne manquoit jamais d'expediens en ses adversitez, voyant que le seul remède eust esté de pacifier la France, luy qui avoit un courage qui ne trouvoitrien de difficile, entreprend de faire la paix, et depesche soudain un gentil-homme au Roy pour le luy persuader, et le supplier de luy donner la charge de la traicter. Ce qu'il faisoit, craingnant que ceux qui y eussent esté commis ne l'eussent faict tirer en telle longueur qu'il n'y eust plus eu moyen de secourir Cambray; où monsieur de Balagny s'estant jette, comme j'ay dict, manda à mon frère qu'il luy donneroit le temps de six mois pour le secourir; mais que, si
dans ce temps-là l'on ne faisolt lever le siège, la nécessité de vivres y seroit telle qu'il n'y auroit moyen de contenir le peuple de la ville, et de l'empescher de se rendre. Dieu ayant assisté mon frère au dessein qu'il avoit de persuader le Roy à la paix, [il] aggrée l'offre que luy faisoit mon frère, de s'employer à la traicter, estimant par ce moyen de le destourner de son entreprise de Flandres qu'il n'avoit jamais eue agréable, et luy donna la commission de traicter et faire cette paix; luy mandant qu'il luy envoieroit pour l'assister en cette negotiation messieurs de Villeroy et de Bellievre. Cette commission réussit si heureusement à mon frère, que Tenant en Gascongne (où il demeura sept mois pour cet effect, qui luy durèrent beaucoup, pour l'envie qu'il avoit d'aller secourir Cambray, encore que le contentement qu'il avoit que nous fussions ensemble luy addoucist l'aigreur de ce soing), il list la paix au contentement du Roy et de tous les catholiques, laissant le Roy mon mary et les huguenots de son party non moins satisfaicts; y ayant procédé avec telle prudence qu'il en demeura loué et aimé de tous; et ayant en ce voyage acquis ce grand cappitaine, monsieur le mareschal de Biron , qui se voua à luy pour prendre la charge de son armée de Flandres, et lequel il retiroit de Gascongne pour faire plaisir au Roy mon mary, qui eust en son lieu, pour lieutenant en Guyenne, monsieur le mareschal de Matignon.
Avant que mon frère partist, il désira faire l'accord du Roy mon mary et de monsieur le mareschal de Biron ; mais cela feut impossible, estant 1rs offenses passées
tropavant. Il obtint seulement du Roy mon mary qu'il me permetloit de voir monsieur le mareschal deBiron, pourveu qu'à la première veue il me fist satisfaction par une honneste excuse de ce qui s'estoit passé à Nerac, et me commanda de le braver avec toutes les rudes et desdai ligneuses paroles que je pourrois. J'usay de ce commandement passioqné de mon frère avec la discrétion requise en telles choses, sçachant bien qu'un jour il en auroit regret, pouvant espérer beaucoup d'assistance d'un tel cavaliier. Mon frère s'en retournant en France, accompagné de monsieur le mareschal de Biron, avec non moins d'honneur et de gloire d'avoir pacifié un si grand trouble au contentement de tous, que de toutes les victoires que par armes il avoit eues , en fist son armée encor plus grande et plus belle. Mais comme la gloire et le bon heur est tousjours suivy d'envie, le Roy n'y prenant point plaisir, et en ayant eu aussi peu des sept mois que. mon frère et moy avions demeuré ensemble en Gascongne, traictans la paix, pour trouver un object à son ire, s'imagine que j'avois faict naistre cette guerre, y ayant poussé le Roy mou mary (qui peut bien tesmoingner le contraire), pour donner l'honneur à mon frère de faire la paix; laquelle, si elle eust despendu de moy, il l'eust eue avec moings de temps et de peine : car ses affaires de Flandres et de Cambray recepvoient un grand préjudice de son retardement. Mais quoy î lenvie et la haine fascinent les yeux, et font qu'ils ne voyent jamais les choses telles qu'elles sont.
Le Roy, bastissant sur ce fauix fondement une haine
mortelle contre moy, et faisant revivre en sa mémoire la souvenance du passé (comme, durant qu'il estoit en Polongne et depuis qu'il en estoit revenu, j'avois tousjours embrassé les affaires et le contentement de mon frère plus que le sien), joingnant tout cela ensemble, il jura ma ruine et celle de mon frère; en quoy la fortune favorisa son aniraosité, faisant que durant les sept mois que mon frère fut en Gascongne, le malheur fut tel pour moy qu'il devint amoureux de Fosseuse, que le Roy mon mary servoit , comme j'ay dict, depuis qu'il eust quicté Rebours. Cela pensa convier le Roy mon mary à me vouloir mal, estimant que j'y fisse de bons ofiices pour mon frère contre iuy ; ce qu'ayant recongneu, je priay tant mon frère, Iuy remonstrant la peine où il me mettoit par cette recherche , que Iuy, qui affectionnoit plus mon contentement que le sien , força sa passion et ne parla plus à elle. Ayant remédié de ce costé-là, la fortune (laquelle, quand elle commence à poursuivre une personne, ne se rebutfe point pour le premier coup que l'on Iuy a faict teste) me dresse une aultre embusche bien plus dangereuse que cette-ci ; faisant que Fosseuse , qui aimoit extresmement le Roy mon mary, et qui toutesfois jusques alors ne Iuy avoit permis que les privautez que Thonnesteté peut pennettre , pour Iuy oster la jalousie qu'il avoit de mon frère , et Iuy faire cognoistre qu'elle n'aimoit que Iuy, s'abandonne tellement à le contenter en tout ce qu'il vouloit d'elle, que le malheur fust si grand qu'elle devint grosse. Lors, se sentant en cet estât, elle change toute de façon de procéder avec moy ; et, au lieu
qu'elle avoit accoustumé d'y estre libre, et de me rendre à l'endroict du Roy mon mary tous les bons offices qu'elle pouvoit , elle comiuence à se cacher de moy, et à me rendre aultant de mauvais offices qu'elle m'en avoit faict de bons. Elle possedoit de sorte le Roy mon mary, qu'en peu de temps je le cogneus tout changé. Il s'estrangeoit de moy, il se cachoit, et n'avoit plus ma présence si agréable qu'il avoit eue, les quatre ou cinq heureuses années que j'avois passées avec luy en Gascongne, pendant que Fosseuse s'y gouvernoitavec honneur.
La paix faicte comme j'ay dict, mon frère s'en retournant en France pour faire son armée, le Roy mon mary et moy nous nous en retournasmes à Nerac ; où soudain que nous fusmes arrivez, Fosseuse luy mect en teste, pour trouver une couverture à sa grossesse , ou bien pour se desfaire de ce qu'elle avoit, d'aller aux eaux de Aigues-Caudes qui sont en Bearn. Je suppliay le Roy mon mary de m' excuser, si je ne l'accompagnois à Aigues-Caudes; qu'il sçavoit que, depuis l'indignité que j'avois receue à Pau, j'avois faict serment de n'entrer jamais en Bearn que la religion catholique n'y feust. 11 me pressa fort d'y aller, jusques à s'en courroucer. Enfin je m'en excuse. Il me dit alors que sa fille (car il appelloit ainsi Fosseuse) avoit besoin d'en prendre, pour le mal d'estomach qu'elle avoit. Je luy dis que je voulois bien qu'elley allast. Il merespond qu'il n'y avoit point d'apparence qu'elle y allast sans moy ; que ce seroit faire penser mal où il n'y en avoit point; et se fasche fort contre moy de ce que je ne la luy vou~
lois point mener. Enfin je fis tant qu'il se contenta qu'il allast avec elle deux de ses compagnes, qui furent Rebours et Villesavin ', et la gouvernante. Elles s'en allèrent avec luy, et moy j'attendis à Baniere, J'avois tous les jours advis de Rebours (qui estoit celle qu'il avoit aimée ; qui estoit une fille corrompue et double, qui ne desiroit que de mettre Fosseuse dehors, pensant tenir sa place en la bonne grâce du Roy mon mary ) , que Fosseuse me faisoit tous les plus mauvais offices du monde , médisant ordinairement de moy, et se persuadant, si elle avoit un fils et qu'elle se peust desfaire de moy, d'espouser le Roy mon mary ; qu'en cette intention, elle me vouloit faire aller à Pau, et quelle avoit faict résoudre le Roy mon mary, estant de retour à Baniere, de m'y mener ou de gré ou de force. Ces advis me mettoient en la peine que Ton peut penser. Toutesfois, ayant tousjours fiance en la bonté de Dieu et en celle du Roy mon mary, je passay le temps de ce séjour de Baniere en l'attendant, et versant autant de larmes qu'eux beuvoient de gouttes des eaues où ils estoient ; bien que j'y feusse accompagnée de toute la noblesse catholique de ce quartier-là, qui mettoit toute la peine qu'elle pouvoit de me faire oublier mes ennuis.
Au bout d'un mois ou cinq sepmaines , le Roj mon mary, revenant avec Fosseuse et ses aultres compagnes, sçeust, de quelqu'un de ces seigneurs qui estoient avec moy, l'ennuy où j'estois pour la crainte que j'avois
* Voyez Castelnau, t. I, p. 3'2g>
d'aller à Pau; qui fut cause qu'il ne me pressa pas tant d'y aller, et me dit seulement qu'il eust bien désiré que je l'eusse voulu. Mais, voyant que mes larmes et mes paroles luy disoient ensemble que j'eslirois plustost la mort, il changea de dessein, et retournasmes à Nerac; où voyant que tout le monde parloit de la grossesse de Fosseuse, et que non seulement en nostre cour, mais par tout le païs, cela estoit commun, je voulus tascher de faire perdre ce bruict, et me résolus de luy en parler; et, la prenant en mon cabinet, je luy dis : « Encor que depuis quelque temps vous vous soyez estrangée de moy, et que l'on m'aye voulu faire croire que vous me faictes de mauvais offices auprès du Roy mon mary, l'amitié que je vous ay portée, et celle que j'ay vouée aux personnes d'honneur à qui vous appartenez, ne me peut permettre que je ne m'offre de vous secourir au malheur où vous vous trouvez, que je vous prie de ne me celer, et ne vouloir ruiner d'honneur et vous et moy, qui ay aultant d'interest au vostre, estant à moy comme vous-mesme; et croyez que je vous feray office de mère. J'ay raoien de m'en aller, soubs couleur de la peste, que vous voyez qui est en ce païs et mesme en cette ville, au Mas d'Agenois, qui est une maison du Roy mon mary fort escartée. Je ne meneray avec moy que le train que vous voudrez. Cependant, le Roy mon mary ira à la chasse de aultre costé, et ne bougeray de là que vous ne soyez délivrée , et ferons par ce moyen cesser ce bruict, qui ne m'importe moins qu'à vous. » Elle, au lieu de m'en sçavoir gré , avec une arrogance ex-
tresme , me dit : qu'elle fei oit mentir tous ceux qui en avoient parlé; qu'elle cognoissoit bien qu'il y avoit quelque temps que je ne l'aimois polnct, et je cherchois prétexte pour la ruiner. Et, parlant aussi hault que je luy avois parlé bas, elle sort toute en colère de mon cabinet et y va mettre le Roy mon mary; en sorte qu'il se courrouça fort à moy de ce que j 'avois dict à sa fille, disant qu'elle feroit mentir tous ceux qui la taxoient, et m'en fist mine fort long-temps, et jusques à tant que, s'estans passez quelques mois, elle vint à l'heure de son terme.
Le mal luy prenant au matin, au point du jour, estant couchée en la chambre des filles, elle envoya quérir mon médecin, et le pria d'aller advertir le Roy mon mary, ce qu'il fist. Nous estions couchez en une mesme chambre, en divers licts, comme nous avions accoustumé. Comme le médecin luy dict cette nouvelle, il se trouva fort en peine , ne sçachant que faire, craingnant d'un costé qu'elle fust descouverte, et de l'aultre qu'elle fust mal secourue; car il l'aimoit fort. Il se résolut enfin de m'advouer tout , et me prier de l'aller faire secourir, sçachant bien que, quoy qui se fust passé, il me trouveroit tousjours preste de le servir en ce qui luy plairoit. Il ouvre mon rideau, et me dit : « M'amie, je vous ay celé une chose qu'il fault que je vous advoue. Je vous prie de m'en excuser et de ne vous point souvenir de tout ce que je vous ay dict pour ce subject; mais obligez-moy tant de vous lever tout à cette heure et aller secourir Fosseuse, qui est fort malade; je m'asseure que vous ne voudriez, la voyant
en cet estât , vous ressentir de ce qui s'est passé. Vous sçavez combien je l'ayme; je vous prie, oLligez-moy en cela. )) Je luy dis : que je l'honorois trop pour m'otfenser de chose qui vint de luy; que je m'y en allois, et y ferois comme si c'estoit ma fille; que cependant il s'en allast à la chasse et emmenast tout le monde , afin qu'il n'en fust polnct ouy parler.
Je la feis promptement oster de la chambre des filles et la mis en une chambre escartée, avec mon médecin et des femmes pour la servir, et la feis trèsbien secourir. Dieu voulust qu'elle ne fist qu'une fille, qui encore estoit morte. Estant délivrée , on la porta en la chambre des filles, où, bien que l'on apportast toute la discrétion que l'on pouvoit, on ne peust empescher que ce bruict ne fust semé par tout le chasteau. Le Roy mon mary, estant revenu de la chasse, la va voir coramie il avoit accoustumé. Elle le prie de faire que je l'allasse voir, comme j'avois accoustumé d'aller voir toutes mes filles, quand elles estoient malades, pensant par ce moyen oster le bruict qui couroit. Le Roy mon mary, venant en la chambre, me trouve que je m'estois remise dans le lict , estant lasse de m'estre levée si matin , et de la peine que j'avois eue à la faire secourir. Il me prie que je me levé et que je l'aille voir. Je luy dis que je l'avois faict, lors qu'elle avoit eu besoin de mon secours; mais qu'à cette heure elle n'en avoit plus afiaire; que, s'y j'y allois, je descouvrirois plustost que de couvrir ce qui estoit, et que tout le monde me monstreroit au doigt. Il se fascha fort contre moy, et, ce qui me despleust beaucoup, il me
sembla que je; ne meritois pas celte récompense de ce que j'avois faict le matin. Elle le mit souvent en des humeurs pareilles contre moy.
Pendant que nous estions de cette façon, le Roy, qui n'ignoroit rien de tout ce qui se passoit en la maison de tous les plus grands de son royaume , et qui estoit particulièrement curieux de sçavoir.les deportemens de nostre cour, ayant esté adverty de tout cecy, et conservant encor le désir de vengeance qu'il avoit conceu contre mov, pour l'occasion que j'ay dicte, de l'honneur que mon frère avoit acquis à la paix qu'il avoit faictc, pense que c'estoit un beau moyen pour me rendre aussi misérable qu'il desiroit; me tirant hors d'auprès du Roy mon mary, et espérant que l'esloingnement seroit comme les ouvertures du bataillon Macédonien. A quoy pour parvenir, il me fist escrire par la Royne ma mère qu'elle desiroit me voir; que c'estoit trop d'avoir esté cinq ou six ans esloingnée d'elle ; qu'il estoit temps que je fisse un voyage à la cour; que cela serviroi t aux affaires du Roy mon mary et de moy; qu'elle cognoissoit que le Roy estoit désireux de me voir; que si je n'avois des commoditez pour faire ce voyage, que le Roy m'en feroit bailler. Le Roy m'escrivit le semblable, et m'envoyant Manniquet, qui estoit mon maistre d'hostel, pour m'y persuader (pour ce que, depuis cinq ou six ans que j'estois en Gascongne, je n'avois jamais peu me donner cette volonté de retourner à la cour) il me trouva lors plus aisée à recepvoir ce conseil, pour lemescontentement que j'avois à cause de Fosseuse, lav en avant donné advis h la cour. Le Rov
et la Royne m'escrivent encore deux ou trois fois coup sur coup, et me font délivrer quinze mil' escus, afin que l'incommodité ne me retardast; et la Royne ma mère me mande qu'elle viendroitjusques en Xaintonge; que si le Roy mon raary me menoit jusques-là, qu'elle communicqueroit avec luy, pour luy donner asseurance de la volonté du Roy; car il desiroit fort de le tirer de Gascongne, pour le remettre à la cour en la mesme condition qu'ils y avoient esté aultresfois mon frère et luy; et le mareschal de ^Matignon poussoit le Roy à cela, pour l'envie qu'il avoit de demeurer tout seul en Gascongne.
Le temps que j'avois demeuré en Gascongne ny toutes ces belles apparences de bienvueillance ne me faisoient poinct tromper aux fruicts que l'on doibt espérer de la cour, en ayant eu par le passé trop d'expériences; mais je me résolus de tirer prouffict de ses coffres ', et y faire un voiage seulement de quelques mois, pour y accommoder mes affaires et celles du Roy mon mary ; estimant qu'il serviroit aussy comme de diversion pour l'amour de Fosseuse, que j'emmenois avec moy; que le Roy mon mary, ne la voyant plus, s'erabarqueroit possible avec quelque aultre qui ne me seroit pas si ennemie. J'eus assez de peine à faire consentir le Roy mon mary à me permettre ce voiage, pour ce qu'il se faschoit d'esloingner Fosseuse, et qu'il en fust parlé. 11 m'en fist meilleure chère , désirant extresmement de m'oster cette volonté d'aller en France. Mais, l'ayant
' Var. cent.
' Var. ses offres.
182 MÉMOIRES DE MARGUERITE DE VALOIS. [1582] desjh prorais par mes lettres au Roy et à la Royne ma mère, mesmes ayant touché la somme susdicte pour mon volage, le malheur qui m'y tiroit l'emporta sur le peu d'envie que j'avois lors d'y aller, voyant que le Roy mon mary recommençoit à me monstrer plus d'amitié.