LA BATAILLE DE SAUMUR
ment reçu par deux bataillons de la Formation d*0rlcans et par la 3ô^ divion de gendarmerie qui occupait la redoute dont j*ai déjà parlé. Le feu de notre artillerie fut si vif, et son effet si terrible, que les Vendéens reculèrent en désordre et se débandèrent. Dès le commencement du combat, le j^énéral Menou fut atteint d'un coup de feu qui lui traversa la poitrine (i). — Je m*étais porté à la i^auche dès le commencement de l'action, tandis que Bourbolte s'était porté à la droite, avec quelques bataillons de Paris, pour défendre le pont qui est établi sur la petite rivière du Thouet qui va se jeter dans la Loire au-dessous de Saint-Florent; mais la plus grande partie de ces bataillons disparut avant d'avoir été attaquée, et sa fuite fut tellement précipitée que les premiers fuyards arrivèrent à Tours, dès la pointe du jour. Ou dirait que la peur donne des ailes, car Tours est à dlv-sept lioues de Saumur. — Berlhicr resté seul sur ce point m'invita à poursuivre [les fuyards (vendéens) avec un escadron de la légion germanique qui était placé, en réserve, à la porte de Nantilly. Je marchai à la Iclo de cet escadron avec l'officier qui le commandait et que je connaissais depuis longtemps, car il était de Saumur. Nous éprouvâmes peu de résistance, si ce n'est dans un parti de cavalerie que commandait le chevalier de Dommaigné et qui nous attendit le pied ferme, contre notre attente, parce que cette cavalerie était fort mal organisée et composée entièrement de paysans. Nous nous primes corps à corps. Dommaigné fut tué parle brave Chaillou.x, qui commandait notre escadron. Ce chef vendéen était allié de ma famille. Je pouvais me trouver visà-vis de lui. Triste position dans laquelle nous placent, malgré nous les guerres civiles (2).
(1) Le G^énéral Menou fut en effet blessé au rombat de Saumur, mais assez iéi^êrennent, et ce fui à Vihiers, le 18 juillet suivant, qu'il reçut la ^rave blessure à la poitrine dont parle Cboudieu. (Y. de CEd.)
(2) Variante : La cbaree de cavalerie fut dirigée par lecheF d'escadron Cbailloux, de la légion germanique. Le général Berthier, depuis prince de Neufcliâlei,qui sentait l'importance de ccttechargc, me demanda si je connaissais l'officier qui commandait cet escadron, car il n'avait pas grande confiance dans ce corps qui était
Cependantles chefs vendéens, s'apercevant que nos forces étaient inférieures aux leurs, rallièrent leurs troupes et les ramenèrent au combat. Nous ne jugeâmes pas à propos de les attendre et nous nous repliâmes sur Saumur, où je rejoints Berthier qui se promenait tranquillement sur le parapet de la redoute où était placée la 35^ division et Tencourageait ainsi à rester à son poste, au milieu d une vive fusillade dirigée du côté de la prairie.
Pendant ce temps, les Vendéens ralliés étaient arrivés jusqu'aux portes de la ville. Quelques-uns de leurs tirailleurs, qui s'étaient glissés, à la faveur des murs, jusqu'aux hauteurs qui 'dominent le château, jetèrent l'épouvante parmi les bataillons qui ne s'attendaient pas à une nouvelle attaque, et qui se trouvaient sans chef depuis que Menou avait été enlevé, presque mourant, du champ de bataille. Cependant nos bataillons faisaient assez bonne contenance, lorsqu'on entendit sortir des rangs ces cris proférés par quelques lâches : Sauvons-noas, nous sommes coupés/ A ces cris, le désordre se met dans les rangs. Une terreur panique s'empare de quelques-uns qui abandonnent leurs rangs, les plus braves suivent ce mouvement (i).
eo grande partie composé d'étrangers, et, sur ma réponse que je le connaissais pour un brave, il m*invi(a à lui transmettre Tordre de mar<?her en avant. Je marchai à côté de lui â Ia tète de son escadron et je puis assurer que non seulement il ne fut point repoussé, mais dans la première poussée la troupe de Dommaigné rut mise dans une déroute complote et celui-ci même fut tué de la propre main de Chailloux, nui lui passa son sabre au travers du corps. Il tomba près de moi. La famille de Dommaignè était alliée à la mienne par le mariage de son frère cadet arec une cousine germaine ae mon père. Depuis longtemps je ne restais qu'à regret dans cette armée, où je me trouvais exposé chaque jour à combattre quelques-uns de mes parents ou quelques anciens amis. Je demanaai à être remplacé, mais ce fut inutilement et la seule réponse que j'obtins fut que, connaissant les hommes et les localités, je pouvais y être plus utile que tout autre.
Une circonstance dont je rendrai compte plus tard me délermina, malgré les observations du comité de Salut public, à quitter cette armée où j'ai éprouvé beaucoup de dégoûts, vu incendier mes propriétés, sans pouvoir en empêcher, et emprisonner mes plus proches parents et même ma mère. {Papiers de l'Auteur.)
(i) Variante: Menou ayant été blessé, le commandement en
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La position du j^énéral Berthîer n'était plus tenable. Il me dît qu'il allait ordonner la retraite, et, comme ma présence n'était d'aucune utilité sur ce point, il m'invita à monter au château pour prévenir le commandant de notre mouvement rétrograde et Tinvîtcr à se défendre le plus longtemps qu'il lui serait possible, lui promettant de prompts secours.
Je ne pouvais arriver au château qu'en traversant la place de la Bilange. J'y fus accueilli, ainsi que ma faible escx)rtc, qui se composait de quelques cavaliers, par des coups de fusil partis des fenêtres des maisons environnantes. Je ne pourrais pas dire si ces coups de fusil étaient dirigés par des habitants de la ville ou par des Vendéens qui s'y te* naient cachés ; mais, soit par les uns soit par les autres, c'était toujours par des ennemis.
Après avoir rempli ma mission auprès du commandant du château, je me donnai bien garde de revenir par le même chemin, et, comme je connaissais les lieux, je descendis par le faubourg de Fenet, qui joint le château, et j'arrivai par l'autre extrémité de la place de la Bilange, en descendant la rive gauche de la Loire, jusqu'au pont où je trouvai mon collègue Bourbotte qui faisait de vains efforts pour rallier les fuyards. Il suffit d'avoir été témoin de quehiues déroutes pour savoir combien il est difficile de rallier, dans le premier moment, même les plus braves.
Forcés de suivre le mouvement, nous fîmes notre retraite, en assez bon ordre, par le faubourg de la Croix-Verte. Arrivés sur la route de Tours, devant le château qui est de l'autre côté de la Loire, Bourbotte ne put contenir son bouillant courage â la vue du drapeau national qui flottait au
chef resta à Santerrc, qui, arrive depuis quelques heures, ne connaîssait seulement pas la position du corps. Berthîer, chef de Tétat- major, prolonerea le combat le plus qu'il lui fut possible arec la 35« division de gendarmerie commandée par Rossignol ; mais, accablés par le nombre, ils furent obligés d'abandonner une redoute placée à l'entrée de la ville et qu'ils défendirent assez loDs^temps pour donner le temps d*évacuer la ville.
Des traîtres, qui s'étaient glissés dans nos rangs, enclouôrent les canons et crièrent sauve qui peut!
9i NOTES SUR LA VENDEE
haut des murs, el, retournant son cheval, il s'écria: c CamaradeSy abandonnerons -noas nos coulettrs nationales à un ennemi qui n*esl/brl que de notre faiblesse? Que les braves me suivent! » Celle démarche était d'une haute imprudence, mats rhonneur nous obligeait de la soutenir (i). A peine avions-nous fait ving'tpas, que quelques Vendéens, arrivés déj;^ au carrefour où se réunissent les routes d'Angers et de Tours, tournèrent contre nous deux pièces de canon qui avaient été abandonnées par des bataillons qui avaient pris la route d'Angers. Ces deux 'pièces étaient chargées à mitraille et nous arrêtèrent tout court. Le cheval de Bourbotte fut tué ; moi^ême, je fus froissé au genou par un biscayen, qui, heureusement, ne m'atteignit que par ricO" chet. Au même instant, un citoyen de Saumur qui venait de me dire : Citoyen, à la vie et à la mort, je ne C abandonne oas, fut renversé de son cheval y sans connaissance.
Je ne puis me dispenser de faire connaître ici un trait de dévouement qui a eu sa récompense et qui a donné à la République un de ses meilleurs généraux. Un jeune lieutenant de la légion germanique, nommé Marceau, voyant tomber le cheval de Bourbolte, saute précipitamment à bas du sien cl lui dit en le lui présentant : « Citoyen^ il vaut mieux quun soldat comme moi soit fait prisonnier qa^an repré^ sentant du peuple. Alors un combat de générosité s'élève entre eux : Bourbolte lui répond : Si tu marches à pied, fy marchera i avec toi . AussiiôlMarcesiU. jettela bride sur le cou de son cheval cl saute lestement en croupe d'un capitaine de la même légion (qui depuis a été aide-de-camp du maréchal Augereau) nommé Richer.
(i) Variante : Je revins en ville en descendant la rive gaache de la Loire jusqu'au pont où je trouvai Bourbolte, qui protégeait la retraite. Je me joisrnis à lui. Arrivés au bout du faubourg de la Croix-Verte, Bourbolte, dont le courage était bouillant, me dit, en voyant flotter le drapeau national sur les murs du château : M Camarade, le laisserons-nous tomber au pouvoir de TenDemi ? Et sans attendre ma réponse, il tire son sabre et, retournant son cheval, il s'écrie : Que les braves me suivent 1 » C'était une ^aode imprudence de sa part. Cependant un instant les fuyards se rallient à sa voix et nous rentrons dans le faubourg.