L'ATTAQUE DE SAUMUR
je fonde cette opinion, si ce n'est parce que tous mes amis qui ont pris part à la Révolution sont morts de mort violente et que, proscrit plusieurs fois, j'ai échappé presque seul à la tourmejatc révolutionnaire.
Saumur était ouvert de tous côtés et n'avait pour toute défense que deux redoutes construites sur les hauteurs de Bouman, une autre redoute, à l'entrée du faubourg de Notre- Dame-de-NantilIy, et quelques retranchements élevés à la hâte le long de la petite rivière du Thouet qui traverse la plaine, en avant de la ville, et qui se jette dans la Loire au dessous de l'abbaye de Saint-Florent. Le château, dominé par des hauteurs, était à peine à l'abri d'un coup de main. Il eût été imprudent d'attendre l'ennemi dans une pareille position. Le général Menou prit le parti de garnir les postes les plus importants et de prendre position au dehors. La drcttle de l'armée fut appuyée sur Saint-Florent, le centre occupa les Wuiteurs de Bournan et la gauche les hauteurs qui dominent le château. C'était le côté le plus faible de la place. On en confia la défense aux troupes les plus aguerries.
Dans cette position, notre araoée occupait environ une demilieue; elle n'était composée que de huit mille hommes, dont quelques bataillons seulement appartenaient à la ligne, savoir : la 350 division de gendarmerie (1), et quatre batail-
(i) C'est la 36* division de t^eodarmcrie, qu'il faut lire. La 35* divisioo ne pouvait pas cire à Saumur puisqu'elle formait l'avanl- {çarde de la petite armée de Salomoii qui tenta de passer à Mon-
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taille fut très meurtrière. La retraite eut lieu sur Niort par Thouars et Saint-Maixent. A mi-chemin le général Salomon prit les devants et se rendit à Niort auprès du geuéral Biron pour prendre ses ordres, après avoir laissé le commandement de sa colonne à Rossignol. Celui-ci raconte dans ses mémoires qu*après le départ de Salomon, il y eut un conseil des officiers où l'on décida qu'une dépulation militaire irait trouver Diron pour lui représenter le dans^er du morcellement des troupes. « Chacun Ht son observation, dit kossignol, pa^e 169, et je pris aussi la parole : Mes amis, nos réclamations sont fondées. Plusieurs échecs que nous venons d'essuyer nous prouvent plus que jamais le besoin de grouper nos
luns de la formalion d'Orléans, qui n'étaient pas encore remis de la défaîte du 7. aux environs de Doué ; l'autre partie se composait de bataillons de gardes-nationales, formés à Paris, et de quelques autres, formés à la hâte dans les districts voisins, et qui n'avaient point encore vu le feu.
Le général Salomon, qui commandait un corps de quatre mille hommes àThouars,avait reçu Tordre de se replier sur Saumur. Il fut arrêté dans sa marche entre Thouars et Sau • mur, par une division de Vendéens beaucoup plus nombreuse que la sienne ; cependant il ne se laissa point entamer, mait* ii ne put exécuter les ordres qu'il avait reçus et se relira sur Niort. Ce renfort fut perdu pour Saumur. Cette circonstance qui ne put être cachée jeta un nouveau découragement dans notre petite armée, déjà peu confiante dans sa force.
Nous n'avions que deux officiers supérieurs, Menou, général de division, et Berthier, général de brigade et chef d'état-major. Les généraux Santerre etCoustard arrivèrent le 9 juin, avant midi. Ou leur donna à Tiustantdes chevaux et ils prirent leurs rangs dans l'armée. Le premier se porta à la droite, le second au centre. Mais ils ne connaissaient, ni le terrain qu'ils avaient à défendre, ni l'esprit des corps qu'ils allaient commander, ni le nombre de l'eonemi qu'ils avaient à combattre.
Le même jour, à deux heures de l'après-midi, Tennemi se lit apercevoir sur plusieurs points et paraissait les menacer tous. Bientôt, laissant des corps d'observation devant notre droite et notre centre, il se présenta en force devant notre gauche et commença son attaque. Il fut vigoureuse-
forces. Je certi6erai cette vérité. » Eo effet Rossignol alla trouver Biron au conseil de guerre qui se tenait à Niort et devant le> représentants qui s*y trouvaient fit connaître la décision des ofticiers. Biron reçut fort mal cette observation et Rossignol faillit payer de sa tête son imprudente franchise. Le système qu'il proposait au nom des soldats devait cependant prévaloir quelque temps après. Biron fut sacrifié. Par contre. Rossignol devint général en chef. C'est ainsi que la défaite de MontreuiJ, qui entraîna la prise de Saumur^eut encore par ailleurs des conséquences politiques OV. de fE(i.)