PHILIPPEAUX ET L'ARMÉE DE MAYENCE
sure utile. Je suis loin de cet avis. Il suffit de parcourir TAIIemague pour être coavaincu que ses habitants s*en souviennent encore.
Les patriotes réfugiés de la Vendée firent des réclamalions énergiques contre la mesure qui ordonnait Tincendio dans la Vendée parce qu'elle confondait l'innocent avec le coupable. Ils ne furent pas écoutés.
Après la prise de Mayence et de Valenciennes, le comité de Salut public ordonna que les garnisons de ces deux villes, qui avaient souscrit rengagement de ne point porter les armes contre les alliés, se rendraient dans la Vendée. Ce fut pour nous un renfort d'une haute importance, mais qui occasionna de nouvelles divisions politiques.
Philippcaux, qui s*était imaginé qu'il était seul capable de terminer cette guerre désastreuse, se persuada en même temps qu'il devait présenter un plan de campagne qui seul pouvait pacifier le pays insurgé qu'il ne connaissait que pour avoir longé la Loire, sur la rive droite, depuis Saumur jusqu'à Nantes. Il le communiqua seulement au général Canclaux et à quelques représentants qui n'étaient pas plus sortis que lui de l'enceinte de Nantes, et ne connaissaient, par conséquent, ni l'intérieur du pays, ni les obstacles qu'il présentait à chaque pas.
Fort de l'approbation d'hommes qui, à l'exception de Canclaux, n'étaient point militaires, il se rend au devant del'armée de Mayence jusqu'à Orléans et fait croire à Rewbell et à Merlin de Thionville que l'armée de Saumur est en pleine désorganisation. Il leur fait adopter son idée favorite, de commencer les opérations par le bas de la Loire, c'est -àdîre de faire quarante lieues de circuit pour attaquer l'ennemi qui n'était qu'à quelques lieues de nous. Et, se rendant ensuite à Paris, il fait adopter son plan par le comité de Salut public qui, sur douze membres, n'en comptait que deux qui fussent militaires, Carnot et Prieur de la Côte-d'Or. L'un d'eux me communiqua le plan de Philippeaux en m'invitnnt à me rendre à Paris .
Mon premier soin, en arrivant, fut de déclarer au comité
que ce qu'il j avait de mieux à faire élait de nous rappeler tous les deux, Philippeaux et moi, parce que nous étions d'opinions diamétralement opposées et que les généraux qui faisaient la guerre dans la Vendée depuis un an, que j'avais consultés, notamment Berthier, étaient d*avis que Fatlaque devait commencer du côté de Saumur ; maïs que je pensais que cette question devait être abandonnée à la décision des généraux, seuls juges compétents en cette matière.
Alors Carnot et Prieur me demandèrent en quoi consistait le plan de ceux que j avais consultés. Je le développai de mou mieux devant le comité tout entier, en l'assurant que ce plan ne m'appartenait point, ainsi que le prétendait Philippeaux. Le comité n^adopta point ma première proposition, qui consistait à nous rappeler tous les deux, et dé* cida seulement qu'il serait tenu un conseil de guerre k Sau* mur, où les généraux de division auraient voix délibérative sans déterminer si les voix des représentants qui y assisteraient seraient comptées. Je ne le demandai pas; parce que je croyais la question décidée par nos instructions qui portaient que les représentants près des armées n'auraient que voix consultative dans les conseils de guerre.
Philippeaux, qui sentait que, s'il en était ainsi, sa cause était perdue, parce que le général Canclaux élait le seul général divisionnaire de l'armée des Côtes de Brest présent, et que tous les généraux divisionnaires de l'armée des Côtes de la Rochelle, qui connaissaient beaucoup mieux le pays que Canclaux, lequel n'y avait pas encore fait la guerre, ne se décideraient point à adopter son plan, demanda que jes représentants eussent seuls voix délibérative. Je m'y opposai» objectant que c'était faire juger la question pardes aveugles. Voyant que cette proposition ne faisait pas fortune, il se borna h demander que les représentants votassent avec les gêné*» raux. Je m'y opposai également, en observant que Rcwbell et Merlin de Thionville ne connaissaient point le pays, pas plusdureste que Cavaignac. Ruelle, Philippeaux et MéauUe, et qu'il me paraissait ridicule de composer un conseil de guerre de dix militaires et de onze individus qui ne Tétaient
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pas ; qu'on en chercherait vainement des exemples dans notre histoire, à moins que ce ne fût pendant les temps déplorables de la Lig^uc ou de la Fronde, où l*on vit des magistrats en robes roug-cs et des bourgeois factieux, diriges par un prélat plus factieux encore, discuter dans Paris, à côlé du grand Condé, des plans de campagne; qu'au surplus celte proposition me paraissait oiseuse, parce que la question était décidée d'avance par nos propres instructions qui portaient que les représentants aux armées n'auraient que voix consultative lorsqu'ils assisteraient à un conseil de guerre,
L'opinion de Philippeaux prévalut, et il fut décidé que les représentants auraient voixdélibcrative, parce que Philippeaux osa affirmer qtiH répondait sar sa tête que la guerre ne durerait pas un mois si son plan était adopté ; eX^ après avoir déversé le blâme et l'injure sur l'armée de Saumur et sur les commissaires qui la dirigeaient, il ajouta que l'armée de Mayenre était perdue, si on ne sehAtail de la séparer de celle de Saumur, qu'on devait abandonner celle-ci à sa propre nullité, et qu'elle ferait déjà beaucoup en ne faisant pas de mal.
Je pris la parole h mon tour, et je commençai par direque j'avais droit de m'étonner qu'une question où il s'agissait du sort de deux armées put élre traitée avfc autant de légèreté que venait de le faire Philippeaux, et que ce n'était pas par des sarcasmes, ou par une ironie amère, qu^on pouvait rendre meilleur un mauvais projet; que je n'avais pas, comme Philippeaux, la présomption de vouloir transformer des représentants du peuple en généraux d'armée; qu'il fallait que chacun de nous se bornât à donner son avis sur ce qu'il connaissait, sans s'immiscer dans des matières qui n'étaient pas de sa compétence ; que je suppliais l'assemblée de ne pas croire qu'il ne s'agissait entre Philippeaux et moi que de vider une querelle d'amour propre; que la question était assez importante pour être discutée froidement.
« II se peut, ajoutai-je, que Philippeaux se laisse en-
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traîner par des passions haineuses et par un faux amour* propre, qui sont toujours de fort mauvais g'uides. Pour moi, je ne connais point la haine, et je ne puis être soupçonner de mettre de l'amour- propre à soutenir un plan qui n'est point mon ouvrage et qui n'est que le résultat des avis de la plupart des généraux qui sont ici présents.
« Je ne ferai point assaut d'injures avec Philippeaux, parce que ce n*est point ainsi qu'on doit chercher à prouver qu'on a raison .
« Si Philippeaux veut se donner la peine de monter avec moi à deux pas d'ici, sur les hauteurs de Bournan, je lui ferai voir, en avant de Doué, les vedettes ennemies; et comme Doué n'est qu'à trois lieues, il lui sera démontré, par le fait même, que ce n'est pas par Nantes, qui est à 32 lieues, qu'il faut aller chercher l'ennemi. Je le lui ferai voir de près dès demain matin, si cela peut lui être agréable. J'en appelle à tous les militaires instruits qui m'écoutent, et je les prie seulement de jeter un coup d'oeil sur le plan proposé, pour juger s*il n'est pas ridicule de longer à découvert toute la rive droite de la Loire jusqu'à Nantes, pour mettre l'ennemi à même d'apprécier les forces qui doivent l'attaquer. N'est-il pas plus ridicule encore, quand l'ennemi n'est qu'à deux pas, de faire l\o lieues pour l'atteindre, et, quand on peut Tatlaquer dès le lendemain, de différer quinze jours; car, suivant le plan de campagne, l'armée ne sortira de Nantes que le 1 1 ou 12, et il lui faudra plusieurs jours pour faire sa jonction avec l'armée des Côtes de Brest réunie à Paimbœuf. Ce ne sera donc que le 16 que les armées devront attaquer Mortagne, en supposant qu'on ne trouve au* cun obstacle de guerre, ce à quoi Philippeaux n'a pas daigné songer, parce qu'il ne doute de rien et qu'il répond sur sa (été du succès. Pour moi, qui ne crains pas plusqu'un autre d'exposer ma tête quand cela est utile, mais qui ne crois pas la garantie suffisante pour un projet d'une si haute importance, je demanderai à ceux qui connaissent les difficultés du terrain, comment il sera possible que, pcodant seize jours, qui s'écouleront avant que l'armée de Mayencc et celle des Côtes de Brest puissent arriver devant Mortagne,