‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 72 sur 94 · NOUVEAU CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

NOUVEAU CONSEIL DE GUERRE

obstacles. Ne vous les avais-je pas prédits (i) ? Aujourd'hui qu'il est constant que vous n'avez rien prévu, et que votre plan était détestable, vous vouiez en déverser le blâme s ur iDoi qui me suis constamment opposé à vos projets. Soyez un peu plus conséquent et surtout un peu moins fanfaron ? J'ai fait mon devoir, oseriez-vous dire que vous avez fait le vôtre? Je ne crains pas que ma conduite soit mise en regard de la vôtre. »

Le résultat du conseil de guerre tenu le 2 octobre fut que les divisions de Fontenay et de Luyon, commandées par Chalbos et Mieskousky, se réuniraient, à Bressuire, le 7 octobre, à l'armée de Rossignol qui deviendrait attaquante. Phi« lippeaux m'en fit un nouveau crime et fit imprimer dans un pamphlet ces paroles qui prouvent suffisamment la différence de nos deux manières de voir et de juger les événements. «Je me rappelle, dit-il, ce que me dit Choudieu à table le jour de notre départ de Saumur : a Vous usez, vous autres, de la .faculté de penser ; eh bien / nous userons, nous^ de la faculté d*agir, » Je ne nie point celte anecdote, parce que j*ai toujours cru qu'à la guerre il valait mieux agir que discourir.

On fut étonné à Nantes lorsqu'on reçut avis de cette dé- Wmination, qui prouvait du moins que nous voulions en finir, et nous en donnâmes à l'instant même avis au général Canclaux, afin qu'il prît ses dispositions en conséquence, car nous n'avions pas d'ordres à lui donner, et nos deux armées, qu'on avait refusé de réunir sous le mémo commandement, quoique j'en eusse fait la proposition formelle le 3 septembre, étaient indépendantes l'une de l'autre. Notre étonnement fut bien plus grand encore, lorsque nous apprîmes que l'armée de Canclaux était rentrée en campagne le

(0 Tel fut le résultat de ce fameux plaa de Saumur qu'il eût été facile de prévoir, et que Kossigaol, malpjré son ignorance, avait prédit. Les deux commissions conventionnelles s'en imputèrent réciproquement les désastres ; Philippeaux criant k la trahison tonna contre Choudieu et Richard : ceux-ci répondirent que ces revers

Ç provenaient du plan même. — Jomini, Histoire des guerres de a Révolution,

septembre. Maison avait eu tort de ne nous en pas préveoir, car alors le conseil de guerre, tenu à Saumur le 2 octobre, eût sans doute adopté d'autres mesures. On nous en fit encore un crime. Mais quelle était la plus coupable, de l'armée qui marchait en avant sans nous en donner avis, ou de celle qui, ne comptant que sur son propre courage, doooail avis de ses projets à Tarrnée qu'elle invitait à la seconder. Il y a eu dans toute cette affaire des circonstances qu'il serait difficile d'expliquer. Mais Âubert-Dubayet et Canclaux ne furent pas exempts de soupçons. Aubcrt-Dubayet, quecepeadant je n'accuse pas de trahison, fut incarcéré ; Canclaux fut destitué. Ils appartenaient tous les deux à la caste nobiliaire, et c'en était assez pour être suspects. Ils furent remplacés tous deux par le général Léchelle qui fut investi en même temps du commandement de l'armée des Côtes de la Rochelle. L'armée des Côtes de Brest fut confiée à Rossignol.

Le plan arrêté à Saumur, le 2 octobre, fut approuvé par le comité de Salut public et exécuté littéralement par Léchelle, qui donna une nouvelle direction à nos opérations, et l'ennemi s'aperçut bientôt que ces opérations prenaient de la rectitude et de l'ensemble.

La commission même de Nantes changea de langage et écrivit à la Convention qu'on l'avait trompée sur les forces des Vendéens ; qu'ils avaient trois armées commandées par Charette, Bonchamp et d'Elbée, et qu'elles étaient compobées de cent mille hommes bien armés et bien disciplinés. Mais qui est-ce qui l'avait trompée, ci ce n'était cete commission elle-même qui avait choisi Philippeaux pour son organe? Le comité de Salut public, par l'organe de Bar rére, s'expliqua enfin sur la position de nos armées : « L'inexplicable Vendée existe encore, dit Barrère... Vingt fois les commissaires, les généraux, le Comité lui-même, vous ont annoncé la destruction prochaine des rebelles. On croyait pouvoir les détruire. Le i5 septembre, le tocsin avait réuni une foule innombrable de citoyens. Une terreur panique a tout dissipé ; si la Vendée a fait de nouveaux progrès, c'est par l'envoi trop nombreux de commissaires de la (]!onvention et par la cupidité

DÉSACCORD DES ARHËRS VE.NDtELNNES ^^l

des admiaistratioDS milîlaires qai spcculrol sur 1m balailles perdues e{ a^îuleDl la euem sur d«s Us de morts. Il ne Faut à l'armée qu'un petit Dotnbre de représealaals, à trop de généraux un cbef unique. Il oe faut qu'une mênie vue, un seul esprit, une méine impulsion, rpurcr les états- majora des ci-devanl nobles et de tous les bommes suspects- u

Ces mesures mirent Bn aux divisions qui e^islaieat entre les commissions de Saumur et de Nauies. Nous fûmes lotis contenu d'èlre rappelés, excepté Pbdîppeaux, qui provo<[ua daos l'Assemblée naliooale de Douvelies divisions par une dÉDOUcialion en ï6 articles, à laquelle je répondis et dont je parlerai tout à l'heure. itourl>otle et Turreau furenl seuls conservés. Francaslel, qui était am armées du Midi, leur fui adjoint (i). Le comité de Salut public m'inviluà rester jusqu'à sou arrivée; mais j'étais trop content de quitter celte armée d'où je sollicitais raon rappel depuis longtemps. Je supposai que je n'avais pas re^u la dépêche du comité qui m'invitait à re3ler,el je partis le jour même où te Munitear m'annonça mon rappel. Arrivé â Paris, on voulut me foire retourner à l'armée; mais j'étais trop heureux d'être décharKé d'une lAche aussi pénible. Je résisiai. donoanl pour motif de mon reFus qu'un décret qui me rappelait était pour moi bien au-dessus des instances du comité.

Les deux armées avaient élé réunies en une seule, sous le commandcnieot de Léchelle, et sous la dénomination d'armée de l'Ouest. l\ossii^ool fut nommé commandant de l'armée de Brest, ainsi qbe je l'ai dit ci-dessus, ce qui prouve qu'il n'avait pas perdu la confiance du comité de Salut public.

Les armées vendéennes, victorieuses sur presque tous les points, ne lardèrent pas à se diviser entre elles. La troupe de Bonchamp ne s'accordait pas avec celle de Cbaretlc. La première, loin de massacrer les prisonniers, les traitait avec assez d'humanité. Celle de CharcLle ne leur faisait aucun quartier et se livrait à toutes sortes d'excès. Les deux armées se séparèrent aux Herbiers, s' imputant des torts réciproques

(i) Décret du i3 octobre.

Des rivalités funestes s'étaient établies dans leurs armées comme dans les nôtres, et elles furent également funestes aux unes comme aux autres. Chacun se fît illusion sur l'avenir. D'Elbéc etBonchamp désiraient concentrer toutes les forces. Cbarettealma mieux s'isoler et reprit sa position deLég'é. La discorde s'agitait en tout sens : Boncbamp était jalousé par plusieurs chefs; on ne pardonnait pas à d'Elbée de s'être fait nommer généralissime de préférence à Bonchamp; le prince de Talmond et Lescure avaient ambitionné ce poste depuis longtemps ; les succès avaient augmenté les prétentions de chaque chef et chacun, voulant agir séparément, contrariait le système des masses; La Rochejaquelein, Talmond et d'Autichamp étaient rarement d'accord avec Bonchamp et d'Elbée, qui connaissaient mieux qu'eux le caractère des Vendéens.

J'ai dit plus haut que l'armée de Canclaux était rentrée en campagne à la fin de septembre. Après s'être emparée de Clîsson et de Monlaigu, elle marcha de nouveau sur Mortagne. Bonchamp seul opposa delà résistance. Mais, n'ayant pas été soutenu par Charette, il fut obligé de battre en retraite; de son côté, Lescure, pressé par les divisions de Saurour, qui, quoi qu'en ait pu dire Philippeaux, n'ont point cessé de harceler l'ennemi, ne put porter aucun secours à Bonchamp qui fut battu complètement, entre Tiffauges et Mortagne, par Aubert-Dubayet, qui conduisit son armée à la victoire, quoiqu'il eût déjà reçu l'avis officiel de sa destitution (datée du G uclobre). Je n'ai jamais cru que Dubayel et Canclaux fussent des traîtres ; mais ils étaient nobles, et tout ce qui était noble inspirait des préventions. On aurait dû peut-être fairedes exceptions. Mais on avait été trahi tant de fois qu'il était permis d'être défiant. En révolution, on n'est pas toujours juste envers les individus. Cependant ces deux généraux furent honorablement réintégrés dans leurs grades. Aubert-Dubayet fut même, l'année d'après, nommé ministre de la guerre, et par la suite ambassadeur à Constantinople, où il est mort.

M. de Beauchamp affirme (page 3/|9, tome I) que l'armée de Mayence, mécontente de ce qu'on lui enlevait Aubert-

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